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L' USAGE DES EAUX MINÉRALES, ET EN PARTICULIER DE CELLES D'EMS

Francfort-sur-le-Mein, 1841.

pies, et non pas à un état organique toujours identique, pour remplir des indications variées, on comprendra que rien ne doit être négligé pour approprier cette même médication à chacune de ces indications, c'est-à-dire à chacun des états morbides auxquels on veut l'opposer, ci Sur dix cas, dit Wetter, dans lesquels les guérisons dépendent des propriétés spécifiques ou de la constitution physico-chimique des sources minérales, il y en a cent autres dans lesquels les effets généraux des bains, les influences du changement et l'usage méthodique de l'eau à l'intérieur constituent tout l'ensemble de l'action médicale (1). »

C'est donc surtout l'étude des indications qui apprend ce que l'on peut attendre du traitement thermal externe, ou plutôt ce qu'on a à lui demander. C'est sous ce rapport que le lecteur suivra sans doute avec intérêt l'exposition des différentes formes sous lesquelles les eaux de Vichy peuvent être employées. Nous passerons successivement en revue les bains et les douches, et nous ne nous contenterons pas d'exposer ce qui se fait actuellement à Vichy. Nous ne remplirions qu'une partie de notre but, si nous n'entrions dans quelques détails sur le développement que doivent prendre certains modes d'administration de nos eaux, dans la réorganisation déjà si heureusement commencée de l'établissement thermal.

Nous avons déjà dit quelques mots, dans la lettre précédente, de l'usage général que l'on fait des bains à Vichy et des contre-indications qui se présentent quelquefois à leur usage. Le complément habituel d'un traitement à Vichy est, en effet, un bain quotidien d'une heure, à température

(1) A. Wetter, Handbuch dei\ Heilquellenlehrb, Berlin, 1838.

moyenne, de 31 à 34° c, avec l'eau minérale mélangée par moitié à Feau douce; l'eau minérale usitée pour les bains étant à 45°, on la mêle avec une proportion convenable d'eau douce froide ou chaude, amenée dans les baignoires par des conduits spéciaux.

L'usage journalier de ces bains est en rapport avec deux indications distinctes : faire pénétrer dans l'économie les principes minéralisateurs contenus dans l'eau de Vichy; exercer une action stimulante sur la peau.

La pénétration rapide des principes minéralisateurs ou médicamenteux, circonstance particulièrement importante chez les malades qui ne prennent pas ou prennent à peine d'eau en boisson, est prouvée par la neutralisation ou l'aicalisation de l'urine, qui se peut constater dès le premier bain, et quelquefois après vingt minutes à peine passées dans l'eau.

Ces bains déterminent en général un sentiment de bienêtre et de force qui les fait vivement apprécier par la plupart des malades. Mais il faut souvent passer d'abord par un état de fatigue ou de courbature qui accompagne les premiers bains, pour se reproduire plus tard, après vingt, trente, quarante, suivant les cas, et qui rend nécessaire alors de les suspendre, ou indique la convenance de cesser le traitement. Cette action positivement tonique des bains de Vichy est fort digne de remarque, chez des individus dont aucun ne supporterait huit ou dix bains d'eau douce de suite sans tomber dans un état profond de faiblesse et de langueur, dont quelques-uns même ne peuvent tolérer ces derniers en aucune façon.

Les deux points importants de la pratique du bain de Vichy sont : la composition et la durée du bain. La composition ordinaire des bains est de moitié d'eau

minérale et moitié d'eau douce. Cette proportion, considérée comme terme moyen, est certainement la plus convenable. 11 est difficile, quand on ne Ta pas observé soi-même, de se faire une idée des inconvénients qu'il peut y avoir à la dépasser, c'est-à-dire à ne pas soumettre à une direction méthodique la composition de ces bains.

L'eau minérale n'est pas laissée à la disposition des baigneurs; le robinet qui la répand dans la baignoire ne s'ouvre qu'au moyen d'une clef. Mais la plupart des malades étant convaincus que plus on prend d'eau minérale, par quelque voie que ce soit, et mieux on se guérit, U n'est sorte de moyens qu'ils n'emploient pour s'en procurer une plus grande quantité. La chose leur est assez facile, au commencement et à la fin de la saison, quand, vu le petit nombre de malades, le serûce se relâche un peu de sa rigueur. Quelques personnes plus avisées que les autres se procurent même le moyen d'ouvrir à volonté le précieux robinet. Eh bien! nous avons presque toujours vu ce genre d'excès déterminer quelques accidents. Insomnie, agitation insupportable, phénomènes nerveux, céphalalgie et accidents de congestion cérébrale, mouvement fébrile quelquefois, et surtout aggrava* tion des symptômes, particulièrement des symptômes douloureux; telles en sont les conséquences ordinaires. Gela n'arrive pas toujours pour un ou deux bains trop concentrés, mais ne manque presque jamais pour une série de bains semblables. Que de fois n'avons-nous pas eu ainsi à combattre des accidents dont la cause nous échappait, jusqu'à ce que l'aveu, souvent provoqué, des malades, vint à nous les révéler!

