‹ Lettres;Chapitre 26 sur 111 · DU MÊME A LA MÊME · texte numérisé non relu

DU MÊME A LA MÊME

Du camp d'Angres , le 7 octobre 1633.

Je suis fort aise, Madame, que vous m'assuriez que M. le surintendant souhaite de trouver que j'ai raison dans l'affaire qu'on a voulu me susciter avec lui. Cela ne laisse pas de me surprendre , et je trouve fort extraordinaire qu'il aime mieux avoir sujet de se plaindre de madame de Martel que de moi.

M. le cardinal de Mazarin a été une seconde fois à l'armée pour voir Condé et Saint-Guilain, et pour laisser ces places en état de ne rien craindre en hiver, et de se passer de nous jusqu'au printemps. Son Éminence m'a fort bien traité , et m'a iïtit donner mille écus pour achever ma campagne.

Il y a deux ou trois jours qu'en causant avec M. de Turenne je vins à vous nommer; il me demanda si je vous voyais ; je lui dis qu'oui , et qu'étant cousins-germains, et de même maison , je ne voyais pas une femme plus souvent que vous. Il me dit qu'il vous connaissait, et qu'il avait été vingt fois chez vous sans vous rencontrer ; qu'il vous estimait fort, et qu'une marque de cela était l'envie qu'il avait de vous voir, lui qui ne voyait aucune femme. Je lui 4is que vous m'aviez parlé de lui ; que vous aviez su Thon-

neur qu'il \ous avait fait, et que vous m'aviez témoigné lui en être très-obligée.

A propos de cela, Madame , il faut que je vous dise que je ne pense pas qu'il y ait au monde une personne si généralement estimée que vous ; vous êtes les délices du genre humain : l'antiquité vous aurait dressé des autels, et vous auriez assurément été déesse de quelque chose. Dans notre siècle, où l'on n'est pas si prodigue d'encens, et surtout pour le mérite vivant, on se contente de dire qu'il n'y a point de femme à votre âge plus vertueuse ni plus aimable que vous. Je connais des princes du sang, des princes étrangers , de grands seigneurs façon de princes , de grands capitaines, des gentils-hommes, des ministres d'État, des magistrats et des philosophes , qui fileraient pour vous si vous les laissiez faire. En pouvez-vous demander davantage ? A moins que d'en vouloir à la liberté des cloîtres , vous ne sauriez aller plus loin .

J'oubliais de vous dire qu'il y a deux moîs que Humières * disant à Nogent* quelque chose qui lui déplut, celuici donna du bout de ses gants sur le chapeau de l'autre. M. le cardinal et M. de Turenne défendirent à Humières, de la part du roi , d'en avoir aucun ressentiment; mais La Châtre, son beau-frère, fit appeler Nogent par un gentil homme de ses parents nommé Sainte-Fère, lieutenant d'Hv mières. Nogent ne voulut point se battre , et il dit depuis qu'il n'avait tenu qu'à Sainte-Fère qu'il n'eût satisfait La Châtre. 11 y a huit jours que Sainte-Fère lui faisant un éclaircissement là-dessus, Nogent le traita de petit mignon, et ne lui voulut donner aucune satisfaction. Sainte-Fère, qui tenait un fouet de postillon à la main , lui en donna quelques coups. Nogent dit qu'il n'avait point été frappé, et que Humières a voulu le faire assassiner. Humières dit qu'il n'a aucune part à cela , que véritablement s'il avait

^ Louis de Crevant d'Humières , maréchal de France en I668. ( A. G. ) ' Armand de Beautru , comte de Nogent. ( A. G. )

cru être offensé, il aurait fait donner cent coups de bâton à Nogent par un de ses domestiques , et même il veut bien que Nogent croie que c'est lui qui lui a fait faire cette insulte .

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