XXX NOTICE
pour tout charmer autour d'elle, était de s'abandonner elle-même à toutes ses impressions, d'être en quelque sorte le miroir fidèle où chacun se voyait, s'admirait, ft Je plaisais, a-t-elle dit, par l'impression que je recevois des agrémens et de l'esprit des personnes avec qui j'étois : et en général, je ne suis aimée que parce qu'on croit et qu'on voit qu'on me fait eifet : ce n'est jamais par celui qu'on reçoit. Cela prouve tout à la foiset l'insuffisance de mon esprit et l'activité de mon âme^.» Nommer tous ceux qui fréquentèrent le salon de mademoiselle de Lespinasse, serait passer en revue ce que, de 1764 à 1776, la France eut de plus illustre dans tous, les genres. Arrêtons-nous cependant à quelques-uns. C'étaient, parmi les intimes, Turgot, qui, presque du même âge qu'elle, la prenait pour confidente de ses plus secrètes pensées de philosophe et bientôt de ministre réformateur; Loménie de Brienne, archevêque de Toulouse, propre neveu de madame du Deffand, qui, malgré cette parenté, n'avait pas rompu avec mademoiselle de Lespinasse, et dans lequel, avec l'illusion de l'amitié, elle entrevoyait un futur cardinal de Richelieu; le chevalier de Chastellux, esprit à la fois philosophique et littéraire, qui, tout en faisant des comédies de société pour son compte et pour celui de son amie, la marquise de Gléon, publiait un beau livre sur la Félicité publique; le comte de Schômberg, l'admirateur passionné de Voltaire, le chevalier d'Aguesseau, le vicomte de Saint-Chamans, jeune colonel, dont la santé chancelante devait l'intéresser jusqu'au milieu de sa propre agonie; le comte d'Anlezy, allié aux d'Albon et pour elle presque un parent, âme aimante et dévouée dans un corps disgracié de la nature; le duc de La Rochefoucauld, le même dout la Révolution devait plus tard reconnaître