XXVI NOTICE
diennes de l'esprit, de la grâce et du goût; absents, ils ne songeaient qu'à y revenir. Ainsi faisait Garaccioli :
« Ma première pensée a été d'écrire à mademoiselle de Lespinasse, elle doit avoir reçu ma lettre... Je l'ai priée de présenter mes respects à madame Geoffrin, et de saluer, de ma part, tendrement tous nos chers amis, tous les fidèles •de nos charmantes soirées du petit coin de la rue Saint- Dominique, entre autres MM. de Condorcet, Suard, Guiberl, Devaisnes, Morellet, et l'abbé Arnaud, à condition qu'il nous laisse saine et sauve notre musique italienne... Oh ! si vous saviez combien je regrette les avant-soirées du coin -de la rue Saint-Dominique, vous seriez persuadé que je ferai tout mon possible pour me remettre bien vite dans le chemin de Paris *. »
Ainsi dut faire ce spirituel abbé Galiani, lui qui avait gravé dans sa mémoire jusqu'aux plus petits détails de ce salon : « Mademoiselle de Lespinasse se souvient donc encore de moi! Je fais bien plus : je me souviens d'elle, de sa chienne, de son perroquet, grand diseur de sottises^. » Y revenir, c'est comme pour l'oiseau revenir au toit familier. « Il est impossible, par le temps qu'il fait, écrivait à d'Alembert Morellet, le moins sensible des abbés, d'aller passer la soirée avec mademoiselle de Lespinasse : je vous prie de lui dire que j'ensuis très-faché, et que je lui reviendrai avec les hirondelles'. »
Les autres salons avaient leurs habitués, leurs amis en titre et dominant : chez madame duDeffand, c'étaient le président Hénault, Pont de Veyle, les Beauvau, les Ghoiseul, Horace Walpole, dans ses trop rares voyages à Paris; chez madame Geoffrin, c'étaient Marmontel , Thomas; chez le baron d'Holbach, Diderot et Grimm; chez mademoiselle de Lespinasse, ce n'était pas même
1 . Lettre à d'Alembert, 18 août 1 774. OEuvres posthumes de d'Alembert, U I, p. 361.
2. Lettre à d'Alembert, 25 septembre 1773 ; tèid., I, p. 411.