I.VI NOTICE
mes yeux et mon cœur sont pleins de larmes '. » Si cette date est exacte, le retour de M. de Guibert d'un voyage en Prusse et en Autriche (15 mai -30 octobre 1773), voyage entrepris en apparence pour étudier l'organisation militaire de ces deux pays, mais secrètement peutêtre pour échapper à des persécutions que Y Essai sur la tactique lui faisait craindre^, ce retour, disons-nous, avec ses joies et ses intimités plus grandes, aurait amené un dénouement jusque là retardé; et ressemblerait dans ces amours à l'épisode de l'orage et de la grotte dans ceux de Didon et d'Enée. A ce moment M. de Mora vivait encore; mais il était absent depuis près de dix-huit mois, et l'on peut croire, à l'honneur de mademoiselle de Lespinasse, qu'avant de céder définitivement à sa passion elle avait lutté contre elle. La nouvelle, soudaine, inattendue, de la mort de M. de Mora lui porta un coup d'autant plus terrible que cette mort aggravait sa faute à ses propres yeux. Il n'est pas douteux qu'elle n'ait à ce moment songé au suicide. Seul M. de Guibert eut le pouvoir de la rattacher h une vie que par lui cependant elle avait appris à haïr. M. de Mora avait succombé à Bordeaux le 27 mai, et c'est le 1" juin, le jour même où la nouvelle lui en parvient à Paris, qu'elle conçoit la pensée, et tente de le suivre dans la mort. « J'aurois été trop heureuse que le terme de ma vie fût venu le mercredi premier juin... Oui, je frémis, en pensant que je ne puis m'en prendre qu'à vous de tout ce que j'ai souffert depuis ce jour funeste ^ » Ce reproche de l'avoir arrachée ce jour-là à la