‹ Lettres (volume 2)Chapitre 102 sur 264 · DE M"^^ DK SÉVIG>E A M"'"^ DE GBIGNAN · texte numérisé non relu

DE M"^^ DK SÉVIG>E A M"'"^ DE GBIGNAN

A Paris, lundi II décembre 1671.

■Te viens de Saint-Germain, où j'ai été deux jours entiers avec madame de Coulanges et M. de la Rochefoucauld; nous logions chez lui. ]Xous fîmes le soir notre cour à la reine , qui me dit bien des choses obligeantes pour vous; mais s'il fallait vous dire tous les bonjours , tous les compliments d'hommes et de femmes , vieux et jeunes, qui m'accablèrent et me parlèrent de vous, ce serait nommer quasi toute la cour ; je n'ai rien vu de pareil : Et comment se porte madame de Grignan? quand- reviendra-t-elle? et ceci, et cela : enfin, représentez-vous que chacun, n'ayant rien à faire et me disant un mot, me faisait répondre à vingt personnes à la fois, l'ai dîné avec madame de Louvois; il y avait presse à qui nous en donnerait. Je voulais revenir hier; on nous arrêta d'autorité, pour souper chez M. deMarsillac, dans son appartement enchante, avec madame de Thianges, madame Scarron, M. le Duc, M. de la

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Rochefoucauld, M. de Vivomie, et une musique céleste. Ce matin, nous sommes revenues.

Voici une querelle qui faisait la nouvelle de Saint-Germain. M. le chevalier de Vendôme et M. de Vivonne font les amoureux de madame de Ludres : M. le chevalier de Vendôme veut chasser ^I. de Vivonne ; on s'écrie : Et de quel droit? Sur cela , il dit qu'il veut se battre contre M. de Vivonne : on se moque de lui. ^'on , il n'y a point de raillerie : il veut se battre , et monte à cheval , et prend la campagne. Voici ce qui ne peut se payer, c'est d'entendre Vivonne. Il était dans sa chambre, très-mal de son bras ' , recevant les compliments de toute la cour , car il n'y a point eu de partage. « Moi! messieurs, dit-il , moi me battre , il peut fort bien « me battre s'il veut , mais je le défle de faire que je veuille me « battre : qu'il se fasse casser l'épaule, qu'on lui fasse dix-huit « incisions; et puis (on croit qu'il va dire, et puis nous 7ious « battrons); et puis, dit-il, nous nous accommoderons. Mais f. se moque-t-il de vouloir tirer sur moi? voilà un beau dessein : « c'est comme qui voudrait tirer dans une porte cocherez Je me « repens bien de lui avoir sauvé la vie au passage du Rhin : je ne « veux plus faire de ces actions, sans faire tirer l'horoscope de " ceux pour qui je les fais. Eussiez-vous jamais cru que c'eût été « pour me percer le sein que je l'eusse remis sur la selle? » Mais tout cela d'un ton et d'une manière si folle, qu'on ne parlait d'autre chose à Saint-Germain.

J'ai trouvé votre siège d'Orange fort étalé à la cour : le roi en avait parlé agréablement , et on trouva très-beau que sans ordre du roi, et seulement pour suivre M. de Grignan, il se soit trouvé sept cents gentilshommes à cette occasion ; car le roi ayant dit sept cents , tout le monde dit sejJt cents : on ajoute qu'il y avait deux cents litières, et de rire; mais on croit sérieusement qu'il y a peu de gouverneurs qui pussent avoir une pareille suite.

J'ai causé trois heures en dgjx fois avec M. de Pomponne ; j'en suis contente au delà de ce que j'espérais ; mafdemoiselle Lavocat 3 est dans notre confidence; elle est très-aimable; elle sait notre syndicat, notre procureur, notre gratification, notre opposition, notre délibération, comme elle sait la cart<3 et les intérêts des priu-

II avait été bles.sé au passage du Rhin. ' On sait que M. de Vivonue était excca.si\ fuient ^. . ' Sœur (Je madame de Pumpoiuie, mariée plui lard an marfjuis de Vuis.

zros.

