A. M. ROSA, CHEF DE CHANTIER, A CHALOUP
IsmaTlisu 2 man 1866.
Dépêche télégraphique.
Le bruit court que les mineurs plémontals prenheût peur, parce que deux ouvriers atteints d'un mal fort ordinaire sont morts, et qu*iis veulent fuir. Je ne peux le croire, il faut qu*il y ait d*autres motirs auxquels je m'empresserai de remédier, s'ils sont justes.
Je serai demain au milieu d'eux. Je n'y rencontrerai pas les poltrons, car la paye du samedi aura lieu aujourd'hui et ils peuvent s'en aller immédiatement.
Mais je serais honteux de voir la généralité des Piémontais, qui m'avaient promis d'être de braves ouvriers, avoir une panique ridicule dans une circonstance bien peu grave, lorsque j'ai vu pendant le choléra, où il y avait de réels dangers à courir, les Français rester fidèles à leur poste.
Les Piémonlais qui manqueraient de courage ne seraient certes pas bien reçus dans leurs familles ni dans leur patrie. — A demain.
A M. LE DUC D'aLBUPÉRA, A PARIS.
Le Caire, 8 mars 18GC.
Je vais faire un voyage de quelques jours sur la c6te de Syrie, jusqu'à Jérusalem. Ce voyage a un prétexte de flidtraction pendant la semaine sainte, maïs il a un but qui, je crois, sera fort utile pour la Compagnie. J'emmène avec mol Borel, Chancel et deux ingénieurs de nos travaux. J*ai été frappé, dans ces derniers temps, surtout il y a quelques jours, à mon passage à Chalouf, de Taffaiblissement du moral des travailleurs européens qui font des ouvrages pénibles pendant plusieurs mois de suite, surtout à l'approche des chaleurs. D'un autre côté, je remarque un commencement d'immigration de la part des populations qui vivent sur la frontière d'Egypte et de Syrie, entre El-Ârich et Jérusalem. Ces hommes appartenant à l'ancienne race des Philistins sont d'une force extraordinaire; une centaine d'entre eux, que j'ai fait installer au chantier n"" 6 avec leurs familles, chargent les wagons,'à la pelle, avec une vigueur presque incroyable; on en voit qui chargent jusqu'à 12 wagons par jour. Le wagon contient 4 mètres cubes. Dans ces conditions, un bon ouvrier gagne ainsi jusqu'à iO francs par jour. Avant la réunion des contingents, le plus grand nombre de nos ouvriers arabes provenait des tribus de la côte de Syrie, dont le mouvement avait été provoqué pendant
mon précédent voyage de Kantara à Jérasalem. Plus tard ce mouvement avait été suspendu, parce que toute concurrence était impossible avec les contingents, les prix pouvant être donnés aux étrangers n'étant plus susceptibles de les attirer.
Aujourd'hui, avec le prix élevé de la main-d'œuvre, j*attends beaucoup des efforts qui seront faits judicieusement pour attirer dans Tisthme les Philistins, gens qui valent beaucoup mieux que leur réputation d*aprës la Bible. Ils sont sobres, maniables et d'une vigueur digne de leur compatriote Samson. Je compte mettre ma caravane en route, de Kantara, le 45 mars. Notre collègue Clary en profitera. Aux yeux du public, ici, je suis censé faire, pour me reposer et me distraire, une excursion de touriste.
Mon flis restera à Ismaïlia avec sa femme; c'est lui qui continuera avec vous ma correspondance, et vous mettra au courant de tout ce dont ne vous parle pas M, Voisin dans ses rapports techniques.