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U"' DE LESPINASSE A M™" LA M" DD DEFFAND, A SAINT-JOSEPH

Mardi, 8 mai 1764.

Vous m'avez fixé un terme, madame, pour avoir l'honneur de vous voir; ce terme me paroît bien long, et je serois bien heureuse si vous vouliez l'abréger; je n'ai rien de plus oi cœur que de mériter vos bontés; daignez me les accorder et m'en donner la preuve la plus chère, en m'accordant la permission de vous aller renouveler moi-mêmo l'assurance d'un respect et d'un attachement qui ne finira qu'avec ma vie, et avec lesquels j'ai l'honneur d'être, madame, votre très-humble et très-obéissante servante.

LESPINASSE

M""" LA M** DD DEFFAND A m"« DE LESPINASSE.

Mercredi, 9 mai i 764.

Je ne puis consentir à vous recevoir sitôt, mademoiselle; la conversation que j'ai eue avec vous, et qui a déterminé notre séparation, m'est dans le moment encore trop présente. Je ne saurois croire que ce soient des sentimens d'amitié qui vous fassent désirer de me voir, il est impossible d'aimer ceux dont on sait qu'on est détesté, abhorré, etc., etc., par qui l'amour-propre est sans cesse humilié, écrasé, etc., etc., etc., ce sont vos propres expressions, et la suite des impressions que vous receviez depuis longtemps de ceux que vous dites t'tre vos véritables amis; ils peuvent 1 être en effet, et je souhaite de tout mon cœur qu'ils vous

procurent tous les avantnges que vous en attendez; agrément, fortune, considération, etc., elc. Que feriez-vous de moi aujourd'hui, de quelle utili'é pourrois-je vous être. Ma présence ne vous seroit point agréable, elle ne serviroit qu'à vous rappeler les premiers temps de notre connoissance, les années qui l'ont suivie, et tout cela n'est bon qu'à oublier. Cependant, si par la suite vous veniez à vous en souvenir avec plaisir, et que ce souvenir produisît en vous quelque remords, quelque regret, je ne me pique point d'une fermeté austère et sauvage, je ne suis point insensible, je démêle assez bien la vérité; un retour sincère pourroit me toucher et réveiller en moi le goût et la tendresse que j'ai eus pour vous; mais en attendant, mademoiselle, restons comme nous sommes, et conlentez-vous des souliaits que je fais pour votre bonheur.

TURGOT A m'1« de LESPINASSE*.

[Limoges, 26 janvier 1770.]

Vous croiriez que je trouve son ouvrage bon *, et je ne

le trouve que plein d'esprit, de génie même, de finesse, de profondeur, de bonne plaisanterie, etc.; mais je suis fort loin de le trouver bon, et je pense que tout cela est de l'esprit infiniment mal employé, et d'autant plus mal, qu'il aura plus de succès, et qu'il donnera un appui à tous les sots et les fripons attachés à l'ancien système, dont cependant l'abbé s'éloigne beaucoup dans son résultat. Il a l'art de tous ceux qui veulent embrouiller les choses claires, des Nollet , disputant contre Franklin sur l'électricité, des Monfaran disputant contre M. de Gournay sur la liberté du commerce, des Caveyrac attaquant la tolérance. Cet art consiste à ne jamais commencer par le commencement, à présenter le sujet dans toute sa complication, ou par quelque fait qui n'est qu'une exception, ou par quelque circonstance isolée, étrangère, accessoire, qui ne tient pas à la question et ne doit entrer pour rien dans la solution.

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