DUPLESSIS
Florence, 7 janvier 1856.
Ah ! vous êtes un joli garçon! Pas un mot, pas une ligne I — Si je ne reçois pas au plus vite quatre grandes pages de vous, me donnant des nouvelles de toutes choses, je veux être pendu si je vous serre la main au retour! Moi qui ai couru tout Venise pour vous trouver une Rosalba. — Où en est l'affaire Jannet? Savez-vous comment vont nos deux volumes? Que devenez-vous? Vous n'aurez que ces neuf lignes, qui vous coûteront une vingtaine de sous. Ça vous apprendra.
Et comment allez-vous, polisson?
Jules de G.
Écrivez-nous au reçu de cette lettre : Poste restante. Florence.
GEORGES DUPLESSIS
Pise, 9 février 1856.
Allons! il faut vous pardonner. Allez en paix, mais ne m'écrivez plus que des lettres qui arrivent.
Ah! çà, Georges, quand diable vous rangerez-vous? quand diable détellerez- vous? Vous aurez donc toujours soif de bleu et de jupes? Jusques à quand serezvous le dernier étudiant du quartier latin? Pardon! C'est un sermon que j'ai entendu tomber, l'autre jour, d'une chaire en marbre blanc, sculptée par un Nicolas de Pise quelconque; et fi de la morale : c'est une vieille femme !
Oui, mon cher, je vais et je vois, je passe et je regarde et je pars. Un pays où les fresques viennent en pleine terre? Des musées ! Ah! des musées,, où l'on fait deux cents pas sans trouver une croûte, des Raphaël à poignée, des Michel- Ange au boisseau, des André del Sarte à la hotte; et des charretées d'inconnus qui ont du talent! du marbre, ah! mon ami, figurez-vous que la terre ici accouche, tous les quarts de lieue, de montagnes de Carrare, et de l'or et de l'argent pétris par Cellini; et des chapelles peintes avec des pierres dures; et puis des lignes; et puis des couleurs : des couleurs emprisonnées dans des cadres,
des couleurs qui volent aux plafonds, des couleurs qui s'égayent par les murs, des couleurs, des couleurs, — les yeux m'en tournent... C'est à dégoûter de n'être pas aveugle !
Sur ce, une réponse précise. Le Fabius Cunctator des éditeurs, Jannet, a t-il au moins publiquement annoncé, dans ses catalogues, le Journal de Wille?
Savez-vous bien qu'à présent, je puis raconter, le dos à la cheminée et les mollets au feu, un carnaval italien ? Un carnaval italien c'est en deux mots, — avezvous lu Shakespeare ? — Beaucoup de bruit pour rien.. . Je crois que vous me parliez amour tout fait. Oh ici, il faut commander.. . ne compromettons pas un ruban, large comme les deux doigts, et taisons-nous. Il y a aussi une loge aux Veglioni de la Pergola, mais, une amie de lady Normanby, est personne à respecter !
Est-ce que par hasard, vous auriez entendu parler de deux enfants que nous avons laissés à Paris, en partant : les Actrices 1 et la Voiture de masques ^Savezvous s'ils font leur chemin dans le monde. Ont-ils été ssulement souffletés, deux ou trois fois, par la critique? mais là, de bons souftlets bien sonnants, et qui font retourner le public ?
A propos, connaîtriez-vous de par le monde de Douai, un nommé de Wagnonville, lequel homme travaille, depuis dix ans, aux Archives de Florence, avec la patience d'un bœuf, sur le nommé Jean de Boulogne, dit de Bologne ? Votre comptoir est-il toujours à sa place?
Encore une réponse précise sur ceci, pour un ami. M. Taschereau, dans la nouvelle édition de la Vie de