ÉDITIONS POSTÉRIEURES
lettres de mademoiselle de Lespinasse, écrites depuis l'année 17 7 3 jusqu'à l'année 17 76 ; suivies de deux chapitres dans le genre du Voyage sentimental de Sterne, par le même auteur; augmentées de son éloge, sous le nom d'Étiza, par M. de Guibert, et de deux opuscules de d'Alembert. Paris, Longchamps, 1811, 2 vol. in-l8. Ces deux opuscules de d'Alembert sont ceux : Aux mânes de mademoiselle de Lespinasse et Sur le tombeau de mademoiselle de Lespinasse. Cette édition contient de nombreuses corrections et quelques suppressions.
Lettres de mademoiselle de Lespinasse, avec une notice biographique par Jules Janin, Paris, Amyot, 1847, in-12 de 593 pages. Dans cette notice biographique, Jules Janin a reproduit comme authentiques de nombreux passages empruntés aux Lettres apocryphes publiées en 1820.
Nous ne signalerons que pour éviter qu'on le confonde, ainsi qu'on l'a fait quelquefois, avec une suite authentique des lettres précédentes, l'ouvrage tout à fait apocryphe qui a paru sous ce titre : Nouvelles lettres de mademoiselle de Lespinasse, suivies du portrait de M. de Mora, et d'autres opuscules inédits du même auteur. Paris, Maradan, 1820, ia-8».
Comme complément et comme pièces à l'appui de ce que nous avons dit sur les premières années de mademoiselle de Lespinasse, ainsi que sur ses premiers rapports avec ma-
dame du DefïaDd, voici les lettres adressées, en 1734, par celle-ci soit à mademoiselle de Lespinasse, soit à la duchesse de Luynes. C'est là un témoignage auquel rien ne peut suppléer, et qu'il est indispensable de connaître en son entier.
UÂOAUE LA UA&QDISE DO DEFFANO A MADEMOISELLE DE LESPINASSE.
13 férrier 178V.
Je suis fort lise, ma reine, que tous soyez contente de mes lettres et d« parti que tous aTcz pris de faire expliquer nettement SI. d'Albon ; je suis persuadée qu'il se déterminera à tous assurer une pension, il se feroit jeter la pierre partout le monde s'il en usoit autrement ; ainsi, je Tois mes projets bien éloignés, mais en cas qu'il tous refuse, vous y gagnerez la liberté entière de faire toutes tos Tolontés, et alors je souhaite que vous ayez toujours celle de Tivre aTec moi; mais il faudra, ma reine, tous bien examiner, et être bien sûre que tous ne tous en repentirez point. Vous m'écrivez dans voire dernière lettre les choses les plus tendres et les plus flatteuses, mais vous ressou- TCnez-Tous qu'il y a deux ou trois mois tous ne pensiez pas de même ? et que TOUS m'avouâtes que tous étiez effrayée de l'ennui que je vous faisois prévoir, et que, quoique vous y fussiez accoutumée, il tous deviendroit plus insupportable au milieu du grand monde, qu'il ne vous i'éloit dans votre retraite; que vous tomberiez alors dans un découragement qui vous rendroit insupportable, m'inspireroit du dégoût et du repentir ? C'étoient vos expressions, et c'est apparemment cette faute que vous voulez que je vous pardonne, et que vous me priez d'oublier; mais, ma reine, ce n'est point une faute de dire sa pensée et d'expliquer ses dispositions, c'est au contraire tout ce qu'on peut faire de mieux ; aussi, bien loin de vous en faire des reproches, je vous mandai que je vous savois bon gré de votre sincérité, et que quoiqu'elle me lit abandonner mes projets, je ne vous en aimerois pas moins tendrement ; je vous répète aujourd'hui la même chose ; réfléchissez sur le parti que vous prendrez. Je tous ai déjà dit la Tie que vous mèneriez avec moi, je vais vous le répéter encore, pour que vous ne puissiez pas être dans la moindre erreur. Je n'annoncerai votre arrivée à personne, je dirai aux gens qui vous verront d'abord, que vous êtes une demoiselle de ma province qui veut entrer dans un couvent, et que je vous ai offert un logement en attendant que vous ayez trouvé ce qui TOUS convient. Je tous traiterai non-seulement avec politesse, mais même avec compliment devant le monde, pour accoutumer d'abord à la considération que l'on doit avoir pour vous ; je conSerai mes véritables intentions à un très-petit nombre d'amis, et après l'espace de trois, quatre ou cinq mois, nous saurons l'une et l'autre comment nous nous accommodons ensemble, et alors nous pourrons nous conduire avec moins de réserre. Je n'aurai point l'air, dans aucun temps, de chercher à vous introduire ; je prétends tous faire désirer, et si vous me connoissez bien, vous ne devez point avoir d'inquiétude sur la façon dont je traiterai votre amour-propre ; mais il faudra vous en rapporter à la connoissance que j'ai du monde. Si l'on croyait d'abord que Toui
uXSlI NOTICE
'.lissier établie auprès de mei, on ne sauroit (quand même je serois une bien plus grande dame), de quelle manière on devroit traiter avec tous; les uns >)OurroieDt tous croire ma propre fille, les autres ma complaisante, etc., et sur cela faire des commentaires impertinens. 11 faut donc que l'on connoisse Totre mérite et vos agrémens avant toute autre chose. C'est à quoi vous parviendrei aisément, aidée de mes soins et de ceux de mes amis ; mais il faut tous préparer à supporter patiemment l'ennui des premiers temps. 11 y a un second article sur lequel il faut que je m'explique avec \ous, c'est que le moindre artilîce, et même le plus petit art que tous mettriez dans votre conduite avec moi me seroit insupportable. Je suis naturellement défiante, et tous ceux en qui je crois de la finesse me deviennent suspects au point de ne pouvoir plus prendre aucune confiance en eux. J'ai deux amis intimes, qui sont Formont et d'Alembert; je les aime passionnément, moins par leur agrément, et leur amitié pour moi, que par leur extrême vérité. Je pourrois y ajouter DeTreux, parceque le vrai mérite rend tout égal, et qiie je fais par cette raison plus de cas d'elle que de tous les potentats de l'univers. Il faut donc, ma reine, vous résoudre à vivre avec moi ayec la plus grande Térité et siucérité, ne jamais user d'insinuation, ni d'exagération; en un mot, ne vous point écarter, et ne jamais gcrdre an des plus grandsagrémens de la jeunesse, qui est la naïveté. Vous aTez beaucoup d'esprit, vous avez de la gaieté, tous êtes capable de sentimens ; avec toutes ces qualités tous serez charmante, tant que tous tous laisserez tHi'T à votre naturel et que tous serez sans prétention et sans entortillage.
.re ne doute point de Totre désintéressement, et c'est une raison de plus pour oifii de faire pour vous tout ce qui sera en mon pouvoir.
Quand vous aurez tu M. d'Albon tous me rendrez compte du résultat de TOtre t'i>nversation. Jusqu'à ce que j'en sois instruite je n'ai rien à tous dire de plus.
Devreux m'a montré la lettre que tous lui avez écrite ; elle est remplie d'auiitié, mais la quantité de mademoiselle que tous y avez placée est une espèce d'annulant. Tous me trouTerez bien épilogueuse, mais je tous jure que je ne le suis sur rien, excepté sur ce qui altère la sincérité ; m-iis sur cet article, je suis sans miséricorde. Adieu, ma reine, tous pouvez montrer cette lettre à notre ami. Je ne lui cache rien de ce que je pense.