A JULES CLARETIE
4 mars 186a.
Monsieur,
Nous avons bien des excuses à vous demander, pour ne pas vous avoir encore remercié; mais nous sommes moins coupables que nous ne le paraissons; nous ne vous avons lu qu'hier. La Revue 1 que nous avons l'habitude de recevoir, nous a manqué précisément le jour, où vous nous faisiez l'honneur d'un article.
Nous sommes heureux et très reconnaissants de cette étude si consciencieuse et si sympathique. Vous avez bien voulu comprendre ce que nous avons essayé de faire, selon nos forces et notre tempérament. Vous critiquez un peu nos romans, et vous ne cachez pas que vous les aimez beaucoup. Vous croyez, comme nous, à un grand mouvement du roman, marchant à l'exactitude des sciences exactes et à la vérité de l'histoire. Il nous semble que vous adorez beaucoup des choses que nous adorons, et que vous osez lire,
1. La Nouvelle Revue de Paris, qui venait de publier une étude de Claretie sur Genninie Lacerteux.
sentir et juger, sans consulter le catéchisme du Beau académique. Votre article nous a été plus haut que l'esprit — là, où touchent les poignées de main cordiales qui font tout oublier et qu'on n'oublie pas. Et puis, comme vous nous connaissez t Vous avez été déterrer jusque dans nos Juvenilia, ce petit cochon de lait mort. Vous avez dépisté Germinie dans Philomène. Cela fait un bien grand plaisir d'avoir été suivi ainsi,, quand on était dans l'ombre, inconnu, presque invendu. Cela donne un peu de cœur pour l'avenir. Des lecteurs, des juges comme vous, encouragent, soutiennent et consolent.
Notre amitié et notre gratitude est à vous, Monsieur, et nous espérons une occasion, qui nous permettra de vous les témoigner de vive voix.
J. de G.