‹ Lettres (volume 2)Chapitre 40 sur 91 · AU ROI D'ANGLETERRE (V · texte numérisé non relu

AU ROI D'ANGLETERRE (V

[Avant le 12 mai 1480.]

Accusé de réception de la lettre du roi d'Angleterre apportée par Guillaume de Lacy, lettre rendant compte de l'audience accordée à l'évêque d'Elne louchant le rétablissement de la paix et une trêve préliminaire avec le duc d'Autriche, et contenant l'offre dudit roi d'Angleterre de servir d'intermédiaire entre le roi de France et le duc d'Autriche pour la conclusion de cette paix indispensable au salut de la chrétienté; ditiiculté qu'il y aurait pour le roi d'Angleterre à jouer ce rôle d'arbitre, le duc d'Autriche retenant le duché de Bourgogne, qui, à défaut de descendance masculine, doit faire retour à la couronne, et ayant refusé l'hommage dû pour ledit duché, dont il a néanmoins perçu les fruits, comme l'avait fait aussi indûment le duc Charles depuis la mort du duc Philippe ; disposition du roi à concourir à la défense de la foi catholique, pourvu, toutefois, que l'empereur use de son influence sur son fils pour le décider à respecter les droits de la couronne de France. — (Minute. Bibl. nat., Ms. fr. 18703, fol. 262-266.)

Mons"" mon cousin, je me recommande à vous tant comme je puys. J'ay receu les lettres que, par maistre VIII 1 3

Guillaume de Lacy, vostre conseillier, m'avez escriptez, et oy ce qu'il m'a dit de vostre part, qui est en efïect le contenu de vosdictes lettres, faisans mention, comme vous avez oy mes ambassadeurs, estans à présent devers vous, en tout ce qu'ilz vous ont dit de ma part, et que aussi l'evesque d'Eaulne ' vous a bien au long declairé la particulière instruction que luy ay baillée touchant le désir que vous avez de vous employer au bien de la paix d'entre moy et mon cousin le duc d'Autriche, en me exortant de y vouloir entendre, et que, pour icelle tracter, vous vueille envoyer puyssance, et cependant faire abstinence de guerre entre moy et mondit cousin d'Autriche, sans laquelle abstinence ne pourriez bonnement tracter ladicte paix à vostre honneur, me remonstrant au surplus la persequution où est à présent la foy catholique par les infidèles et la nécessité qu'il est de faire paix entres princes chrestiens pour y résister.

Mons"^ mon cousin, vous povez estre certain qu'il n'y a prince soubz le ciel, ouquel de toutes choses qui me toucheroyent , si grandes, ne si pesantez feussent elles, j'aye plus especiale ne plus entière confiance que j'ay en vous; et ne foys poinct de

1. Le 12 mai 1480, c'est-à-dire probablement peu de temps après la présente lettre, Edouard IV donna à Jean Howard et Thomas Langton les pouvoirs nécessaires pour signer une trêve de cent ans, à compter du décès du premier mourant, des deux contractants. (Rymer, Fœdera (La Haye, 1741, in-fol., V, part. HI, et IV, pp. 103 et 104.) Rentré en France après ce traité, Charles de Martigny fut, comme nous l'avons vu (t. VII, 98, n. 1), poursuivi devant le Parlement, so-us prétexte de n'avoir pas fait excepter les ducs de Bretagne et d'Autriche de la trêve conclue avec le roi d'Angleterre.

double que de toutes choses que je mettroye en vostre arbitre, vous y vouldriez garder mon droit et ma raison, autant que le vostre propre. Maiz, de la matière dont il est question entre moy et ledit d'Autriche, considérée la qualité d'iceile, je croy, que tout bien entendu, ne vouldriez prendre la charge d'en décider arbitrayrement, et pour le bien devons et de moy ne le devrions l'un ne l'autre vouloir, car elle ne se pourroit par vous décider en gardant ma raison, sans cheoir en murmure de vostre peuple, dont il me desplayroit de tout mon cuer. Et qui vouldroiteschever ledit murmure, fauldroit sans difficulté tout clerement me priver de mon bon droict, ce que je sçay que pour riens ne vouldriez.

