‹ Lettres;Chapitre 44 sur 111 · DU COMTE DE BUSSY A MADAME DE SÉVIGNÉ · texte numérisé non relu

DU COMTE DE BUSSY A MADAME DE SÉVIGNÉ

ABussy, le 17 juillet 1668.

Je ne vous entretiendrai pas longtemps aujourd'hui , ma belle cousine, parce que j'ai été saigné; mais je n*ai que faire de vous le dire , vous le savez bien. Je ne sais si vous savez aussi qu'on m'a tiré du sang de poulet ; il est vrai que j'en avais tant que j'en étouffais. Si j'étais à Paris, on ne me saignerait pas si souvent; c'est un air qui dissipe beaucoup d'esprits.

Mais j'oublie de vous parler du sujet de ma lettre ; c'est une recommandation que je vous demande à M. Didé, conseiller au grand conseil, pour une affaire que j'ai à son rapport; je ne doute pas que vous ne le connaissiez , ou quelqu'un qui le connaît, car il est Breton. De la manière dont j'ai entendu parler de lui, je n'appréhende pas que d'être exilé lui fasse trouver ma cause moins bonne. Si je n'avais été saigné , je lui écrirais ; et si je pouvais aller à Paris , j'irais lui rendre mes devoirs : il n'y a que le roi au monde qui m'en pût empêcher.

Adieu, ma chère cousine ; je suis, ma foi, bien à vous et à la plus jolie fille de France : je n'ai que faire après cela de vous prier de faire mon compliment à mademoiselle de Sévigné.

Page 1