‹ LettresChapitre 32 sur 151 · UUre 96, p · texte numérisé non relu

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des bandeaux. Il faut convenir, si Marmontel et Grinini n'ont rien exagéré, que la conduite de mademoiselle de Lespinasse fut plus que cruelle à son égard. Agnès, dans l'École des femmes, ne l'est pas davantage pou? Arnolphe, Angélique, pour Georges Dandin, qu'elle ne le fut pour ce secrétaire perpétuel de l'Académie française, pour cet homme réputé l'un des plus grands esprits de son temps. « D'Alembert, dit Marmontel, était auprès d'elle comme un simple et docile enfant ^. » Bien simple en effet, et vraiment trop docile I On en jugera par ce récit du même témoin :

« Mademoiselle de Lespinasse n'était plus la môme avec d'Alembert, et non-seulement il en essuyait des froideurs, mais souvent des humeurs chagrines pleines d'aigreur et d'amertume. Il dévorait ses peines et n'en gémissait qu'avec moi. Le malheureux! tels étaient pour elle son dévouement et son obéissance, qu'en l'absence de M. de Mora, c'était lui qui dès le matin allait quérir ses lettres à la poste, et les lui apportait à son réveil ^ »

Grimm, qui au moment de la mort de mademoiselle de Lespinasse garde le silence sur ce point, ne se croit plus obligé à la même réserve sept ans plus tard, et fait à peu près le même récit, mais en termes plus sévèresencore :

« Rien ne peut se comparer à l'ascendant prodigieux que mademoiselle de Lespinasse avait acquis sur toutes ses pensées et sur toutes ses actions. Pour s'être révolté quelquefois contre une tyrannie si dure, il n'en supportait pas moins Je joug avec un dévouement à toute épreuve. Il n'y a point de malheureux savoyard à Paris , qui fasse autant de courses, autant de commissions fatigantes, que le premier géomètre de l'Europe, le chef de la société encyclopédique, le dictateur de nos académies... n'en faisait

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