A MADAME LA COMTESSE LEFEBVRE DE BÉHAINE
(Mars 1865.)
Chère Madame,
M. Sainte-Beuve m'a demandé hier pour l'article qu'il prépare sur Armand Lefebvre, notre notice des Débats, et les articles de la Revue des Deux-Mondes, non encore réunis en volume. J'envoie la notice, veuillez bien lui faire remettre, le plus tôt possible, les Revues, 11 rue du Montparnasse.
D'après nos calculs, son premier article paraîtra, sans doute, lundi en huit. Il nous a dit hier, que pour lui, cette étude était un moyen de ne pas parler de César, et de ne pas paraître s'éloigner de l'Empire. Aussi semble-t-il fort pressé.
Veuillez, chère Madame, présenter à votre mère nos respectueux et affectueux souvenirs, envoyer à Edouard une cordiale poignée de main de notre part,, et nous croire très parfaitement,
Vos bien dévoués,
J. DE GONCOURT
A GAVARNI
Jeudi (avril 1865) .
Mon cher ami *,
J'ai fait hier au soir votre commission à la princesse : « que l'audience était inutile; que si vous l'obteniez, vous na pourriez en ce moment vous traîner à Saint-Cloud. »
Elle m'a répondu :
« Que ce n'était pas cela du tout, que vous ne l'aviez pas comprise, qu'il fallait absolument que vous lui envoyiez, d'ici à huit jours, une lettre adressée à l'Empereur, où vous lui demanderiez, étant exproprié d'une partie de votre propriété, l'achat du reste sur le pied de ce que la Ville vous accordait pour ce qu'elle vous avait pris.
« Qu'elle se chargeait de remettre la lettre ellemême à l'Empereur, de lui expliquer votre position, et d'appuyer chaudement votre demande.
« Qu'il fallait que votre demande fût aussi laconique
1. Voir pour cette dure expropriation, notre livre Gavarni, l'Homme et l'oeuvre et dans les Maîtres et Petits Maîtres, de Burty, le chapitre consacré à Gavarni.
et aussi précise, comme chiffres et exposé que possible, de façon, à ce qu'à la première question que lui ferait l'Empereur : « Qu'est-ce qu'il veut ? » elle pût répondre nettement, précisément... que cela était de la plus grande importance. »
Voilà. Je crois comme elle, mon cher ami, ceci de la plus haute importance. Et nous vous supplions pour vous et pour tous ceux qui vous aiment, d'envoyer, le plus tôt possible, cette demande nette, précise, claire et concise à Saint-Gratien. Je crois que la démarche sera faite avec cœur.
Peut-être ne serait-il pas mauvais qu'avec votre demande à l'Empereur, vous envoyiez à la princesse une note de dix lignes, un résumé qui l'armât pour répondre et exposer la chose en quelques minutes.
Encore une fois, nous vous en prions, point de paresse, ni d'hésitation là-dessus. Il faut frapper en haut : c'est le moyen d'en sortir le mieux et le plus vite. Écrivez, écrivez !
Nous vous serrons les deux mains avec les quatre nôtres.
Littreboit *.