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Qui obtint le premier prix

J. L'abbé d'Espagnac, qui obtint le second accessit. Xé en 1753 et fils du baron d'Espagnac, lieutenant-général, il mourut sur l'échafaud révolutionnaire le 5 avril 1794.

celui qui vous a été préféré. Soyez plus modéré si vous pouvez, cela sera honnête, et généreux à vous; et peut-être trouverez-vous, et dans vos talens, et dans le sentiment de votre force de quoi dédaigner l'accessit. Les acarlémies de tout l'univers ne sauroient vous faire descendre de la place où la nature vous a élevé. Je sais tout cela, je me le dis: mais je sens le dégoût, et j'en suis si près, que ce que je soulfre, l'emporte de beaucoup sur ce que je pense.... — J'ai besoin de vous voir, et de raisonner avec vous sur le parti que vous prendrez pour l'impression ; mon avis seroit qu'il fût répandu dans le public avant qu'il pût connoitre celui de M. de la Harpe, qui ne sera lu que le 2o, et imprimé que le 28 ou le 30. Cette opinion n'est pas dictée par la réflexion, mais voyez si elle contente la vôtre.

Je n'ai pas le droit d'être sévère: mais celui qui me restera toujours, c'est de sentir quand vous manquerez à l'amitié; et vous l'avez blessée en ne cédant pas à la grâce que je vous avois demandée, et que je croyois pouvoir obtenir. Vous ne devriez plus avoir ni curiosité, ni intérêt sur l'expression démon sentiment : il vous a été si bien connu, vous l'avez repoussé si cruellement dans le temps même' que vous en exigiez le plus de preuves, qu'en vérité, je suis forcée de croire que le prix que vous paroissez y mettre dans ce moment n'est plus qu'un effet de votre délicatesse, et peut-être aussi un moyen d'étourdir votre conscience qui vous dit plus haut que moi que vous avez abusé de mou malheur, en paroissant vouloir l'adoucir. Ayez assez de vertu pour me sauver le dernier degré d'humiliation, qui seroit de devenir l'objet de votre pitié: car ce n'est plus que cela qui vous ramène à moi; et, je vous avoue que, malgré l'attrait invincible qui m'a entraînée vers vous, celte pensée révolte toutes les facultés de mon ûme. Quoi I j'ai été aimée de M. de Mora, j'ai été l'objet de la passion de l'àme la plus grande , la plus forte et la plus vertueuse, et vous voudriez m'humilier? Ah ! laissez-moi à mes remords, ils m'anéantissent ! J'ai été coupable, je suis punie, M. de .Mora est vengé. Que voulez-vous de plus? m'accabler, m'abîmer sous le poids de votre pitié ? Je vous le déclare, je ne me sens pas faite pour cette abjection: vous hâteriez ma mort. Je ne démêle pas si c'est àmon sentiment que je tiens encore, ou bien si je suis arrêtée par l'horreur que je sens de faire le malheur de deux personnes qui donneroient

leur vie pour moi : ma mort les accablera, et je ne me flatte point; je voudrois au contraire pouvoir les délacher, les (éloigner de moi: j'en serois plus libre, je me délivrerois du tourment qui me lue, et je vous délivrerois de l'importunité de me voir ou de m'éviter.

Vous me dites que, peut-être, vous me verrez demain en passant : oui, en effet, tout ce que vous feriez pour moi, tout ce que vous m'accorderiez seroit en passant ; voilà comme est la vertu. Elle accorde en passant; il n'y a que le sentiment qui arrête, et en vérité je n'y prétends plus; et je vous cède à demeure à ce qui vous possède.

Je dois vous dire, pour l'acquit de la vérité et de la justice, que MM. Suard, Arnaud et d'Alembert ont fait l'impossible pour vous épargner l'accessit : mais dix académiciens l'ont emporté sur eux, et ils avoient l'usage et les statuts de l'Académie pour appuyer leur avis. Ils ont arrêté que le jour de l'assemblée publique ', on parleroit avec la plus grande distinction de votre excellent ouvrage: il y a eu trois voix pour partager le prix. Voilà qui est fait, je n'en veux plus parler, qu'une fois à yous.

[Lundi, 28 août], onze heures du soir, 1775.