Il est utile d'insister sur ce sujet, qui donne une idée de l'activité toute particulière d'un traitement, et surtout d'une des pratiques de ce traitement, que les malades, et quel-

quefois les médecins eux-mêmes, sont disposés à considérer trop légèrement. Nous ne saurions trop le répéter, et il est singulier que nous ayons besoin de le dire : les eaux minérales réellement efficaces, les eaux de Vichy par dessus toutes, sont un médicament qui doit se doser et s'administrer comme tous les autres, avec la même circonspection et la même méthode; la seule différence est que l'un se dose par verres ou par litres, les autres par gouttes ou par grammes. Mais les principes de leur administration n'en doivent pas moins être scrupuleusement suivis.

Cependant cette proportion de moitié d'eau minérale n'est pas absolue. Elle est trop considérable pour un petit nombre de malades; elle ne l'est pas assez pour quelques-uns, et il est bon quelquefois de. la dépasser. U serait donc utile que l'on pût doser dans les baignoires la proportion d'eau minérale; cela peut se faire en graduant la baignoire ellemême, ou bien en y introduisant un tube gradué.

L'action stimulante des bains, dont nous venons de voir les effets se développer, quand ils contiennent une trop forte proportion d'eau minérale, est ressentie par quelques personnes, quelle que soit cette proportion, d'une manière très-vive et qui en rend quelquefois l'administration fort difficile. Cependant un moyen très-simple, l'addition de son ou d'amidon au bain lui-même, suffit souvent pour parer à cet inconvénient. Quelquefois les bains ne doivent être pris que tous les deux jours, ou interrompus à de plus longs intervalles. En résumé, les bains de Vichy, tout mitigés qu'ils sont administrés, jouissent d'un degré d'activité très-remarquable. Lorsque les malades en traitement se sentent prématurément fatigués par les eaux, c'est-à-dire qu'ils cessent de les tolérer facilement, c'est presque toujours, et avec raison, les bains qu'ils en accusent. En effet, il suffit ordinaire-

ment, pour ramener l'équilibre, de les suspendre quelques jours sans interrompre l'usage interne des eaux.

Du reste, les bains de Vichy sont fournis par des sources différentes , dans deux établissements distincts; le Puits- Carré, qui, avec la Grande-Grille et la Source-Lucas, alimente le grand établissement, et que nous avons eu particulièrement en vue jusqu'ici, et la source de l'Hôpital, qui fournit à l'établissement secondaire de Y Hôpital, lequel ne contient que vingt baignoires et une petite piscine.

L'eau de Y Hôpital n'a que 30° centigrades. 11 faut donc y ajouter de l'eau chaude. Elle est sensiblement moins stimulante que celle du Puits-Carré. Cela tient-il à la plus grande proportion de matière organique qu'elle renferme? C'est au moins la seule différence sensible de composition que nous y puissions signaler. Dans tous les cas, nous rencontrons tous les ans des malades qui ne supportent pas les bains du Grand-Établissement, tandis qu'ils tolèrent parfaitement ceux de Y Hôpital. C'est là un fait d'observation acquis pour nous, mais dont l'importance ne dépasse pas le cercle de la pratique de Vichy.

Quelques baignoires du Grand-Établissement étaient alimentées par une source spéciale, la Source-Lucas, dont nous avons signalé précédemment la nature un peu sulfureuse. Nous avons souvent prescrit ces bains dans les cas où les sulfureux se trouvaient indiqués. Prunelle leur attribuait même une certaine valeur dans ce sens. Mais les résultats n'ont pas répondu à notre attente. Cependant nous avons été conduit, par ces essais mêmes, à tenter si l'addition artificielle de sulfure de potasse aux bains de Vichy ne pourrait pas ajouter à ces derniers une efficacité toute particulière dans certains cas faciles à prévoir, et plusieurs essais heureux nous ont porté à donner quelque extension à cette

pratique. Nous ayons signalé précédemment l'intérêt qu'il pourrait y avoir à la développer.

Si la manière dont on prépare les bains à Vichy, l'eau minérale dont on fait choix, la proportion d'eau douce dont on la mélange, l'addition que l'on y peut faire, ou d'émollients pour la mitiger, ou d'agents médicamenteux particuliers, tels que le soufre et l'iode, présentent une importance quelquefois capitale pour l'issue d'un traitement thermal, il est une autre circonstance de l'administration de ces bains qui mérite également une grande attention, nous voulons parler de la durée qu'on leur donne.

La durée commune des bains à Vichy est d'une heure; c'est la durée réglementaire. Quelquefois cependant il faut la réduire, comme nous l'avons indiqué plus haut. Mais c'est fort rare. Les malades restent en général volontiers une heure dans leurs bains. Le bien-être qui suit ordinairement ces derniers se ressent pendant leur durée, et comme ces bains se renouvellent quotidiennement pendant vingt ou trente jours, il serait la plupart du temps superflu, il y au* rait même des inconvénients à les prolonger davantage.

