Ibid., p
LXn NOTICE
elle avait recours pour trouver le sommeil et sans doute loubli, hâta peut-être l'événement fatal. A la fin de novembre 1775, cinq mois avant sa mort, elle parle ainsi de sa fin prochaine à M. de Guibert : « Laissez-moi arrêter, reposer ma pensée sur ce moment tant désiré, si attendu, et dont je me sens approcher avec une sorte de transport... Vous ne saurez jamais le déchirement, l'espèce de mort et d'angoisse où je viens de passer ces trois dernières semaines. Ce n'est pas la perte de mes forces, ma maigreur, l'excès de mon changement qui sont étranges. Ce qui est inouï, c'est que ma vie ait résisté à cette torture ^ »
1 . Lettre 145, p. 272. — Voici, relevés par nous, divers passages qui formeni comme un journal de la santé de mademoiselle de Lespinasse : — Avril 1770- « Mademoiselle de Lespinasse ne peut encore vous écrire; la fièvre l'a res; saisie ces jours-ci, soit pour avoir pris du quinquina, soit pour avoir fait quelque station du jubilé. ► [OEuvrcs de Condorcet, If 47, t. I, p. 167.) — 4 décembre 1770 : » Mademoiselle de Lespinasse va beaucoup mieux; elle sortiroit sans un efTort de raison. » {Ibid., p. 174.) — 14 janvier 1771 : « Mademoiselle de Lespinasse est beaucoup mieux que je ne l'ai vue depuis longtemps. > (W., p. 180.) — 20 janvier 1771 : « Elle vous écrira pour vous faire compliment sur l'élection de M. Desmarest. i (W., p. 181.) — Juin 1771 : « Mademoiselle de Lespinasse a eu encore un frisson très-violent, suivi d'une forte fièvre ; c'est le septième accès depuis la rechute. On avoit jusqu'ici laissai agir la tiature, mais hier on a ordonné les eaux de Sedlilz. Elle est persuadée que le jubilé n'est pour rien dans sa maladie; elle n'est restée qu'un quart d'heure dans l'église de Saint- Germain, et elle prétend que si un si court espace de temps passé dans une église produisoit un si fâcheux effet, ce seroit une chose plus terrible qu'aucune épigrarame de Voltaire. (/d.,p. 184.)
— 21 juillet 1771 : « Mademoiselle de Lespinasse est souffrante depuis quelques jours. » {Id., p. 186.) — 26 août : • Mademoiselle de Lespinasse et ses secrétaires [d'Alembert et Condorcet) sont bien affligés. Nous aimons tendrement M. Suard et sa femme; nous craignons qu'ils ne perdent la Gazette. • (Id,, p. 193.) — • Ribemont, ce 11 aoiit 1772: Mademoiselle de Lespinasse tousse. Le départ de M. de Mora qu'elle aime beaucoup l'a vivement affectée ; et moi je dis : 3era-t-il pins heureux en Espagne qu'en Fronce; et quelle est la cause finale de tout cela ? • (Condorcet à 'Turgot, extrait d'une lettre inédite communiquée par M. Ludovic Lalanue.)— 20 décembre 1773 : • Mademoiselle de Lespinasse avoil été passablement depuis mon arrivée; il y a environ huit jours qu'elle va en empirant. L'insomnie et l'accablement augmentoient ; la toux est revenue hier. Peu de personnes ont été plus maltraitées, et l'ont moins mérité. Elle n'a pas même la tort de trop admirer le nouvel Helvélius. • [Id. , p. 222 l
— ï7 décembre 1 773 : • Mademoiselle de Lespinasse est plus fatiguée de sa toux que jamais : elle ne nous a point vus depuis doux jours. » {Id., p. 224.) — 1 774, janvier : • .'\ladi'moiselle de Lespinasse est mieux depuis quelques jours • (/i.,p, 2i9.) — lOjauïier: t }'"^»'.moiselle de Lespinasse a un torticoli
SUR MADEMOISELLE DE LKSl'lN XSSiî. LXIIl
Celte torture, elle ne devait pas y l'ésisler longteiup.>, ni longtemps la subir. Déjà presque mourante, elle reste •encore la femme du monde accomplie que nous connaissons; elle s'occupe de ses amis, de leurs intérêts, de leur santé, comme pour le vicomte de Saint-Chamans ; et, de leur côté, ses amis redoublent d'attention, de sollicitude. « J'ai les plus dignes amis, les plus sensibles, écrivaitdle, les plus vertueux. Chacun, à sa manière et selon son accent, voudrait arriver jusqu'à mon âme; je suis pénétrée de tant de bontés, mais je reste malheureuse^» Ce fut le jeudi 23 mai 1 776, que la mort vint lui apporter le repos auquel elle aspirait, et qui lui avait été refusé dans une vie presque toujours agitée par la passion et oîi les rares instants de bonheur et de plaisir qu'elle avait connus n'avaient été que les éclairs fugitifs d'un perpétuel orage. La lutte qui avait si douloureusement rempli ses derniers jours ne cessa même pas sur ce lit de mort près duquel veillait d'Alembert, et le calme que le pardon de l'amitié aurait pu faire descendre dans son âme, il ne lui fut pas donné de l'éprouver. Ce témoignage de suprême dévouement, d'Alembert hésita-t-il à le lui donner, ou les défaillances de l'agonie l'empêchèrentelles de le recevoir? Le récit de d'Alembert peut laisser quelque doute à cet égard. « Le seul instant, a-t-il dit en s'adressant plus tard à ses mânes, où j'aurais pu vous montrer à découvert mon âme abattue et consternée, a été l'instant funeste oîi, quelques heures avant de mourir, vous m'avez demandé ce pardon déchirant, dernier témoignage de votre amour, et dont le souvenir cher et -cruel restera toujours au fond de mon cœur. Mais voub
quia succédé à la toux, parce qu'il est apparemment nécessaire qu'elle souffre.» {Id., p. 231.) — Août 1774 : Mademoiselle de Lespinasse est toujours souffrante; elle n'en est que plus ardente pour lirer les malheureux de peine; eUe m'a reparlé du chevalier de Saint-Pierre. Xàcbex donc de faire quelque chose ifour lui. » (Id., p. 248.) 1. Infia,p. 79.