‹ Lettres;Chapitre 25 sur 111 · DU COMTE DE BUSSY A MADAME DE SÉVIGNÉ · texte numérisé non relu

DU COMTE DE BUSSY A MADAME DE SÉVIGNÉ

A Bavay , ce 13 août i63S.

J'ai reçu vos trois lettres. Madame; celle de Livry est effectivement très-plaisante , mais, comme vous dites aussi, elle n'est pas la plus tendre du monde. Vous me parlez de désespoir et de larmes, tout exprès, ce me semble, pour me dire que ce n'est pas pour moi ; je sais bien que je n'y dois pas prétendre, mais vous n'aviez que faire de m'exagérer si fort vos faiblesses pour un autre , et votre fermeté pour moi : quand on aime bien les gens qui vont à l'armée, on a plus de crainte pour le danger de leurs personnes que de joie dans l'espérance de l'honneur qu'ils vont acquérir. Je jurerais qu'il y a des mouvements de dépit dans ce que vous m'écrivez. Sur la fm, pourtant , vous vous radoucissez un peu , et, craignant que ce que vous me mandez sur mon départ ne sente trop la rudesse de Rome naissante, vous vous radoucissez sur mon retour.

Pour votre lettre du 1 4 juillet, il n'y a rien de si obligeant ni de si flatteur que ce que vous me dites sur mes gardes de Landrecy ; j'ai bien ri en lisant vos contre-vérités , et la honte que vous me mandez avoir eue des mauvaises actions que j'ai faites.

Pour votre troisième lettre, je vous dirai que, pour n'être pas d'un style laconique , elle ne laisse pas d'être fort agréa-

h\e ; je serais bien fâché qu'elle fût plus courte , et vous avez tort de dire que vous écririez mieux si vous n'étiez malade ; vous vous portez mieux que vous ne pensez , et moi , ma chère cousine , je suis à vous mille fois plus tendrement que je ne saurais l'exprimer.

Je vous écris fort à la hâte , parce qu'il y a une heure que l'armée est en marche; je ne vous écris pas en galopant , comme vous me mandiez l'autre jour que vous faisiez , mais je vais galoper dans un moment pour vous avoir ^crit.

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