‹ Lettres, journal et documents pour servir à l'histoire du canal de SuezChapitre 5 sur 67 · A ALEXANDRIE · texte numérisé non relu

A ALEXANDRIE

Caire, 2i octobre 1864.

Revenu avant-hier de risthme. J'ai passé hier la matinée et déjeuné avec le Vice-Roi, au barrage.

Nubar-Pacha a été chargé par Son Altesse de m'apporter tous les documents qui lui avaient été remis par la Porte, afin que je les examine avant de commencer, Mercredi, nos conférences relatives à un projet de convention, en exécution de la sentence arbitrale. Ragheb- Pacha est désigné, avec l'assistance de Nubar, pour traiter au nom du Vice-Roi, son Altesse étant d'ailleurs touj ours prête à recevoir mes observations ou explications directement afin de ne pas perdre de temps.

Une demi-heure après être revenu du barrage dans mon hôtel, Nubar-Pacha est entré dans ma chambre où je ui avais donné rendez-vous, et m'a laissé les notes et projets de la Porte. Ces notes et projets, entre nous, ne sont pas admissibles. Toutefois comme, en ce qui me concerne, je désire m'en tenir à ce que je vous ai dit, à Alexandrie, et qu'il pourra y avoir quelque tirage avant de finir, je croirais très opportun que vous vinssiez faire une petite tournée ici, afin de ne rien faire sans me concerter avec vous.

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À s. EXC. M. DROUYN DE LIIUYS, MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES.

Caire, 8 novembre 1864.

Le Vice-Roi avait donné l'ordre à Nubar de me conçlgner une copie d'un projet de convention élaboré, à Constantinople, en exécution, m'avait- on dit, de la sentence arbitrale. Dès que ce document me fut communiqué, je déclarai à S. A. que je ne pouvais pas l'admettre comme base de négociation. La compagnie, ai-je ajouté, s'en rapporte tout à fait à la sentence arbitrale, qu'elle exécutera religieusement. En ce qui la concerne, elle n'a pas besoin pour appliquer la sentence, d'une convention spéciale. Ce n'est pas elle qui a demandé de faire une convention laquelle, dans l'origine, ne devait être que la reproduction de la sentence, c'est la Porte qui en a fait la proposition, afin, disait-elle, d*être en mesure, par ce moyen, d'octroyer la fameuse autorisation dont l'absence avait été exploitée pour causer des difficultés à l'entreprise. Or, puisque la convention n'était qu'un moyen d'arriver au but désiré par les parties, je croyais inutile de troubler des rapports loyalement rélablis de part et d'autre, en nous obstinant, l'un, à vouloir faire signer au Vice-Roi la convention élaborée à Paris, l'autre, à exiger la discussion d'un projet imaginé à Constantinople, et qui semblait au président de la Compagnie s'écarter complètement de l'esprit et de la lettre de la sentence arbitrale-

Dans cette situation, remontant aux précédents de la question, je proposai au Vice-Roi d'écrire à peu près en ces termes à son seigneur suzerain :

« Votre Majesté m'a enjoint, par la note du 6 avril (( 1863, de faire en sorte d'obtenir de la Compagnie de (( Suez trois conditions auxquelles est attachée son auto- (( risation pour les concessions qui ont été faites : « 1° Abolition de la corvée ou travail obligatoire. — (( 2^" Rétrocession des terrains. — 3°^ Rétrocession du « canal d'eau douce. Ces trois conditions étant remplies, « je prie Votre Majesté de vouloir bien m'envoyer son « firman approbatif. »

Le Vice-Roi, sans me donner Texplication de son refus, et tout en me traitant avec la plus parfaite courtoisie, ne voulut point adopter ma combinaison. Dès lors, dans l'intérêt de la bonne harmonie dont personne plus que moi ne désire la continuation, toute discussion devait être close entre nous^ jusqu'au moment où Votre Excellence m'aurait fait connaître la volonté de l'Empereur sur la manière dont Sa Majesté entend que sa sentence soit exécutée.

M. Tastu a transmis à Votre Excellence la copie de la lettre par laquelle S. Â. le vice-roi m'a officiellement communiqué le projet de convention émané de la Sublime Porte. Je reste en Egypte, où la marche rapide des travaux du canal réclame ma présence, et j*y attendrai le résultat des dispositions dont Votre Excellence croira devoir me faire part, en ce qui concerne Texécution de la sentence arbitrale de S. M. l'Empereur.

P. S, — Je viens de donner lecture au vice-roi de la présente dépêche, avant de l'expédier ouverte à M. Tastu

pour la faire parvenir à Votre Excellence. Le Vice-Roi n'a fait aucune observation et s'est ensuite entendu avec moi, conformément à la promesse faite k M. le Consul général de France, pour rétablissement dans ristbme d'un gouverneur (mudir), à Ismaïlia, et de délégués de sou autorité à Port-Saïd, Kantara, Toussoum et Chalduf-el-Terraba.

A M. i.t: DUC d'alduférAj a paris.

Ismaïlia, 14 novembre 1864,

M. Sala vous apportera celte lettre. li pourra vous être utile pour vos rapports avec le ministère des aiïaires étrangères, dans Tune des grosses questions qui nous occupent actuellement : celle du flrman de Constantinople, à Toccasion de l'exécution de la sentence impériale.

Il vous entretiendra d'une autre grosse question, celle d'Alton, Tentrepreneur du lot de dragages de Port-Saïd, et de la manière dont nous avons à pourvoir au remplacement de cet entrepreneur. Il vous parlera de la proposition de M. Dussaud pour Textraction des quatre à cinq millions de mètres cubes, dans la partie du Canal maritime comprise entre les jetées de la Méditerranée et dans les bassins intérieurs de Port-Saïd, ainsi que de la convenance de traiter, pour le reste, soit avec MM. Borel et Lavalley, soit avec M. Gouin.

Nous ne sommes autorisés par aucune preuve à penser et surtout à dire que les conflits survenus en dernier lieu entre Grecs et Arabes, aient été provoqués autrement que par des incidents particuliers et personnels aux assaillants ou aux assaillis.

L'essentiel, c'est que tout est fini maintenant et que les chantiers qui avaient été, pendant peu de temps, abandonnés, reprennent leurs travaux. Tout est rentré dans Tordre. Le Vice-Roi va installer ses autorités dans l'Isthme.

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