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Marmontel, Mém., t. II, p

L NOTICE

pour M. de Guibert, et dont il nous reste à parler. Telle est la vanité de toutes ces passions où l'amour croit s'éterniser, dont il prétend faire l'unique objet de la vie, l'unique besoin de l'âme, qu'il est à peu près certain que M. de Mora pouvait se faire le même reproche d'inconstance à l'égard de mademoiselle de Lespinasse que celle-ci devait s'adresser à elle-même. Ce culte de l'amour avait abouti à une double infidélité, à une double apostasie, et c'était peut-être assez naturel. Voici ce que madame Suard nous a appris sur cette mutuelle faiblesse de M. de Mora et de mademoiselle de Lespinasse : « Il était en route pour la voir, et mourut à Bordeaux d'un crachement de sang, au moment où elle l'attendait. Il fut trois ans absent', et, d'après ce que j'ai appris, ils avaient à se faire une confidence réciproque *. »

Vers le milieu de l'année 1772, la cour et la ville, les salons littéraires et les salons aristocratiques furent mis en grand émoi par l'apparition d'un livre qui, sous un titre exclusivement militaire, ne visait à rien moins qu'à réformer l'État. Publié sans nom d'auteur, par son sujet on l'eut attribué à un soldat, émule de Folard ou du maréchal de Saxe, par le fond un encyclopédiste ne l'eut pas désavoué. En réalité il était l'œuvre d'un jeune gentilhomme qui poursuivait Tune et l'autre gloire, d'un soldat philosophe. CelïvYeétSiilVFssai sur la tactique, et il avait pour auteur le comte de Guibert, alors colonel de la légion corse. Dédié un peu emphatiquement a ma patrie, il était tout entier dans un discours préliminaire où, tra-

1. C'est une erreur: uq peu moins de deux ans, du 7 août 1772 au S7 mai 1774.

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