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LETTRE DE D'ALEMBERT AU COMTE DE FUENTES

encore de la modestie avec laquelle il les cachoit, ou plutôt de la simplicité aimable et naïve qui ne cherchoit jamais à s'en parer! Quelle perte pour l'Espague, Monsieur, que celle d'un homme si supérieur et si vertueux! Que de lumières il y auroit répandues, et que de grands exemples il y auroit donnés! Quelle perte pour vous, dont il eût été Ja consolation, dont il refraçoit les vertus par les siennes, iii qu'il chérissoit avec la plus vive tendresse! Quelle perle pour sa famille, dont il étoit aimé et respecté, et dont il eut été le conseil, l'exemple et l'appui! Quelle perte enfin pour moi, qu'il honoroit de son amitié et de ses bontés, et qui conserverai jusqu'au tombeau le plus cher et le plus douloureux souvenir de la plus parfaite créature que j'aie jomais connue I Les sentimens dont il a bien voulu me donner tant de preuves, sont à mes yeux la récompense la plus flatteuse du peu de bonnes qualités qu'il a cru voir en moi; elles me sont précieuses, puisqu'elles m'ont valu l'honneur et la douceur d'avoir un tel ami : son esprit don- Boit au mien une énergie qu'il n'aura plus; mais je me souviendrai éternellement des instans chers à mou cœur, eu cette âme si pure, si noble, si forte et si douce, aimoit à serépandre dansla mienne. Depuis son départ de Paris, jen'ai pas été un moment sans les plus vives alarmes. Je me plaignois de la fatalité qui vous avoit obligé de quitter un pays où vous étiez, ajuste titre, si chéri et si honoré, et où vous aviez laissé des regrets éternels. Je me flattois que des cireoiistances plus favorables vous rendroient à la France, et avec vous l'homme le plus digne et le plus capable de vous succéder. J'i'spéiuis enfiu. si je n'avois pas le bonheur de vivre avec lui, de pouvoir dire encore longtemps : Il vit et il m'aime. Hélas! Monsieur, il faut renoncer môme à la cruelle douceur de mêler mes larmes avec les vôtres, et de parler de M. de Mora à la personne du monde qui sauroit le mieux m'entendre. Il ne me reste que la triste consolation dépenser sans cesse aux rares qualités qu'il avoit reçues de la nature, aux bontés dont il m'honoroit, aux doux momens que j'ai passés avec lui et qui ne reviendront plus; enfin à la vive et respectueuse tendresse que j'avois pour sa personne. C'est dans ces sentimens que je finirai ma vie; et cette chère et affligeante image sera toujours pr^^sente à mon cœur.

Permettez-moi, Monsieur, défaire ici pour vous les vœux

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