Eloge d'Eliza. passim
2- Portrait de mademoiselle de Lespinassc, voir p. 346. . drresp. litl., t. I, p. 3S6.
était ce naturel brûlant qui passionnait son langage, et qui communiquait à ses opinions la chaleur, l'intérêt, l'éloquence du sentiment. Souvent aussi chez elle la raison s'égayait : une douce philosophie s'y permettait un léger badinage^ »
L'on comprend aisément l'influence que devaient avoir sur la société de cette époque de telles qualités d'esprit. Aussi, si l'on ajoute à cette influence personnelle à mademoiselle de Lespinasse celle très -grande de d'Alembert, chef reconnu du parti philosophique, et joignant à sa gloire de savant une renommée littéraire qui plus tard le fit choisir par l'Académie française pour son secrétaire perpétuel, l'on aura une idée exacte de ce qu'était le salon de mademoiselle de Lespinasse, plus littéraire que celui de la marquise du Deffand, plus aristocratique que celui de la bourgeoise madame Geoffrin. Les dîners et les soupers, qui tenaient une si grande place dans la gloire des Mécènes de cette époque, n'entraient pour rien dans la célébrité du salon de la rue de Belle-Chasse. L'on n'y dînait ni les lundis ni les mercredis comme chez madame Geoffrin, ni les vendredis comme chez les Necker ; et l'on n'y soupait jamais ^, mais l'on y causait tous les jours, de cinq heures à dix heures. Pendant douze ans, de 1764 à 1776, l'on peut dire que pas un seul jour la société la plus nombreuse, la plus choisie ne manqua à mademoiselle de Lespinasse, et que pas un seul jour, mademoiselle de Lespinasse ne manqua à cette société. Présents, ses amis n'auraient, pour rien au monde, failli à se rendre à ces fêtes quoti-