‹ Lettres, journal et documents pour servir à l'histoire du canal de SuezChapitre 2 sur 67 · CHANTIER DES BLOCS ARTIFICIELS DE M. DUSSAUD · texte numérisé non relu

CHANTIER DES BLOCS ARTIFICIELS DE M. DUSSAUD

La chaux hydraulique du Theil est apportée de France par des bâtiments d'où les machines enlèvent les sacs pour les transporter au magasin des chantiers, sur le côté est du canal et à rentrée du Grand bassin. 11 y a toujours un approvisionnement de 40 à 50,000 sacs pour suffire aux besoins de la fabrication d'un mois.

Quant au sable, il est retiré du fond de la mer par une des dragues de MM. Borel et Lavalley employées au creusement du bassin. Ce sable descend du milieu de la drague dans des caisses portées sur des chalands. Dès qu'un chaland a son chargement complet, son équipe le con-

duit au-dessous d'une grue à vapeur. Chacune des caisses est saisie, transportée circulairement en l'air, puis ouverte sur le fond par un mécanisme très simple et le sable encore humide s'amoncële en un cône élevé, de Tautre côlé de la grue. Les wagons de chaux et de sable convenablement alternés sont tirés par une chaîne que t'ait mouvoir une machine à vapeur fixe, le long d'un grand plan incliné construit en charpente solide. En même temps que le train monte, un autre train descend vide sur une voie parallèle.

Sur la plate-forme sont installés dix manèges. Chaque manège consiste en trois roues en fonte formant Tétoile autour de Tengrenage de mouvement, et dont les jantes sont disposées de manière à couvrir le fond d'un conduit circulaire dans lequel se pétrit la matière. On fait avancer un des wagonets de sable; on le décharge dans le conduit circulaire. En même temps, on jette la quantité de chaux voulue pour obtenir le mélange qui convient à la fabrication des blocs et Ton ouvre un robinet qui arrose d'eau ce mélange afin de lui donner du liant. La composition est de 45 pour 100 de chaux hydraulique du Theil et 55 pour 100 de sable et d'eau de mer. Au bout de dix minutes la matière est suffisamment triturée. Alors on ouvre une trappe dans le fond du conduit et Ton abaisse derrière les roues un râteau qui, emboîtant exactement la forme évidée du conduit, force le mélange à glisser jusqu'à l'ouverture par où il tombe dans un wagon amené d'avance sous la trappe. Dès qu'un wagonet a sa charge, on le pose sur un truc roulant le long d'une voie ferrée, en face de la rive de la mer. De cette voie, partent dans le sens perpendiculaire des rangées de moules de bois d'une capacité de 10 mètres cubes, dont les côtés

mobiles sont reliés entr'eux par des montants en fer. Chaque rangée de moules supporte une voie ferrée.

Le truc chargé d'un wagonet plein de mortier arrive devant une voie correspondant à des moules non remplis. Ou l'arrête, on enlève les coins qui retiennent le wagonet, et, poussant celui-ci hors du truc, on le fait rouler jusqu'au moule à remplir dans lequel on le décharge par un mouvement de bascule. Pendant qu'on ramène le wagonet vide à sa place sous le manège, des hommes armés de pilons de paveurs, dament le mortier dans le moule, de manière à bien assurer sa liaison avec les couches inférieures, jusqu'à ce que le moule soit plein à raser les bords. A ce moment, on trace sur la matière encore humide le numéro d'ordre du bloc ainsi fabriqué. Il faut quinze jours, sous le ciel d'Egypte, pour que la matière soit consistante, que Ton puisse retirer les parois du moule et exposer le bloc à l'air, afln de le sécher sur toutes ses faces. Mais ce n'est qu'au bout de trois mois environ qu'il acquiert toute sa dureté et qu'on peut le jeter à l'eau. On fait une trentaine de blocs par journée de travail de dix heures, neuf cents par mois.

Le mortier, une fois séché, devient tellement dur qu'on a de la peine à l'entamer avec des outils de carrier et qu'on peut en scier des morceaux comme on ferait avec de la pierre de taille.

CREUSEMENT DU SEUIL D'eL GUISR A l'eXCAVATEUR

COUVREUX.

Pour introduire les grandes dragues de MM. Borel et Lavalley dans le chenal du seuil d'El Guisr que les fel-

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lahs avaient approfondi sur 20 mètres de liauteur jusqu'à 2 mètres au-dessous du niveau de la mer, c'est-àdire jusqu'au moment où paraissait l'eau d'innitration, M. Couvreux avait à creuser un clienal de 20 mètres de largeur avec 2 mètres àe profondeur, ce qui constituait un cube de près de cinq millions de mètres cubes à enlever.

L'exécution de ce travail comportait l'emploi de plusieurs procédés.

On a d'abord enlevé, au couffin et à la brouette, la partie supérieure de sable, de manière à former, le long de l'immense dune, plusieurs étages reliés entr'eux par des rampes d'une inclinaison assez faible pour établir des voies ferrées destinées à la circulation de trains de wagons à terrassement. Le palier de chaque étage a une largeur susceptible de recevoir cinq rangs parallèles de rails comme pour les voies de terrassement ordinaire. Les deux rangs contre le flanc de l'escarpement servent au chemin de fer de décharge; sur les trois rangs les plus rapprochés du bord on place l'excavateur.

Cet excavateur consiste en une large locomotive à trois rangs de roues sur le côté de laquelle se meut, au moyen de ;la machine de la locomotive, un chapelet de godets semblables à ceux des dragues. Le bâti qui porte le chapelet est incliné de telle sorte, que les godets arrivés au bas de leur course mordent dans le talus inférieur, se remplissent de sable et, remontant jusqu'au-dessus du corps de la locomotive, se vident par le fond dans des wagons de terrassement amenés successivement sous la décharge, le long de la voie parallèle à celle de l'excavateur. Quand un train est chargé, une locomotive spéciale vient le prendre pour le conduire, en suivant les rampes

ménagées dans la montagne de sable, jusqu'au point de vidage.

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