DE MADAME DE SÉVIGNÉ AU COMTE DE BUSSY
A Paris, ce ï 6 avril 1670.
Je reçois votre lettre , mon cousin ; vous êtes toujours honnête et très-aimable ; je ne vais guère loin chercher dans mon cœur, pour y trouver de la douceur pour vous.
Enfin n'abusez pas, Bussy, de mon secret; Au milieu de Paris il m'échappe à regret , Mais enfin il m'échappe, et cette retenue Ne peut plus contenir la lettre que j'ai lue.
Je vous remercie de m' avoir rouvert la porte de notre commerce, qui était tout démanché. Il nous arrive toujours des incidents , mais le fond est bon ; nous en rirons peutêtre quelque jour. Revenons à M. Frémiot, notre cousin; n'est- il pas trop bon, ce président, d'avoir pensé en mourant à me donner son bien , lorsque j'y pensais le moins ' ? Je l'aimais fort , et j'y joins présentement une grande reconnaissance ; de sorte que ma douleur est véritable. Cela est honteux , comme vous dites , que la présidente survive à un si admirable mari. C'est tout ce que je puis faire, moi qui vous parle. Adieu, je vous souhaite une patience qui triomphe de vos malheurs. Vous ne voulez pas que je vous parle de ma fille, et moi j'en veux parler. Elle est grosse, et demeure ici pour y faire ses couches ; son mari est en Provence, c'est-à-dire , il s'y en va dans trois jours.
* Foyez la lettre du <0 juin 1674.