Mons"" mon cousin, vous savez que des ques[t]ions qui sont entre moy et mondit cousin d'Autriche, et soubz couleur desquelles il tient injustement plusieurs pays de mon royaume en rébellion et désobéissance contre moy, l'une procède à cause de la duché de Bourgongne et des autres terres de l'appanage qui me sont retournéez par droit de succession naturelle, pour ce que audit appanaige, ne à la couronne de France, filles ne pevent succéder; l'autre procède à cause de l'omage, fidélité, subgection et obéissance, qui m'est deue comme roy de France, à cause des terres que ledit d'Autriche et sa femme tiennent en mon royaume, et des fruytz et levéez que le feu duc Charles de Bourgongne, et, après sa mort, lesdictz d'Autriche et sa femme en ont prins ne levez depuys le trespas du feu duc Phelippe de Bourgongne, qui m'en fit derrierement l'omage et fidélité, ce que ledit duc Charles, ne lesdictz d'Autriche et sa femme n'ont

voulu faire ^, tous lesquelx droiz me appartiennent à cause de la couronue de France, dont est assez à ymaginer la difficullé que ce vous seroit de me adjuger et y declerer mon droit-. Et, à ceste cause, comme vous, Mons'' mon cousin, savez, quant il est venu à tracter la trêve, amytié et alyance d'entre vous et moy, afin de la faire plus licitement et sans murmure de l'un ne de l'autre royaume, par l'advys des gens de vostre conseil et du myen, nous choysismez arbitres pour déterminer noz questions. Or, Mons"^ mon cousin, vous qui entre touz autres estez si vertueux et si sage prince, advisez s'il est licitement possible et raisonnable de faire arbitre celluy qui a paraille cause en arbitrage avequez moy. Maiz, si mondit cousin d'Autriche vouloit paix, il devroit luy mesmez faire offre et ouverture de moyens raisonnables pour y parvenir, et, quant il le vouldra faire, je y entendre très vouluntiers; et ainsi entendoye la charge particulière, que sur ce avoye baillée audit evesque d'Eaulne ; et me donne merveillez comment ledit d'Autriche vous a voulu employer en ceste matière sans vous faire quelque offre raisonnable. Et, Mons"" mon cousin, quant aucun de voz subgetz ou autre vouldroit entre-

1. Notre minute portait primitivement à la suite la plirase suivante qui a été biffée : « Et autre droit me y compete par moyen des crimes de lèse magesté, commys contre moy par ledit feu duc Charles de Bourgogne, et par la guerre qu'il m'a injustement commancée, et que losdiz duc d'Autriche et sa femme ont continuée, à cause de quoy tout ce qu'ilz tiennent en mon royaume me appartiennent par confiscation. »

2. L'auteur de la minute avait ajouté ces mots : « Veues les querelles d'entre voz prédécesseurs et les myens, » qu'il a ensuite effacés.

prendre de tenir quelque chose en vostre royaume en rébellion contre vous, je n'y vouldroye poinct que, ou moyen d'arbitres ou amys, employer le corps et les biens pour vous y servir et ayder, aynsi que l'amitié d'entre vous et moy le porte, et aymeroye mieulx estre conduytz par voz mains que d'autre prince qui soit en ce monde, et ainsi entendoye l'instruction que j'ay baillé audit evesque d'Eaulne.

Et, au regard de la nécessité de la foy catholique dont m'escripvez, Mons*^ mon cousin, Dieu me soit tesmoing que de tout mon cuer j'ay tousjours désiré et désire la paix, et de ma part n'a pas esté commancée la guerre, et n'en y eust poinct entre moy et mondit cousin d'Autriche, se ce ne feust la vyolente et injuste occupation que luy et sa femme ont fait et font des choses qui loyaument appartienent à moy et à la couronne de France. Et cognoys bien l'oppression où à présent est la religion chrestienne, et la nécessité qu'il est de luy ayder et secourir par les princes chrestiens, à quoy sur toutes choses j'ay tousjours eu et ay désir et affection. Mais c'est chose bien estrange que le père dudit duc d'Autriche, auquel, à cause de son office et dignité d'Empereur, appartient principalement d'avoir l'ueil et la sollicitude* aux choses nécessaires pour la deffence de la foy catholique, en lieu de pourchacer paix entre les princes chrestiens, maintenant, en temps de ceste nécessité a quis et pourchacé, et, comme par industrie, achapté pour matière qui riens ne luy touchoit, ceste querelle contre moy et la très chrestienne maison de France, qui tousjours avons eu amour et alyance avequez

l'Empire, et encores avons et voulons avoir, ne pour les faiz particuliers de la maison d'Autriche, dont est chief ledit Empereur, ne pour ces affections particulières, n'entens de ma part que l'aliance que j'ay avecques le Saint Empire soit en riens rompue ne changée. Et seroit chose bien estrange et intoUerable, que après que l'Empereur, non pas pour le bien de l'Empire, ne pour chose qui en riens y touche, mays pour cuyder enrichir injustement sa maison particulière d'Autriche, a fait par son filz usurperde si grans choses sur les droiz de la couronne de France, il voulust à présent qu'on l'en layssast joyr sans riens luy demander, soubz couleur de la deffence de la foy, à laquelle deffence et au bien de la rehgion chrestienne, si ledit Empereur avoit le désir de s'employer et pourchacer la paix des princes, comme il est tenu, il devroit par son filz faire reparer les tors qu'il me tient, me laisser paisiblement joyr des terres de l'appanage et autres qui me appartiennent, et luy faire faire les devoirs et obéissance qui sont deuz à moy et à la couronne de France ; ouquel cas je seray tousjours prest et enclin de venir à paix et sur ce entendre à tous moyens honnestes et raisonnables, toutes foiz qu'ilz me seront offers; et de ma part, avequez vous, Mons"" mon cousin, m'employer à la paix et unyon des princes chrestiens, pour touz ensemble mieulx povoir servir à ladicte deffence de nostre saincte foy et expulsion des ennemys d'icelle, qui est la chose en ce monde que plus je désire.

