Essais de mémoires sur M. Suard; Paris, 18Î0, p
Sl/R MADEMOISIiiiLE DE LESPINASSE. LI
çant le plan « d'une France politique et militaire, » M. de Guibert critiquait les institutions de son pays, et, suivant l'expression de madame de Staël, «prédisait d'une façon remarquable la Révolution^ » qui devait éclater vingt ans plus tard. G'étaitl'invasion de ce qu'on appelait alors la philosophie dans l'art de la guerre, qui jusque là n'en avait pas paru susceptible. L'on comprend la joie' qu'en durent éprouver les philosophes. D'un autre côté, comme le livre émanait d'un écrivain que la noblesse pouvait réclamer pour un des siens, son succès était un peu considéré par elle comme une revanche prise sur la roture lettrée et académique. « On fut étonné, dit Ln Harpe, de voir un jeune colonel écrire sur le gouvernement avec une hardiesse qu'on n'avait encore remarquée que dans quelques écrivains philosophes^... La cour et le grand monde se flattaient d'opposer un colonel, et ce qu'ils nommaient un des leurs, à toute la littérature'. » « A toute la littérature » était bien le mot, car M. de Guibert aspirait en même temps à la gloire du théâtre et aux palmes du discours académique : il lisait dans les salons une tragédie du Connétable de Bourbon qui y était fort applaudie, et allait bientôt concourir pour un éloge du maréchal de Catinat. « Ce M. de Guibert, disait Voltaire, veut aller à la gloire par tous les
1 . Éloge deM. de Guibert, œuvres de madame de Staël, 1 82 1 , t. VUI, p. 279 . — Aujourd'hui le livre de M. de Guibert a perdu presque tout son intérêt à ce point de vue ; mais il en conserve encore un très-grand par la manière dont y est développée cette opinion, que la cause de la chute des empires doit être en grande partie cherchée • dans la perte de la discipline des armées, dans les variations d'armes et de tactique, dans les vicissitudes de l'art militaire, dans ses pas vers la perfection ou la décadence. »