DE M""' DE SÉVIGNÉ A M""^ DE GRIGNAN
A Briare, mercredi 2i juin I670.
Je m'ennuie, ma très-chère, d'être si longtemps sans vous écrire. Je vous ai écrit deux fois de Moulins; mais il y a déjà bien loin d'ici à INIoulins. Je commence à dater mes lettres de la distance que vous voulez. JNous partîmes donc lundi de cette bonne ville : nous avons eu des chaleurs extrêmes. Je suis bien assurée que vous n'avez pas trouvé d'eau dans votre petite rivière , puisque notre belle Loire est entièrement à sec en plusieurs endroits. Je ne comprends pas comme auront fait madame de Montespan et madame de Tarente; elles auront glissé sur le sable. Nous partons à quatre heures du matin; nous nous reposons longtemps à la dînée; nous dormons sur la paille et sur les coussins de notre carrosse , pour éviter les incommodités de l'été. Je suis d'une paresse digne de la vôtre ; par le chaud , je vous tiendrais compagnie à causer sur un lit, tant que terre nous pourrait porter. J'ai dans la tête la beauté de vos appartements; vous avez été trop longtemps à me les dépeindre.
Je crois que sur ce lit vous m'expliqueriez ces ridicules qui viennent des défauts de l'ame , et dont je me doute à peu près. Je suis toujours d'accord de mettre au premier rang de ce qui est bon ou mauvais , tout ce qui vient de ce coté-là : le reste me paraît supportable , et quelquefois excusable; les sentiments du cœur me pa-] raissent seuls dignes de considération ; c'est en leur faveur quej
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3r.2 LETTRES
lou pardonne tout : c'est un fonds qui nous console et qui nous paye de tout; et ce n'est donc que par la crainte que ce fonds ne soit altéré, qu'on est blessé de la part des choses.