SUR LA MORT DE SON FILS
Paris, 30 septembre 1774.
Monsieur, M. le rhevalier de Magallon nous a fait p:irt, à M"e de Lespinasse et à moi, d'uoe leltre dans laquelle vous voulez bien nous témoigner voire reconuoissance du tendre attachement que nous avions l'un et l'autre pour M. le marquis de Mora*. C'est à nous-même à vous remercier Monsieur, de vouloir bien attacher quelque prix au sentiment le plus juste qui fut jamais pour l'incomparable ami que nous avons eu le malheur de perdre. Toutes les fois que notre nom pourra revenir à votre mémoire, nous vous prions d'être bien persuadé qu'au moment où vous penserez à nous, nous partage'^ns amèrement votre douleur, et que nos cœurs répondent au vôtre. Mais si ce cœur paternel pouvoit recevoir quelque soulau'ement à ses maux, si quelque chose, Monsieur, pouvoil adoucir voir»' affliction profonde, ce seroit le regret universel que donnent à la mémoire de monsieur votre (ils tous ceux qui ont eu le bonheur de le connoître. La voix publique fait son éloge funèbre :mais que cet éloge est touchant de la pari de tous ceux qui, comme W^" de Lespinasse et moi, ont pu jouir à fond de son âme; qui en ont vu toute la sensibilité, toute la délicatesse, tout*- l'élévation; qui ont connu la solidité, la ju>tesse, les grâces de son esprit ; qui ont été étonnés de la variété et de l'étendue de ses connoissances et plus étonnés
1. Parue pour la première fois dans les OEuvre s posthumes de d'Aletnbert, Paris, 1799. in-?°, t. 1, p. 144.
? . Fils aîné de M. le comte de Fuentès, mort au mois de mai 1774. 11 éloit li'l qu'on le peint dans celte lettre. L'auteur a cru qu'on lui pardouneroit de ri'iii'.ie publique cetle expression de ses si-ntmens pour un des hommes le» plws aimables (i-i'il »■! cciiums, el pour un ami ilout il révère et client la méinoiie. (Auc:fu:i.- uuie.J