PORT-SAÏD
L'exécution des jetées, au moyen de blocs formés par le sable pur provenant de nos dragages et par la chaux hydraulique du Theil a continué avec la parfaite régularité que nous vous Signalions, l'année dernière.
Nous n'avons rien à craindre qui puisse retarder la marcl.c des chantiers de MM. Dussaud, aussi bien couduits que bieu i nstallés.
La jetée de l'Ouest, qui doit avoir une longueur totale de 2,500 mètres^ est déjà construite sur une longueur de 2,200 mètres, dont 1,900 mètres au-dessus de Teau et 300 mètres à fleur d'eau. Son extrémité atteint les fonds de 8°^50. La jetée de l'Est, qui doit avoir une longueur totale de 1,800 mètres, est construite sur une longueur de 950 mètres et atteint les fonis de 5™o0.
MM. Dussaud avaient à exécuter, suivant leur contrat, 250,000 mètres cubes de blocs de 10 mètres cubes ou de 20,000 kilogrammes chacun. Ils en ont fabriqué 133,150; il ne leur en reste donc plus que 116,850 à faire. Ils en ont jeté à la mer 115,000; il leur en reste encore 135,000 à immerger.
La plate-forme actuelle de fabrication peut contenir 2,000 blocs, qui doivent sécher pendant deux mois au moins. Afin de maintenir la rapidité acquise dans le travail d'immersion, les entrepreneurs viennent d'installer une nouvelle plate-forme pouvant contenir 400 blocs.
L'immersion marchant régulièremenl à raison de 7,500 mètres cubes par mois ou de 30 à 40 blocs par jour, la construction des jetées se trouvera complètement terminée dans un délai de dix-sept à dix-huit mois, soit pour la fin de 1868. (Applaudissements,)
Les plus rudes coups de vent, les plus fortes mers n'ont aucune action sur les gros blocs qui composent nos jetées; des sondages récemment faits nous ont montré qu'elles abritent complètement^ contre les ensablements, le chenal que les dragues ont ouvert jusque dans les grands fonds.
Le chenal de Pavant-port offrait, l'année dernière, à pareille époque, depuis l'origine du grand bassin jusqu'à la hauteur de rtlot, des fonds de 4 à 5 mètres avec une largeur de 70 mètres au plafond. Depuis lors, des dragages importants ont été exécutés, en vue d'approfondir et d'élargir ce chenal. Dès la fin d'octobre 1866, il avait une largeur de 100 mètres au plafond avec des fonds de 5 mèlres. Aujourd'hui il est complètement ouvert entre la rade et les bassins, à une profondeur de 6^50. Avant la fin de celte année le chenal d'avant-porl sera ouvert à toute section avec des fonds de 6™50 à 7 mètres, el, dans ces conditions, il pourra donner accès à tous les navires de commerce sans exception. {Vif mouvement de satisfaction.)
La superficie draguée des bassins du port intérieur, avec des fonds moyens de o mètres, est aujourd'hui de 2o hectares Il ne reste plus à draguer qu'une superficie de 11 hectares pour avoir partout la même profondeur.
Le bassin du Commerce, notamment, est livré à la navigation depuis le commencement de cette année. Il offre une surface de 4 hectares avec une profondeur uniforme de 3™70, qui sera bientôt portée à 6 mètres.
Nous avons l'assurance, par l'état actuel des travaux e leur marche journalière, que le chenal maritime et les bassins de Port-Saïd seront, comme nous vous l'annoncions, l'année dernière, entièrement terminés vers la fin de l'année prochaine.
Le plan définitivement adopté pour la direction des jetée et pour les bassins, par notre commission supérieure consul
tative des travaux, à laquelle s'étaieut adjoints les viceamiraux Jurien de la Gravièrc et Jaurès, et qui était présidée par l'amiral Rigault de Gcnouilly, aujourd'hui ministre de la marine, a reçu dans la pratique Tapprobalion des marins de tous les pays qui, cette année, ont fréquenté Port-Saïd.
Le mouvement maritime de Port-Saïd, depuis l'origine des travaux jusqu'au i*' juin 1867, se résun^e ainsi : 3,511 navires représentant un tonnage de 664,104 tonneaux.
Du 15 juin 1866 au !«' juin 1867, il est entré à Port-Saïd 880 navires jaugeant 146,107 tonneaux, soit une moyenne de 406 tonneaux par jour; pendant la période précédente de 1865-1866, le tonnage par jour n'avait été que de 300 tonneaux.
Dans ce mouvement général, les pavillons turc et égyptien figurent pour 1,499 navires jaugeant 193,413 tonnes, le pavillon français pour 609 navires de 126,552 tonnes, le pavillon autrichien pour 404 navires de 141,389 tonnes, le pavillon grec pour 525 navires de 61,941 tonnes, le pavillon anglais pour 438 navires de 58,711 tonnes, le pavillon russe pour 95 na\i« res de 32,298 tonnes, le pavillon italien pour 79 navires de 19,562 tonnes, le pavillon de Jérusalem pour 108 navires de 17,667 tonnes. Le reste du tonnage est réparti entre les pavillons américain, belge, brésilien, hollandais, prussien, suédois et norvégien, valaque et samien. La petite lie de Samos a envoyé 20 navires.
L'entreprise des déchargements, confiée à MM. Savon frères, continue à bien fonctionner.
Port-Saïd a reçu, cette année, des bâtiments de la marine royale d'Angleterre, et s'est trouvé constamment en communication avec Alexandrie et l'Eurooe.
Chaque mois, vingt paquebots à vapeur touchent régulièrement à Port-Saïd. Ce sont ceux de MM. Borel et Lavalley qui ont inauguré le service régulier; ceux de MM. Fraissinet et C'°, de Marseille, qui depuis deux ans y touchent trois fois par mois ; ceux de la Compagnie impériale russe qui, il y a un an, a eu le mérite de donner l'exemple aux autres grandes compagnies ; ceux des Messageries impériales de France, qui ont commencé leur service d'escale, le 18 juin. Les bateaux à
vapeur de la Compagnie générale des Iransports maritimes de Marseille viennent de temps en temps nous apporter des marchandises. La direction générale des poHes françaises a installé un agent à Port-Saïd.
Nous voudrions vous donner une idée de l'animation que présente déjà notre beau port méditerranéen. Les nombreux bâtiments en déchargement, le passage incessant des bateaux à vapeur qui vont jeter en mer le produit des dragages, tes remorqueurs conduisant les pontons sur lesquels se balancent les énormes blocs destinés à la construction des jetées, l'arrivée et le départ continuels des trains de chalands qui vont porter dans nos établissements de Tintérieur les approvisionnements de toute nature et qui opèrent le transit des marchandised d'une mer à l'autre, le va-et-vient des canots de service, le retentissement des machines à vapeur et des marteaux dans les chantiers de construction, de montage et de réparation, le mouvement d'une population ouvrière et commerçante de 8,000 âmes, réunie depuis si peu de temps sur les terrains que nous avons créés entre la mer et des lagunes, font prévoir ce que deviendra dans un avenir prochain ce rendez-vous maritime de l'Occideit et de l'Orient. (Applaudissements,)