AU COMTE DE BUSSY
A Paris, ce 24 janvier 1672.
Je trouve fort plaisant, mon cousin, que ce soit prt^ci sèment dans la chambre de notre petite sœur de Sainte-Marie que l'envie me prenne de vous écrire. Il semblerait quasi que notre amitié fût fondée sur la sainteté de notre grand'mère. Le moyen d'en juger autrement, en voyant que tant d'autres lieux , où je vous ai vu , me font moins souvenir de vous que celui-ci, où je ne vous ai vu de ma viel Vous avez ici une fille qui contribue à ce miracle. Elle n'est non plus sotte que si elle vous voyait tous les jours , et elle est aussi sage que si elle ne partait pas de Sainte-Marie. C'est uiie créature dont le fonds est d'un christianisme fort austère , chamarré de certains agréments de Rabutin , qui lui donnent un charme extraordinaire. Je doute que tous vos autres enfants vaillent mieux que celle-ci. Mais en voilà assez pour lui donner de la vanité. J'ai été huit mois en Bretagne, pendant lesquels je ne me suis jamais trouvé assez d'esprit pour vous écrire. J'ai eu dessein de ressusciter «otre commerce à mon retour, et je commence ici. Bon jour, bonne œuvre. Je ne vous dirai point de nouvelles , et je ne vous parlerai point du prochain. Vous savez tout ce qui se passe , au moins je le veux croire : car je ne crois pas qu'il soit trop sûr d'écrire de certaines choses :
On sait de cent paquets les tristes aventures,
El tous les grands chemins sont remplis de parjures.
Il y a des comédies nouvelles dont j'ai la vanité de croire que vous jugerez comme moi. Adieu, mon cousin; vous ne sauriez croire combien je mérite l'honneur de votre amitié.