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ces, c'est-à-dire sur le bout du doigt : on l'appelle le pelU ministre ; elle est dans tous nos intérêts. Il y a des entr'actes à nos conversations, que M. de Pomponne appelle des traits de rhétorique, pour captiver la bienveillance des auditeurs. Il y a des articles dans vos lettres sur lesquels je ne réponds pas : il est ordinaire d'être ridicule, quand on répond de si loin. Vous savez quel déplaisir nous avions de la perte de je ne sais quelle ville, lorsqu'il y avait dix jours qu'à Paris on se réjouissait que le prince d'Orange en eût levé le siège ; c'est le malheur de l'éloignement. Adieu , ma très-aimable : je vous embrasse bien tendrement.

119. — DE M"!*^ DE SÉVIGNÉ A M™^ DE GBIGNAN. A Paris, vendredi 2'i décembre 1673.

U y a une nouvelle de l'Europe qui m'est entrée dans la tête : je vais vous la mander, contre mon ordinaire. Vous savez la mort du roi de Pologne». Le grand-maréchal » , mari de mademoiselle d'Arquien ^, est à la tête d'une armée contre les Turcs : il a gagné une bataille si pleine et si entière , qu'il est demeuré quinze mille Turcs sur la plac« : il a pris deux bassas ; il s'est logé dans la tente du général, et cette victoire est si grande, qu'on ne doute point qu'il ne soit élu roi, d'autant plus qu'il est à la tête d'une armée , et que la fortune est toujours pour les gros bataillons : voilà une nouvelle qui m'a plu.

119. — DE M"i^ DE SÉYIGNÉ A M™'^ DE GBIGNAN. A Paris, jeudi 28 décembre IC73.

Je commence dès aujourd'hui ma lettre, et je la finirai demain. Je veux d'abord traiter le chapitre de votre voyage de Paris : vous apprendrez par Janet que la Garde est celui qui Ta trouvé le plus nécessaire, et quia dit qu'il fallait demander votre congé ; peut-être l'a-t-il obtenu , car Janet a vu M. de Pompomie. Mais ce n'est pas , ditesvous, une nécessité de venir; et le raisonnement que vous me faites est si fort, et vous rendez si peu considérable tout ce qui le paraît aux autres pour vous engager à ce voyage, que pour moi j'en suis

' Michel Koribut Wiesno^ieski , mort le 10 novembre 1673.

' Jean Sobieski, qui fut depuis élu roi de Pologne le 20 mai iG7i.

•* Il avait épousé la pelile-iille du maréchal d'Arquien, laquelle, après sa mort, revinl en France. La victoire que Sobieski remporta, en 1783, sous les murs de Vienne, et qui sauva Terapereur et l'Empire , est plus célèbre encore yue celle dont il s'agit ici.

accablée; je sais le ton que vous prenez, ma fille; je n'eu ai point au-dessus du vôtre ; et surtout quand vous me demandez s'il est possible que moi, qui devrais songer plus qiC une autre à la suite (le votre vie, je veuille vous etnbarquer daris une excessive dépense, qui peut donner un grand ébranlement au poids que vous soutenez déjà avec peine; et tout ce qui suit. IN' on, mon enfant, je ne veux point vous faire tant de mal, Dieu m'en garde! Kt pendant que vous êtes la raison , la sagesse et la philosophie même , je ne veux point qu'on me puisse accuser d'être une mère folle , injuste et frivole , qui dérange tout , qui ruine tout , qui vous empêche de suivre la droiture de vos sentiments par une tendresse de femme : mais j'avais cru que vous pouviez faire ce voyage , vous me l'aviez promis ; et quand je songe à ce que vous dépensez à Aix , et en comédiens , et en fêtes , et en repas dans le carnaval , je crois toujours qu'il vous coûterait moins de venir ici , oij vous ne serez point obligée de rien apporter. M. de Pomponne et M. de la Garde me font voir mille affaires où vous et M. de Grignan êtes nécessaires ; je joins à cela cette tutelle. Je me trouve disposée à vous recevoir; mon cœur s'abandonne à cette espérance ; vous n'êtes point grosse , vous avez besoin de changer d'air : je me flattais même que M. de Grignan voudrait bien vous laisser avec moi cet été , et qu'ainsi vous ne feriez pas un voyage de deux mois , comme un homme : tous vos amis avaient la complaisance de me dire que j'avais raison de vous souhaiter avec ardeur : voilà sur quoi je marchais. Vous ne trouvez point que tout cela soit ni bon ni vrai , je cède à la nécessité et à la force de vos raisons ; je veux lâcher de m'y soumettre, à votre exemple; et je prendrai cette douleur, qui n'est pas médiocre, connue une pénitence que Dieu veut que je fasse, et que j'ai bien méritée : il est difficile de m'en donner une meilleure , ni qui frappe plus droit à mou cœur : mais il faut tout sacrifier, et me résoudre à passer le reste de ma vie , séparée de la personne du monde qui m'est la plus sensiblement chère , qui touche mon goût , mou inclination, mes entrailles; qui m'aime plus qu'elle n'a jamais fait : il faut donner tout cela à Dieu , et je le ferai avec sa grâce, et j'admirerai sa providence, qui permet qu'avec tant de grandeurs et de choses agréables dans votre établissement , il s'y trouve des abîmes qui ôteut tous les plaisirs de la vie , et une séparation qui me blesse le cœur à toutes les heures du jour, et bien plus que je ne voudrais à celles de la nuit • voilj mes srulimeuts , Us ne sont pas exagérés,

