‹ Lettres (volume 2)Chapitre 258 sur 264 · DE M'"^ DE SÉVIG\É A M. LE DUC DE CHAULNES · texte numérisé non relu

DE M'"^ DE SÉVIG\É A M. LE DUC DE CHAULNES

A r.risnan, le 15 mai IG9I.

Mais , mon Dieu , quel homme vous êtes , mon cher gouverneur ! on ne pourra plus vivre avec vous; vous êtes d'une difficulté pour le pas, qui nous jettera dans de furieux embarras. Quelle peine ne donnâtes vous point l'autre jour à ce pauvre ambassadeur d'Espagne ^ Pensez-vous que ce soit une chose bien agréable de reculer tout le long d'une rue? Et quelle trac<isserie faites-vous encore à celui de l'empereur sur les franchises? Ce pauvre sbirre si bien épousseté en est une belle marque ' ; enfin , vous êtes devenu tellement pointilleux, que toute l'Europe songera à deux fois comme elle se devra conduire avec Votre Excellence. Si vous nous apportez cette humeur, nous ne vous reconnaîtrons plus. Parlons main-

' Voir Ip journal manuscrit (le Daiist'aii.TJ"»ll»?t if.Ol.M de Chaulnes était amhassaïU'ur à Uoine.

tpnant de la plus grandeaffaire qui soit à la cour. Votre imagination va tout droit à de nouvelles entreprises; vous croyez que le roi , non content de Mons et de Nice , veut encore le siège de Naniur : point du tout ; c'est une chose qui a donné plus de peine à Sa Majesté et qui lui a coûté plus de temps que ses dernières conquêtes ; c'est la défaite desfontanges à plate couture : plus de coiffures élevées jusques aux nues , plus de casques , plus de rayons , plus de bourgognes , plus ùe jardinières : les princesses ont paru (le trois quartiers moins hautes qu'à l'ordinaire; on fait usage de ses cheveux , comme on faisait il y a dix ans. Ce changement a fait un bruit et un désordre à Versailles qu'on ne saurait vous représenter. Chacun raisonnait à fond sur cette matière, et c'était l'affaire (le tout le monde. On nous assure que M. de Langlée a fait un traité sur ce changement pour envoyer dans les provinces : dès que nous l'aurons , monsieur , nous ne manquerons pas de vous l'envoyer; et cependant je baise très-humblement les mahis de Votre Excellence.

Vous aurez la bonté d'excuser si ce (Jue j'ajoute ici n'est pas écrit d'une main aussi ferme qu'auparavant : ma lettre était cachetée , et je l'ouvre pour vous dire que nous sortons de table, où, avec trois Bretons de votre connaissance, MM. du Cambout ,de Trévigni et du Guesclin , nous avons bu à votre santé en vin blanc , le plus excellent et le plus frais qu'on puisse boire ; madame de Griignan a commencé , les autres ont suivi : la Bretagne a fait son devoir; à la santé de M. l'ambassadeur , à la santé de madame la duchessede Chaulues ! tope à notre cher gouverneur , tope à la grande gouvernante! Monsieur, je vous fais raison. Enfin, tant a été procédé , que nous l'avons portée à M. de Coulanges ; c'est à lui de répondre.

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