‹ Lettres, journal et documents pour servir à l'histoire du canal de SuezChapitre 7 sur 67 · A M. LE DUC D^ALBUFÉKA^ A PARIS · texte numérisé non relu

A M. LE DUC D^ALBUFÉKA^ A PARIS

Alexandrie, le 5 décembre 18C4.

J'ai reçu hier voire excellente lellre relative à voire conversalion avec M. Drouyn de Lhuys, dont Merruau m'a complété les détails. — On ne pouvait pas mieux dire de part et d'autre. — Vous avez le talent de vous faire bien écouler et comprendre. Je dirai comme le ministre : « Voilà comment la question doic être posée. » Je ne doute pas que tout cela ne finisse bientôt à notre avantage.

Quoique mes rapports avec le Vice-Roi ne laissent rien à désirer, je me tiens dans une très grande réserve au sujet de notre projet de convention, en attendant le résultat de Tintervention du ministère, à Constanlinople et à Alexandrie. J*ai eu quelques détails sur ce qui s'est passé à Constanlinople, les voici: Nubar-Pacha, d'accord avec Fuad-Pacha et les agents de Bulwer, a rédigé luimême le contre-projet et l'a ensuite apporté au premier drogman de l'ambassade de France, qui a cru pouvoir le discuter lui-même avec la Porte. Le changement de front du Vice-Roi, au retour de Nubar de Constanlinople, n'a pas eu d'autre cause que l'assurance donnée par Nubar que l'ambassade de France avait approuvé le contre-projet.

Affaire Aiton, — Il n'est pas encore dit qu'il n'y aura pas de résiliation amiable. — Cependant je n'y compte

pas beaucoup. — Demain je repars pour Port-Saïd, et m*y trouverai le 10, jour de la paye des ouvriers anglais. — Je sais que M. Alton est tout à fait dans l'impuissance d*y pourvoir.

J'emmènerai avec mol M. Doblgnies, le nouveau chancelier du consulat général de France. J*ai demandé à M. Tastu de le déléguer à Port-Saïd pour les constatations légales, afin d'éviter, en cas de procès, les objections au moins morales que pourrait faire M. Alton ou son défenseur contre la double qualité de M. Laroche, agissant comme ingénieur de la Compagnie et comme agent consulaire.

Je me suis occupé, avec beaucoup de soin, en dernier lieu, des moyens de communications régulières entre rÉgypte habitée et Tlsthme. — Cette absence de communications est la principale, si ce n'est la seule cause des souiïrances réelles qu'éprouve notre personnel par suite de l'insuffisance et de la cherté excessive de tous les aliments et approvisionnements dans le désert. Le prix de la pension la plus inPime des agents, qui était jusqu'Ici de 150 francs par mois, chiffre déjà exorbitant, va être porté au prix de 180 .francs. La table d'un degré supérieur ne coûtera pas moins de 240 francs par mois.

Le directeur général des chemins de fer égyptiens à qui j*ai demandé un service régulier entre Alexandrie et Zagazig, a montré ma lettre au Vice-Roi qui lui a donné Tordre de faire un accord conforme à ma demande. Voie en quoi consiste cet accord conclu avant-hier, au Caire, entre Abderhaman-Bey et moi. — 1° A partir du 1" janvier 1865, la Compagnie pourra charger quatre fols par mois, à jour fixe, un ou deux wagons par le

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train de marchandises se rendant d'Alexandrie à Zagazig.

â"" Lorsque la Compagnie aura besoin de plus de deux wagons, elle en fera la demande quarante-huit heures à l'avance, etc. etc.

D*un autre côlé, il est de la plus haute importance d'assurer une communication par mer entre Alexandrie et Port-Saïd, combinée avec un service régulier et journalier de Port-Saïd et de Zagazig vers Ismaïlia et Suez vice versa. La Compagnie des Messageries impériales n*a pas répondu aux ouvertures que nous lui avions faites depuis longtemps. Le Joseph étant insuffisant et coûteux va être vendu. Donner une subvention à un entrepreneur ou à une association pour faire un service spécial et exprès, eût été trop coûteux, — il n*aurait pas fallu moins de dix mille francs par mois de subvention. J'ai pensé à faire des propositions à l'agent de la navigation à vapeur du Lloyd autrichien, entreprise très accommodante et avec laquelle j'ai depuis longtemps de très bonnes relations. — Je vous envoie la copie de la lettre que j'adresse aujourd'hui à M. Revoltella, à ce sujet, avec un projet de convention. Soumettez ce projet à nos collègues et faites-moi connaître leur avis.

Passons à une autre question. — Par suite de la résiliation amiable ou non du marché Alton, il va falloir prendre en régie, en attendant l'adjudication à des entreprises à forfait, moyennant des conditions raisonnables. ^ Alton, qui devait partir ce matin d'Alexandrie pour Port-Saïd, m'envoie M. Lange pour me demander de le voir à son hôtel, où il est au lit, avec la dyssenterie. Je m'y rendrai après le départ du courrier. Cette maladie de M. Alton peut faire plus pour la résiliation amiable que Içs meilleurs raisonnement?.

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