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ils sont simples et sincères ; j'en ferai uu sacrifice pour rnou salut. Voilà qui est fini, je ne vous en parlerai plus, et je méditerai sans cesse sur la force invincible de vos raisons , et sur votre admirable sagesse dont je vous loue , et que je tâcherai d'imiter.

J'ai fait à mon ami {Corbmelli) toutes vos animosités ; cela est plaisant, il les a très-bien rerues : je crois qu'il est venu ici pour réveiller un peu la tendresse de ses vieux amis. Nous avons trouvé la pièce des cinq auteurs extrêmement jolie , et très-bien appliquée ; le chevalier de Buous l'a possédée deux jours : vos deux vers sont très -bien corrigés. Voilà mon fils qui arrive; je m'en vais fermer cette lettre , et je vous en écrirai demain une autre avec lui , toute pleine des nouvelles que j'aurai reçues de Saint-Germain. On dit que la maréchale de Gramont n'a voulu voir ni Louvigny ni sa femme; ils sont revenus de dix lieues d'ici; nous ne songeons plus qu'il y ait eu un comte de Guiche au monde : vous vous moquez avec vos longues douleurs ; nous n'aurions jamais fait ici , si nous voulions appuyer autant sur chaque nouvelle. 11 faut expédier; expédiez, à notre exemple.

120. — DE M™^ DE SÉVIGNÉ A W""= DE GRIGNAN. A Paris, lundi l*"^ jour de l'an 1674.

Je vous souhaite une heureuse année , ma chère fille; et dans ce souhait je comprends tant de choses, que je n'aurais jamais fait , si je voulais vous en faire le détail. Je n'ai point encore demandé votre congé , comme vous le craignez; mais je voudrais que vous eussiez entendu la Garde , après dîner , sur la nécessité de votre voyage ici , pour ne pas perdre vos cinq mille francs , et sur ce qu'il faut que M. de Grignan dise au roi. Si c'était un procès qu'il fallût solliciter contre quelqu'un qui voulût vous faire cette injustice, vous viendriez assurément le solliciter; mais comme c'est pour venir en un lieu où vous avez encore mille autres affaires, vous êtes paresseux tous deux. Ah! la belle chose que la paresse! En voilà trop; lisez la Garde, chapitre premier. Cependant vous aurez du plaisir devoir et de recevoir l'approbation du roi. A propos, on a révoqué tous les édits qui nous étranglaient dans notre province : le jour que M. de Chaulnes l'annonça , ce fut un cri àQ,vive le roi! qui fit pleurer tous les états ; chacun s'embrassait , on était hors de soi : on ordonna uu Te Deum, des feux de joie, et des remer- (iincuts publics à M. de Cliauluos. Mais savez-vous ce que nous

clonDOiis au roi pour témoigner notre reconnaissance? Deux millions six cent mille livres , et autant de don gratuit ; c'est justement cinq millions deux cent mille livres : que dites-vous de ce:te petite somme? Vous pouvezjuger par là de la grâce qu'on nous a faite de nous ôter les édits.

