‹ LettresChapitre 76 sur 151 · Zulime, tragédie de Voltaire, acte II, se · texte numérisé non relu

Zulime, tragédie de Voltaire, acte II, se

2. Jeaii-de-Dieu-Raymûud de Cucé de Boisgelin, né en 1732, archevêque d'Aix en 17 70, successeur de l'abbé de Voisenon à l'Académie française le 29 février 1776, mort en 1804, beau-frère de la comtesse de Boisgelin, née Boufflers-Remiencourt, sœur du chevalier de Boufflers, et nièce du prince de Beauvau.

J. Probablement l'abbé Morellet, très -lié avec mademoiselle de Lespinasse cl a^cc TurROl.

fre sous la table, et à peine pouvois-je voir qu'il y avoit du noir sur du blanc, et l'abbé faisoit la même remarque. Madame de Boufflers, qui étoit auprès de l'archevêque d'Aix, demandoit ce qui m'occupoit. « Souvenez-vous du lieu « où 7iûu$ sommes, et vous serez au fait de ce que je lis. — « Un mémoire sans doute pour M. Turgot ? — Eh oui, juste- « ment, madame, et je veux le lire avant que de le lui don- « ner. » En effet, avant que de rentrer dans le cabinet, j'avois lu votre lettre, et j'y vais répondre; mais ce sera à la hâte, parce que je meurs de fatigue du tour de force que j'ai fait aujourd'hui. J'ai vu cent personnes : et comme votre lettre m'avoit fait du bien à l'âme, j'ai parlé, j'ai oublié que j'étois morte, et je me suis vraiment éteinte. A la vérité, j'ai eu de grands succès, parce que j'ai bien fait valoir les agrémens et l'esprit des personnes avec qui j'étois; et c'est à vous, mon ami, à qui ils ont dû ce passe-temps si doux pour leur amour-propre. Le mien ne s'enivre point de vos louanges: je vous répondrai comme Couci;

Aimez-moi, prince, au lieu de me louer '.

Mon ami, gardez-vous à jamais d'avoir la bonté de prendre le soin de faire valoir mon bien, de faire l'étalage de mes richesses : jamais je ne me suis trouvée si pauvre, si ruinée, si misérable; en appréciant ce que j'ai, en me faisant voir mes ressources, vous me démontrez que tout est perdu. 11 ne me reste plus qu'un moyen, et il y a longtemps que je le pressens, que je le crois même nécessaire : c'est de faire une banqueroute sèche ; mais je me conduis comme cela se pratique : je diffère, je remets, je me berce d'espérances, de chimères; je les juge telles, et cela cependant me soutient un peu : mais vous détruisez tout par l'horrible énumération que vous me faites! Ah! quel déplorable inventaire ! si tout autre que vous s'étoit avisé de vouloir me consoler, et me rattacher à la vie par ces désespérantes consolations, j'aurois répondu comme Agnès :

Horace avec ua mot en fera plus que vous*;

et c'est Horace qui me parle ! Oh ! mon ami, mon ame en

1 . Adélaïde du Guesclin, tragédie de Voltaire, acte II, se. 7.

Page 1