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NOTICE

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M""" DE LESPINASSE

Julie-Jeannc-Éléonore de Lespmasse naquit à Lyon, le 18 novembre 1732 ^ Ce n'est pas sans raison qu'elle a comparé elle-même sa naissance et ses premières années aux pages les plus émouvantes d'un roman de Richardson ou de l'abbé Prévost ^ Elle dut, en effet, le jour à une liaison coupable formée par la comtesse d'Albon, et ce ne fut qu'en dissimulant, du moins aux étrangers, le secret d'une origine qui la plaçait en dehors de la famille légitime, que sa mère put la garder auprès d'elle et la traiter sinon publiquement, du moins en réalité comme sa fille, et peut-être comme sa

1 . Toici l'extrail baptistaire de mademoiselle de Lespinasse, tel qu'il fut Televé, en 1753, par madame du Deffand elle-même, lorsqu'elle lui proposa de la prendre chez elle, et tel qu'Horace Walpole le trouva à sa mort dans les papiers qu'elle lui avait légués :

« Le dix-neuvième novembre mil sept cent trente-deux, a été baptisée •ulie-Jeane-Éléonore, née hier, fille légitime du sieur Claude Lespinasse, bourgeois de Lyon, et de dame Julie Navare; le parrain est Louis Basiliat, chirurgien juré de Lyon, la marraine dame Julie Le Chat, représentée par dame Madeleine Gannivet, épouse du dit sieur Basiliat. Le dit enfant est né chei le sieur Basiliat. Le père n'a signé pour être absent, ces deux témoins nr:t signé la minute. I Basiliat; Ambruse, vicaire. Extrait mot à mot des registres de Saint-Paul de Lyon, expédié le 29 avril 1753. Signé : Caire, vicaire de Sajnt- Paul. (Lettres de madame du Deffand, Londres, 1810, I, p. XLllI.)

î. Voir p. 91.

ît NOTICE

fille la plus aimée. Sur ce mystère qui entoura la naissance et la jeuuesse de mademoiselle de Lespinasse, les contemporains ne recueillirent que des bruits incertains et souvent contradictoires : Grimm, et même Marmontel et La Harpe qui la connurent plus intimement, ou se taisent ou ne s'accordent pas dans leurs récits, et l'on en peut conclure qu'ils ne reçurent pas ses confidences. Le silence h cet égard était de la dignité, et elle s'était fait une règle de ne pas s'en départir. Marmontel se borne à une simple allusion, lorsque, parlant de la communauté d'infortunes qui contribua à rapprocher l'un de l'autre d'Alembert et mademoiselle de Lespinasse , il dit : « qu'ils étaient tous deux enfants de l'amour ^ » Grimm, lui, affirme positivement qu'elle « était fille naturelle de madame d'Albon, qui n'avait jamais osé la reconnaître^, » mais le seul détail qu'il ajoute à cette affirmation est une erreur, car il n'est pas exact, comme il l'avance, que mademoiselle de Lespinasse « n'ait jamais voulu recevoir de sa mère aucun bienfait depuis qu'elle eut senti le prix de celui qui lui éta,it refusé ^. » Le récit de La Harpe, plus circonstancié, plus dramatique, est aussi celui où l'on peut relever le plus d'erreurs. « Quoique sa naissance, dit-il, fût le fruit d'une infidélité, elle était pourtant légitimée par les lois qui donnent au père tous les enfants nés depuis le mariage; mais sa mère n'ayant pas dissimulé sa fai- Dlesse, le mari, homme de condition, eut assez de crédit pour faire enlever cette enfant qu'il ne voulait pas reconnaître. Elle fut élevée dans un couvent de province, où l'on assurait sa subsistance sans que Ion sût ce qu'elle était. Objet de la jalousie d'un frère et d'une

I. Marmontel, Mémoires, 1804, t. H, p. 414. î. Grimm, Corresp. ItUér., 1830, t. IX, p. 81.

3. Cela résulte delà Lettre de la marquise du Deffand à la duchesse de Luyoet, 4|ue nous publions plus loin, p. LXXIY.

SUR MADEMOISELLE DE LESPINASSE. ni

sœur, qui craignaient qu'elle ne fût appelée au partage (les biens, si jamais elle réclamait les lois, elle vivait dans des alarmes continuelles. Sa mère les redoublait encore en lui recommandant les plus grandes précautions contre tous ceux qui la viendraient voir au couvent, de ne prendre aucune nourriture que celle de la maison, de ne recevoir ni bonbons ni bouquets, de ne sortir sous aucun prétexte '. »

S'il est très-exact que mademoiselle de Lespinasse ait dû le jour « à une infidélité, » mais que cette infidélité n'eût pas rendu impossible une réclamation d'état fondée sur la règle de droit : Pater is est quem nuptiœ demonstrant, s'il est également vrai que cette réclamation fut l'objet des appréhensions de la famille d'Albon, il est faux, au contraire, que mademoiselle de Lespinasse ait été jetée dans un couvent par la volonté inflexible et vindicative du comte d'Albon, et fort invraisemblable qu'elle ait eu à redouter des tentatives homicides contre sa personne. A l'époque où écrivait La Harpe, on ne savait pas très-bien à quoi s'en tenir sur ces premières années; aujourd'hui il en est autrement, et le témoignage de madame du Deffand, alliée aux d'Albon, celui de M. de Guibert, qui non-seulement reçut les confidences de mademoiselle de Lespinasse, mais auquel elle lut le récit qu'elle avait composé sur cette époque de sa vie, permettent de rectifier le récit de La Harpe.

M. de Guibert, et l'on ne saurait l'accuser de partialité pour la famille d'Albon, contredit complètement l'histoire de la claustration forcée de mademoiselle de Lespinasse : « Elle naquit, dit-il, sous l'auspice de l'amour et du malheur. Sa mère était une femme d'un grand nom, qui vivait séparée de son mari. Elle l'éleva publiquement, comme si elle eût été en droit de l'avouer

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