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Gavarni

morts qui vous jettent comme un fait divers, cette douloureuse surprise de la disparition d'un homme, dont la figure est là devant vous, et que vous ne reverrez jamais !...

Enfin, c'est en même temps une grande perte et une grande douleur pour nous.

Maintenant, l'homme n'est plus qu'une grande mémoire qui grandira encore; et un jour peut-être, quant le flot des larmes de chroniqueurs aura passé, essayerons-nous d'apporter à la gloire du grand peintre de la vie moderne, un pieux travail d'étude et de souvenirs, qui n'oubliera pas le vôtre et qui ne le fera pas oublier. La tristesse où nous sommes, nous fait encore plus d'envie et de besoin de nous réchauffer un peu à vous. Nous partirons lundi, et nous nous arrangerons pour être, à l'heure du Magny du 3 décembre.

Nous vous serrons, jusque-là, bien affectueusement les deux mains.

E. ET J. DE GONCOURT

A PAUL DE SAINT-VICTOR

Jeudi, 24 janvier 4867.

Mon cher ami,

Nous vous remercions bien de votre souvenir sur papier de Hollande1. Nous n'avons pas voulu vous en accuser réception, avant d'en avoir lu les 514 pages, tout haut, ce qui est la bonne façon de lire un livre pareil, d'une langue rythmée, sonore, pleine de l'éclat des pensées, d'harmonies profondes, de notes d'argent et de bronze.

Vous nous permettrez de vous en parler, au courant des pages et de nos impressions. Il nous semble, en le quittant, sortir, la tête et les yeux éblouis, d'un « salon carré » de l'Histoire et de l'Art.

Vous faites respirer les chefs-d'œuvre, vous mettez des âmes dans les statues, vous ressuscitez les portraits, vous évoquez les dieux et les hommes, les déesses et les femmes. Vous faites parler le marbre, la chronique, la légende; vous animez les grâces et les monstres. On va, dans votre livre, de Phidias à Rembrandt. C'est le musée vivant du passé !

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