A M. LE DUC D*ALBUFÉRA, A PARIS
Alexandrie^ 25 février 1866.
J*ai la satisfaction de vous envoyer, revêtus de toutes les signatures, deux actes bien importants pour la Compagnie : le procès-verbal de la Commission chargée de la délimitation des terrains dépendant du Canal maritime, et le contrat général convenu entre Constantinople et Paris pour la ratification officielle du Sultan.
La même quantité d^hectares attribués par la sentence a été unanimement reconnue nécessaire par la Commission et a été distribuée de la manière la plus équitable, conformément aux plans partiels et détaillés dont des copies sont préparées par M. Voisin pour vous être expédiées. Je n*ai pas voulu me dessaisir des originaux qui, après avoir été enregistrés, avec les actes et annexes, à la chancellerie du consulat général de France, seront déposés dans la caisse à trois clefs de l'agence supérieure à Alexandrie.
M. Voisin, appelé à participer, sur la demande de tous les commissaires, aux travaux et aux séances relatives à la délimitation, avait tellement acquis la confiance de chacun, que toutes les fois qu'il n'y avait pas accord, c'était lui qui était prié par les commissaires turcs et égyptiens de départager les avis; aussi, le Vice-Roi, au moment de la conclusion, et lorsque je lui ai amené
notre Directeur général, a-t-il voulu lui donner un témoignage personnel de sa faveur et une délégation de son autorité, en lui remettant le brevet de bey.
Le Vice-Roi a montré un réel courage, dont la politique et la presse françaises doivent lui savoir gré, en résistant, dans une situation fort difficile, à une vive pression étrangère. 11 a agi ensuite, avec un remarquable esprit de suite et d'à-propos et sans aucune hésitation, dans la voie où il s'était résolument engagé.
Je vous ai fait connaître par le télégraphe les distinctions accordées, à cette occasion, au nom du Sultan.
En me remettant lui-même, immédiatement après la signature du contrat-firman, les insignes de grand officier du Medjidié, le Vice-Roi m'a dit que c'était le gage des liens étroits qui existaient désormais entre nous pour la réussite de l*œuvre à laquelle il employait tous ses efforts ; il a ajouté que la tendance de notre siècle était la plus grande impulsion possible donnée aux communications entre les hommes et les peuples, et que ce but serait la pensée dominante de tout son règne.
Je vous ai déjà parlé de tout ce que nous devions à Tattitude, à l'esprit de conciliation, à l'habileté, à la fermeté de notre consul général, M. Outrey. Il mérite d*étre récompensé par le gouvernement de l'Empereur.
Je pars aujourd'hui par mer pour Port-Saïd, et je pourrai m'occuper exclusivement de veiller partout à la bonne et rapide marche de nos travaux.
Ma place sera plus que jamais en Egypte.