Mons"" mon cousin, autre chose ne vous escry pour le présent, fors que me faictes sçavoir si cho[se] vous

plaist que faire puysse, pour l'acomplir de très bon cuer au plaisir Nostre Seigneur, qui, Mons'^ mon cousin, vous ait tousjours en sa saincte garde. Escript à

MGGGGLX.

A l'évêque d'elne (v.).

[Avant le 12 mai 1480.]

Accusé de réception de sa lettre annonçant les bonnes dispositions du roi d'Angleterre en faveur d'une prolongation de trêve ; son déplaisir de voir que ledit roi d'Angleterre veut y comprendre le duc d'Autriche et le duc de Bretagne. — (Minute. Bibl. nat., Ms. fr. 18703, fol. 264.)

Mons' d'Eaulne, j'ay receu voz lettres et par icelles veu le bon vouloir que a Mons'^ mon cousin à la continuation et prolongation, pour cent ans après le trespas du premier de nous décédant, de la trêve, de l'amitié et de la prolongation de l'arbitrage, selon qu'il fut tracté devant Amyens, dont je suys très joyeux, et vous prye que l'en remercyez bien affectueusement pour moy, et l'asseurez certaynement que de ma part il n'y aura point de faulte, ne an la seurté du poyement des cinquante mil escus, ne autrement; mays l'entretiendray et en veulx baillez les seurtez pour lesdictz cens ans, tout aynsi qu'il fut tracté à Amyens. Mays, quant les lettres de la prolongation des trêves ont esté veues en mon conseil, ilz ont esté esmerveillez de ce que en ladicte prolongation de cent ans, Mons' mon cousin y comprend de sa part le duc de

Bourgongne, car il n'y a de duc de Bourgongiie que moy, et autrement le confesser me porleroit grant préjudice. Et s'il vouloit entendre le duc Maximilien, ce seroit y comprendre mon ennemy, rebelle et désobéissant et me perdre mon hommage et l'obéissance que je doy avoir es pays qu'il occupe en ce royaume, et me porteroyent lesdictes trêves plus de domaige que de prouffit; aussi ledit duc Maximilien n'y peut estre comprins, car il n'estoit point comprins es premières, ne mesmez le duc Charles, père de sa femme, n'y pourroit estre comprins, s'il vivoit encores, ne voult onquez estre comprins es trêves d'Amyens*, ne jamays ne le declaira, aynçoys tout le contrayre, par quoy il en estoit tout nettement dehors. Paraillement, le duc de Bretaigne, en luy comprenant, ce seroit y comprendre mon subgect et me faire perdre mon homage et obéissance. Et n'est pas comme des premières trêves; car depuys il est venu à obéissance, et par lettres s'est sobmys à me servir envers et contre tous, comme il doit; aussi, il ne declaira onquez qu'il feust comprins es premières, par quoy il en est maintenant hors. Et croy que les avoir nommé es dictes trêves est plus par inadvertance que autrement. A ceste cause, en ensuyvant ce qui a esté dit au secretàyre de Mons' mon cousin, qui derrierement est venu par deçà, j'ay entention d'envoyer brief mes ambassadeurs devers Mons' mon cousin, afin que par vous et eulz soit tout conclut ; mays j'ay sourçoyé de les envoyer jusques à ce que vous [aye] escript ces-

1. Le 29 août 1475. (Voy.. Lenglet Dufresnoy, Preuves des Mémoires de Gommines, III, 402.)

dictes choses pour en advertir iMons'" mon cousin, et luy pryer de ma part qu'il y vueille avoir*, car il ne gaigneroit riens en mon si grant domaige, et croy qu'il a tant d'amour à moy qu'il ne le vouldroit requérir; aussi, pour savoir le temps qu'il aura plus aggreable que madicte ambassade soit devers luy. Si vous pry, Mons"" de Eaulne, que m'en escripvez et faictes savoir, et asseurez bien mondit s'' mon cousin que es matières pourparléez de entre nous n'aura poinct de faulte.

MGGGGLXI.

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