Mon pauvre fils est arrivé, comme vous savez, et s'en retourne jeudi avec plusieurs autres. M. de Monterey est habile homme ; il fait enrager tout le monde : il fatigue notre armée , et la met hors . d'état de sortir et d'être en campagne avant la fin du printemps. Toutes les troupes étaient bien à leur aise pour leur hiver ; et quand tout sera bien crotté à Charleroi , il n'aura qu'un pas à faire pour se retirer. En attendant, M. de Luxembourg ne saurait se désopiler. Selon toutes les apparences , le roi ne partira pas sitôt que l'année passée. Si , tandis que nous serons en train, nous faisions quelque isulte à quelques grandes villes , et qu'on voulût s'opposer aux deux héros * , comme il est à présumer que les ennemis seraient battus, la paix serait quasi assurée : voilà ce qu'on entend dire aux gens du métier. Il est certain que M. de ïurenne est mal avec M. de Louvois ; mais comme il est bien avec le roi et ?.l. Coibert , cela ne fait aucun éclat.

On a fait cinq dames {du palais): mesdames de Soubise, de Chevreuse * , la princesse d'Harcourt, madame d'Albret et madame de Rochefort. Les filles ne servent plus ; et madame de Pàclielieu {dame d'honneur) ne servira plus aussi ; ce seront les gentilshommes-servants et les maîtres d'hôtel , comme on faisait autrefois. 11 y aura toujours , derrière la reine , madame de Richelieu et et trois ou quatre dames, afin que la reine ne soit pas seule de femme. Brancas est ravi de sa fille [la princesse d'Harcourt)^ qu'on a si bien clouée.

Le grand maréchal de Pologne ^ a écrit au roi que si Sa Majesté voulait faire quelqu'un roi de Pologne, il le servirait de ses forces ; mais que si elle n'a personne en vue , il lui demande sa protection. Le roi la lui donne ; mais on ne croit pas qu'il soit élu , parce qu'il est d'une religion contraire au peuple.

La dévotion de la Marans est toute des meilleures que vous ayez jamais vues; elle est parfaite , elle est toute divine ; je ne l'ai poi it

» M. le Prince et M. deTurenne.

2 Jeanne-Marie Colbert, duchesse de Chevreube.

■î Jean Sol.ieski , depuis roi de Pologne.

encore vue, je m'en hais. Il y a une femme qui a pris plaisir à lui (lire que M. de Longuevilîe avait une véritable tendresse pour elle, et surtout une estitne singulière , et qu'il avait prédit que quelque jour elle serait une sainte. Ce discours, dans le commencement, lui a si bien frappé la tète , qu'elle n'a point eu de repos qu'elle n'ait accompli les prophéties. On ne voit point encore ces petits princes ' ; l'aîné a été trois jours avec père et mère ; il est joli , mais personne ne l'a vu. Je vous embrasse, ma chère enfant. Je saurai ce qu'on peut faire pour votre ami qui a si généreusement assassiné un homme. Adieu, ma fille; je vous embrasse avec une tendresse sans égale ; la vôtre me charme , j'ai le bonheur de croire que vous m'aimez.

121. — DE Mi^c DE SEVIGNÉ A M™«^ DE GRIGNAN. AParis, lundi 15 janvier 1674.

J'allai donc dîner samedi cliez M. de Pompomie , comme je vous avais dit; et puis, jusqu'à cinq heures, il fut enchanté, enlevé, transporté de la perfection des vers de la Poétique de Despréaux. D'Hacqueville y était; nous parlâmes deux ou trois fois du plaisir que j'aurais de vous la voir entendre. M. de Pomponne se souvient d'un jour que vous étiez petite fille chez mon oncle de Sévigné ; vous étiez derrière une vitre avec votre frère , plus belle , dit-il , qu'un ange ; vous disiez que vous étiez prisonnière, que vous étiez une princesse chassée dechezsonpère : votre frère était beau comme vous ; vous aviez neuf ans. Il me fit souvenir de cette journée ; il n'a jamais oublié aucun moment où il vous ait vue; il se fait un [)laisir de vous revoir, qui me paraît le plus obligeant du monde, .le vous avoue, ma très-aimable chère 2, que je couve une grande joie; mais elle n'éclatera point que je ne sache votre résolution.

