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SUK MADKMOISELLE DE LliSPlNASSE. LV
mois de septembre suivant, tout retour en arrière était devenu impossible : mademoiselle de Lespinasse était liée à M. de Guibert par le lien indissoluble de l'amour le plus violent et du remords le plus cruel. « Ah ! mon Dieu, écrivait-elle en mai 1773, par quel charme ou par quelle fatalité, ètes-vous venu me distraire? Que ne suis-je morte dans le mois de septembre, je serais morte alors sans regret, et sans avoir de reproche à me faire ^ » Telle sera désormais la triste destinée de mademoiselle de Lespinasse : partagée entre ce nouvel amour qu'elle ne peut vaincre, qui la domine chaque jour davantage, et le souvenir toujours présent et toujours cher de M. de Mora; déchirée par des remords qu'elle ne peut écarter; entraînée par un penchant qu'elle ne peut surmonter, elle usera ce qui lui reste de vie dans celte lutte tragique, et aspirera à la mort comme à une délivrance. Toutefois l'on peut croire, et Sainte-Beuve a pensé, que l'abandon complet de son àme et de sa personne à M. de Guibert devait être reculé jusqu'au 10 février 1774. Cette date serait bien réellement la date fatale et inéluctable. « Minuit sonne, mon ami, je viens d'être frappée d'un souvenir qui glace mon sang. C'est le 10 février de l'année dernière (1774), que je fus enivrée d'un poison dont reflet dure encore. Dans cet instant même il altère k circulation de mon sang : il le porte à mon cœur avec plus de violence; il y ramène des regrets déchirants. Hélas! par quelle fatalité faut-il que le sentiment du plaisir le plus vif et le plus doux soit lié au malheur le plus accablant! Quel affreux malheur!... Ah! mon Dieu! Il y a un an qu'à pareille heure M. de Mora fut frappé du coup mortel; et moi, dans le même instant, à deux cents iieues de lui, j'étais plus cruelle et plus coupable que les ignorants barbares qui l'ont tué. Je meurs de regrets :