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Le dessin de Yex libris de nos livres

A PAUL DE SAINT-VICTOR

Un jour quelconque de juin 4862

J'ai grand besoin, mon cher ami, de renouer le fil qui va d'Abdère à la patrie, en vous écrivant. La vie tourne ici comme un tournebroche. Le parent que je dois à une ironie de la Providence, chante toujours du Béranger dans mon mur, et je me venge du chansonnier, en appelant ses chansons : un dessert de table d'hôte. Je crois que j'engraisse. Je me sur. prends à cogner sur un baromètre. Je lis des Éphémérides bursequanaises. Je fume sous un hangar, où je vois un cheval au râtelier, et des hirondelles qui apportent sans cesse à manger à un nid; ce qui fait une espèce de dessin de Géricault au-dessous d'une page de Michelet... Et je vous écris d'une chambre pleine de portraits de famille du vieux temps, si grotesquement sinistres, qu'il me semble être dans un de ces décors de féerie, où quelque prince Cocodès est assailli par des cauchemars et des diables sortant de cadres peints à la colle. Enfin, les saules d'ici me rappellent les saules de Bougival et notre dernière partie. C'est toujours cela. Et puis je vous lis, c'est un peu vous voir. La Presse m'apporte mon dimanche le lundi.

Nos compliments et bien sincères, vous le savez, sur le Nirvana. Vous nous avez éclairé tout cela. Quel infini, l'infini d'un zéro qui se mordrait la queue ! Et quelle extase du néant!

Que devenez-vous? Les Rothschild se décident-ils à faire une bonne affaire1? Où dînez-vous? Que faitesvous de vos dimanches? Voilà le soleil : il doit vous prendre de bien grandes démangeaisons d'idylle. L'homme est mal bâti pour être heureux; imaginez qu'ici je regrette dans l'herbe, de ne pas trouver des gens qui lisent le Figaro. Je payerais la Seine pour charrier des côtes de melon !

Un jour, je vous écrirai en bateau, pour vous envoyer une feuille de saule tombée sur le papier, comme un brin de nature.

Et Glaire? Edmond s'inquiète de savoir ce qu'elle a ajouté à son répertoire? Je la vois d'ici, dans sa petite voiture à Montmorency, avec du soleil sur la route, sur sesjoues, et dans les yeux de son papa. Il faudrait vous peindre tous les deux, pour peindre de la joie traînée par du bonheur. Donc des détails sui l'enfant et mes meilleurs souvenirs à la mère.

Dites à Claudin que je voudrais l'avoir ici, pour l'entendre tempêter : ce sont les poules qui sonnent le couvre-feu, et je suis convaincu que le sous-préfet ignore le transfèrement des Délassements-Comiques, rue de Provence.

Il faudrait créer une chaire pour y expliquer : Ah! tenez ! tenez t II va faire l'exercice I

Nous vous serrons la main bien fort et de tout cœur.

Jules de G.

1. Il s'agissait d'un tableau que Saint-Victor désirait vendre aux Rothschild.

Il m'est arrivé jusqu'ici, une lettre de l'auteur des Chefs d'École S qui se promet quelques mots de vous « comme le plus beau jour de sa vie ».

Voyez si vous ne pourriez pas, un de ces jours, lui donner ce sabre.

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