DE M™<^ DE SÉVIGNÉ A M*"^ DE GRIGNAN
A Livry , vendredi 28 août 1676.
J'en demande pardon à ma chère patrie , mais je voudrais bien que M. de Schomberg ne trouvât point d'occasion de se battre : sa froideur et sa manière tout opposée à M. de Luxembourg me font craindre aussi un procédé tout différent. Je viens d'écrire un billet à madame de Schomberg', pour en apprendre des nouvelles. C'est
' Susanne d'Aumale d'Harcourt.
un iiieritt' que j ai apprivoisé il y a loiii;tenips ; uiais je m'en trouve encore mieux depuis qu'elle est notre générale. Elle aime CorLi nelli de passion : jamais sou bon esprit ne s'était tourne du côte d'aucune sorte de science; de sorte que cette nouveauté qu'elle trouve dans son commerce lui donne aussi un plaisir tout extraordinaire dans sa conversation. On dit que madame de Coulauges viendra demain ici avec lui ; et j'en aurai bien de la joie , puisque c'est à leur goût que je devrai leur visite. .l'ai écrit à d'Hacqueville pour ce que je voulais savoir de INI. de Pomponne, et encore pour une vingtième sollicitation à ce petit bredouilleur de Parère. Je suis assurée qu'il vous écrira toutes les mêmes réponses qu'il me doit faire , et vous dira aussi comme, malgré le bruit qui courait , JM. de Mende a accepté Alby.
Au reste, je lis les ligures de la sainte- Écriture » , qui prennent l'affaire dès Adam. J'ai commencé par cette création du monde que vous aimez tant; cela conduit jusqu'après la mort de Notre- Seigneur : c'est une belle suite, on y voit tout, quoiqu'en abrégé; le style eu est fort beau, et vient de bon lieu : il y a des réflexions des Pères fort bien mêlées; cette lecture est fort attacbaute. Pour moi, je passe bien plus loin que les jésuites ; et voyant les reprocbes d'ingratitude, les punitions horribles dont Dieu afflige son peuple, je suis persuadée que nous avons notre liberté tout entière ; que par conséquent nous sommes très-coupables, et méritons fort bien (Je feu et l'eau, dout Dieu se sert quand il lui plaît. Les jésuites n'en disent pas encore assez , et les autres donnent sujet de murmurer contre la justice de Dieu , quand ils affaiblissent tant notre liberté. Voilà le profit que je fais de mes lectures. Je crois que mon confesseur m'ordonnera la philosophie de Descartes.
Je crois que madame de Rochebonne est avec vous , et je m'en vais l'embrasser. Est-elle bien aise dans sa maison paternelle? Tout le chapitre Mui rend-ilbienses devoirs ?A-t-ellebieude la joie de voir ses ueveux? Et Pauline^ : est-il vrai qu'on l'appelle mademoiselle de Mazaî^gues^?Je serais fâchée de manquer au respect que je lui dois. Et le petit de huit mois veut-il vivre cent ans?
. VHisloire du Fieux et du Nouveau Testament, etc., par le sieur de Royau mont {le Maislre de Sacij).
^ La collégiale de Grignan.
3 Pauline Adhémar de Monleil de Gngnaii, \h:[Uq lille de madame de So vigne, elle était alors âgée d'environ trois ans.
< Terre qui appartenait à la maison de Gri^nau.
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Je suis si souvent à Gricnan , qu'il me spiiiMe que vous nio devriez voir p.'irmi vous tous. (>e scr.iil une belle ejjose de se trouver tout d'un coup aux lieux qui sont présents à la pensée. Voilà mon joli médecin ( ./wio;//o) qui me trouve en fort bonne santé, tout glorieux de ce que je lui ai obéi deux ou trois jours. 11 fait un temps frais, qui pourrait bien nous déterminera prendre de la poudre de mon bon homme : je vous le manderai mercredi. J'espère que ceux qui sont à Paris vous auront mandé des nouvelles ; je nen sais aucune, comme vous voyez; ma lettre sent la solitude de cette forêt ; mais dans cette solitude vous êtes parfaitement aimée.