‹ Lettres (volume 2)Chapitre 2 sur 264 · NOTICE SUR MAD. DE SÉVIOKÉ · texte numérisé non relu

NOTICE SUR MAD. DE SÉVIOKÉ

je ne sais plus ou j'en suis; les honneurs et les représentations nie feront périr , si vous n'avez soin de moi. Il uie semble que vous lui dites en passant un petit mot d'amitié , vous lui donnez quelque espérance devons possédera Grignan; mais vous passez vite, et vous n'avez pas le loisir den dire davantage'. Le devoir et la raison sont autour de vous , et ne vous donnent pas un moment de repos; moi-même, qui les ai toujours tant honorés , je leur suis contraire et ils me le sont : le moyen qu'ils vous laissent le temps de lire de pareilles lanterneries? «

On fait très-bien, toutes les fois qu'on veut se rendre compte de la composition des lettres de madame de Sévigné, d'éloigner toute idée d'artifice et d'ambition littéraire, d'immoler à la gloire de cette femme unique tous les talents épistolaires à la Pline lejeune, et de proclamer le naturel comme étant l'attribut propre et distinctif de son génie. Mais, pour la juger au vrai point de vue, pour mieux saisir les traits de cette délicate physionomie, il faut reconnaître que le naturel se mélange chez elle d'une douce et facile coquetterie. IMadame de Sévigné unit fréquemment à une naïveté très réelle, des raffinements ingénieux , quelquefois môme légèrement subtils. Elle est fennne ingénue et elle est artiste habile : mais, ce qu'il ne faut pas oublier, son art lui-même est tout de premier mouvement ; ses raffinements lui coûtent peu; ils sont improvisés comme le reste. C'est une précieuse pleine de bonhomie, de feu et d'abandon ; e'est un bel esprit qui improvise d'après son ame et son cœur, et qui désirant de plaire aux autres, y tient bien plus pour les autres que pour lui-même.

r. JACQUINET.

' La préciosité de ce passage est charmante. Mais (pielciuefois madame do Sévisiié tombe dans une antre espèce de préciosité plus apprêtée et moins agréable. Elle écrit à «iissy en 1680, à cinquante-quatre ans : « Je suis un peu fâchée que vous n'aimiez pas les madrigaux. Ne sont-ils pas les maris des é|»isrannnes? Ce sont tle si jolis ménages, (piand ils sont bons! » De pareils traits sont rares heureusement. Madame de Sévigné n'avait pu traverser tout à fait imitunément l'hôtel de Rambouillet.

. Evlr;iil du Oiclionnairc encyclopédhiue de la l-rance; Univers pittoresque ].

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