Lesprit est toujours la dupe du cœur- ; comme cela est vrai, comme cela est juste, lorsqu'on traite avec l'homme le plus facile et le plus susceptible de tontes les impressions 1 Voilà ce que me disoil mon expérience, et mon cœur la déroentoit tout bas; il disoit: il reviendra: et tout ce qui sent en moi répétoit : Je le verrai. Oh ! mon ami, vous ne méritez pas, en effet , ce que j'ai souffert ; vous ne méritez pas les combats que j'éprouve ; vous ne méritez pas le sacritice que

1 . Cette séance publique eut lieu le vendredi 25 août, jour de la Saint- Louis. La Harpe, dont V Eloge de Catinat obtint le premier prix de prose, remporta aussi le premier prix de poés'e, pour la pièce intitulée : Conseils à un jeune poêle. D'Alembert, en rendant compte du concours, afl'ecla de ne pas nommer JI . de Guibert, et dit : « que l'Acodéniie avait trouvé de si grandes beautés dans cet ouvrage, qu'elle avait regretté de n'avoir qu'un prii à donner. » {Mèm. de Bachaumont, t. 31, p. 32fl.)

2. La Uocliefoucauld. {Maxime C\\ , édit. Gilbert, t. 1, p. 75.)

li:ttrf, ctcxiii.

je vous ai fait, non-seulement de ma vie, mais de ma mort; \ DUS ne méritez pas surtout le trouble, l'embarras, les obstacles que mon penchant pour vous met dans la situation la plus critique de ma vie. Oh l ce penchant, cette fatalité prononceront encore: el quelque parti que je prenne, il sera suivi de regret et de repentir. Oh, mon Dieu ! ma vie me lasse, elle a été trop remplie : la nature m'avoit isolée; j'étois née pour l'obscurité et le repos, et j'ai été en proie à toutes les passions ! moi-même j'en ai connu tout le malheur. Ah ! si jen'avois pas aimé M. de Mora, que de mal j'aurois à dire de la vie! Mon ami, je nevoulois vous dire qu'un mot, et malgré moi, mon âme se verse, et va chercher la vôtre : l'habitude d'être aimée m'égare encore, je me tourne vers vous, et ce n'e^t pas lui. Eb, non ! ce n'est pas lui! il ne m'attendoit pas: à peine pouvois-je répondre. Mon Dieu, quels souvenirs! ils m'éteignent et me di'solent!

Voulez-vous vous rendre au salon des tableaux ', demr.in mardi, à une heure et un quart? Je ne vous piquerois pas d'honneur, en vous disant que vous seul vous ne serez pas exact au rendez-vous. Quelle folie d'aller vous engager à dîner chez le comte de C... mercredi, de préférence à madame Geoiïrin ! — Mon ami, quoique vous dénigriez tout ce que j'éprouve, tout ce que j'aime, diies-moi si vous ne trouvez [las cette manière de dire bien aimable : quelqu'un en me demandant des nouvelles de M. de Sainl-Chamans*, me disoit : vous savez combien je l'aime avec votre cœur ci avec le mien. Cela vaut mieux que la phrase de madame de Sévigné, sur la poitrine de sa fille '. — lime revient six lettres en comptant celle-ci; il m'en faut six, si vous voulez que je

1. Qui s'ouvrit au Louvre le 25 août. On y remarquait les portraits de Louis XVI, d'Allegrain et de Gluck, par Duplessis; du comte de Provence, de la comtesse d'Artois, de madame Clutilde et de Mademoiselle, par Drouaisj du peintre Robert, par Hall; du duc de Valois au berceau, par Lépicié ; un Saint Thibault el une Vénus blessée par Diomède, par Viea; l'Hiver, par Lagrenée ; des Scènes du sérail, par Vanloo ; deux paysages, par Vernet; les ruines du Tewple de la Concorde, par Robert ; les bustes de Louis XVI e^ de Buffoo, par Pajou ; de Miromesoil, de Turgot, de Gluck, de mademoiselle Arnould en Iphigériie, par Houdon; de Pirou, par Calfieri. (Voir le Mtrcure de France, octobre 1775, t. II.)

2. Joseph-Louis, vicomte de Saint-Chamans, né en 1747, colonel du régiment de la Fère depuis 1771 .Il avait épousé, le 22 dec. 1773,Céleste-Augiistine-Françoise Pinel du Manoir. Le même, croyons-nous, qu'on avait surnomn;é V Amour, et qui, suivant madame de Genlis, « avait toujours été krt laid. • (3Jém. IX, 135.)

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