Madame de Schomberg dit qu'elle est une vagabonde au prix de madame de Marans : cette humeur sauvage que vous connaissez s'est tournée en passion pour la retraite : le tempérament ne se change pas. Elle va à pied à sa paroisse, et lit tous nos bons livres; elle travaille, elle prie Dieu; ses heures sont réglées, elle mange quasi toujours à sa chambre : elle voit madame de Schomberg à de certaines heures : elle hait autant les nouvelles du monde

' Les enfants de madame de Montespao.

-Expression singulière, qui date du temps des précieuses. Chère était le nom qu'elles se donnaient entre elles (^cv le Comment, de Bret sur Molier'\]

qu'elle les aimait ; elle excuse autant le prochain qu'elle l'accusait ; elle aime autant le Créateur qu'elle aimait la créature. Nous rîmes fort de ses manières passées ; nous les tournâmes en ridicule. Elle parle fort sincèrement et fort agréablement de son état : j'y fus deux heures ; on ne s'ennuie point avec elle ; elle se mortifie de ce plaisir, mais c'est sans affectation : enfin, elle est bien plus aimable qu'elle n'était. Je ne pense pas , mon enfant , que vous vous plaigniez que je ne vous mande point de détails.

Je reçois tout présentement votre lettre du 7. Je vous avoue , ma très-chère, quelle me comble d'une joie si vive, qu'à peine mon cœur, que vous connaissez, la peut contenir; il est sensible à tout, et je le haïrais, s'il était pour mes intérêts comme il est pour les TÔtres. Enfin, ma fille, vous venez , c'est tout ce qui peut m'être le plus agréable : mais je m'en vais vous dire une chose à quoi vous ne vous attendez point ; c'est que je vous jure et vous proteste devant Dieu que si M. de la Garde n'avait trouvé votre voyage nécessaire , et qu'en effet il ne le fiit pas pour vos affaires , jamais je n'aurais mis en compte , au moins pour cette année, le désir de vous voir, ni ce que vous devez à la tendresse infinie que j'ai pour vous : je sais la réduire à la droite raison , quoi qu'il m'en coûte ; et j'ai quelquefois de la force dans ma faiblesse, comme ceux qui sont les plus philosophes. Après cette déclaration sincère, je ne vous cache point que je suis pénétrée de joie , et que, la raison se rencontrant avec mes désirs , je suis , à l'heure que je vous écris, parfaitement contente , et que je ne vais être occupée qu'à vous bien recevoir.

M. le Prince revient de trente lieues. M. de Turenne n'est point parti. M. de Monterey s'est retiré. M. de Luxembourg est dégagé. Mon fils sera ici dans deux jours. Depuis vingt-quatre heures, ou a volé dans la chapelle de Saint-Germain la lampe d'argent de sept mille francs , et six chandeliers plus hauts que moi : voilà une extrême insolence ^ On a trouvé des cordes du côté de la tribune

' Le duc de Saint-Simon rapporte un autre vol plus étrange encore , qui se lit à Versailles. On enleva en une nuit toutes les crépines et les franges d'or des grands appartements, depuis la galerie jusqu'à la chapelle. Quelques perquisitions qu'on fit, on ne trouva aucune trace du vol. Mais cinq ou six jours après . le roi étant à souper, un énorme paquet tomba tout à coup sur la table, à qucljue distance de lui : c'étaient les franges volées, avec un billet attaché sur le paquet, ou l'on lut ces mots : Bontemps, reprends tes fran- 'les, la peine fn passe le plaisir. Saint-Simon était témoin.

de madame de Richelieu : on ne comprend pas comment cela s'est pu faire ; il y a des gardes qui vont et viennent , et tournent toute la nuit.

Savez-vous qu'on parle de la paix? M. de Chaulnes arrive de Bretagne , et repart pour Cologne.

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