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SUR MADEMOISELLE DE LESPINASSE. Lxr
cruelles, certaines accusations même qu'elle avait fait entendre contre ce vieil ami dont elle avait noirci la bienveillance envers la famille d'un domestique coupable * : injustes soupçons qu'on ne peut attribuer qu'à une sensibilité maladive de plus en plus excitée. Elle songeait alors, comme on songe à un bien perdu, au calme et au bonheur que cette amitié ou cet amour aurait pu lui donner. Les aveux venaient presque sur ses lèvres et ses réticences les laissaient deviner. « Sa présence, écrivaitelle de d'Alembert, pèse sur mon âme; il me met mal avec moi-même, je me sens trop indigne de son amitié et de ses vertus*. » A un ami commun, elle faisait cette confession, que la cause de ses froideurs, de ses vivacités contre d'Alembert « était de ne pouvoir lui ouvrir son âme, et lui faire voir les plaies qui la déchiraient*. » Dans un de ces retours de tendresse, elle lui disait à lui-même, en soupirant, « que de tous les sentiments qu'elle avait inspirés, le sien, pour elle, était le seul qui ne l'eût pas rendue malheureuse*. » La tendre intimité des anciens jours semblait alors renaître entre eux. Un an avant sa mort, d'Alembert lui faisait présent <le son portrait; mais elle affectait de n'y voir qu'une marque de sa « bonté, » et lui la trouvait déjà « trop faible pour pouvoir supporter les tendres reproches ■qu'il avait à lui faire*. »
La mort, en effet, approchait rapidement. L'activité et l'ardeur de son âme avaient seules donné à ses amis une sécurité trompeuse. «Depuis deux ans, dit M. de Guibert, c'était son âme qui trompait mes inquiétudes et qui assoupissait mes craintes. » L'abus de l'opium, auquel