Cependant il est un bon nombre de ois où les bains prolongés se trouvent indiqués. Lorsque le bain est forcément l'unique moyen de traitement, lorsqu'on a à agir sur des lésions matérielles considérables, lorsqu'on a affaire à ce qu'on appelle la propriété dissolvante des eaux de Vichy (expression mauvaise en ce sens qu'elle paraît exprimer le mode d'action propre aux eaux, tandis qu'elle n'a trait qu'au ré* sultat définitif), lorsqu'on veut obtenir une modification aussi profonde que possible de l'organisme, on a besoin alors de prolonger la durée du bain.

Mais les bains de baignoire ne s'y prêtent pas : l'immobilité, l'ennui, l'engourdissement et la céphalalgie qu'y déter-

minent presque toujours un trop long séjour, les vapeurs chargées d'acide carbonique qui s'en exhalent, l'espace restreint où l'on se trouve enfermé, tout cela fait qu'il est difficile de dépasser sans inconvénient ou sans danger une heure ou une heure et demie, au plus deux heures, dans un bain de baignoire.

C'est le cas alors de recourir aux bains de piscine, et l'une des nombreuses qualités de ces derniers est de permettre en effet de prendre des bains prolongés.

Les piscines sont le complément naturel de tout établissement thermal. Seulement, suivant la nature du traitement qu'on y fait, suivant la qualité de l'eau médicamenteuse elle-même et l'espèce des maladies qu'on y traite, elles for* ment le principal ou l'accessoire du système balnéatoire. Nous avons déjà consacré quelques lignes inix piscines, à propos de l'installation de l'établissement thermal. Nous nous y arrêterons encore ici, où nous nous occupons plus spéciament de thérapeutique.

11 y a bien des manières d'entendre les piscines : ce sont ou de vastes bassins dans lesquels on peut se livrer à la natation, ou d'étroits réduits où deux ou trois personnes seulement peuvent se mouvoir; tantôt elles sont alimentées par un courant continu d'eau minérale, tantôt remplies et vidées alternativement comme une baignoire, tantôt isolées, tantôt réunies dans un bassin commun, divisé par des cloisons en compartiments séparés.

Ce qui caractérise la piscine, en résumé, c'est un espace assez considérable pour que plusieurs personnes puissent s'y baigner en commun, s'y tenir debout, s'y mouvoir à vo^ lonté.

Ses avantages sont de permettre, par la distraction qu'y procure la société, par la possibilité d'y changer de place, de

se livrer à un certain exercice, de prolonger Faction du bain presque indéfiniment.

Ses propriétés thérapeutiques sont de permettre, par la durée du bain, à une plus grande proportion de principes médicamenteux d'être absorbés par la peau; de procurer, par le mouvement incessant de l'eau, une action beaucoup plus vive sur cette membrane; de combiner enfin, avec tout cela, un certain degré d'exercice actif, qui vient apporter un élément nouveau à l'action propre du bain lui-même.

Ces principes sont élémentaires en fait de balnéologie minérale, et on aura peine à croire que jusqu'ici l'établissement thermal de Yichy ait été à peu près dépourvu de piscines; cet à peu près même, comme on va le voir, équivaut à une négation complète pour la plupart des malades qui fréquentent cet établissement.

Il y avait à Vichy deux piscines pouvant contenir chacune de trente à quarante personnes, mais qui étaient exclusivement réservées aux indigents reçus à l'hôpital civil et aux soldats de l'hôpital militaire, lesquels s'y baignaient chaque jour successivement, mais sans y demeurer plus d'une heure. Ces piscines viennent d'être détruites et remplacées par des baignoires exclusivement consacrées au même service. En outre, Prunelle avait, il y a quelques années, obtenu de Tadministration la construction d'une petite piscine, uniquement consacrée aux dames et alimentée par l'eau de Y Hôpital, dans laquelle de douze à quinze personnes étaient admises à la fois.

Voici tout ce que Vichy possède, à l'heure qu'il est, en fait de piscines.

Nous avons dit plus haut qu'il était des établissements thermaux dont les piscines formaient l'élément principal. 11 n'en est pas de même à Vichy : les bains de baignoires

peuvent suffire à la majorité des malades qu'on y traite ; mais il est une minorité importante pour laquelle ils sont nécessaires, quelques-uns pour lesquels ils sont indispensables.

La piscine de YEôpUal, tout insuffisante qu'elle soit, nous a permis de faire à c» sujet des observations très-intéressantes et très-concluantes, en particulier pour les maladies du système utérin. Nous avons vu beaucoup de femmes atteintes d'affections de ce genre, pour qui les bains de baignoire semblaient sans action, et qui, dès qu'elles prenaient des bains de piscine, ressentaient dans les organes malades une amélioration immédiate et importante. Les points sur lesquels porte habituellement cette amélioration en indiquent la valeur aux yeux des médecins habitués à observer ces sortes de malades. C'est une sensation de tonicité succédant au relâchement des organes du bassin, la diminution ou la disparition des douleurs lombaires, ou de l'irritation vulvaire. Et ce n'est pas à la nature spéciale de l'eau, provenant de la source de l'Hôpital, qu'il faut attribuer ces résultats, mais à la nature du bain, et surtout à sa prolongation pendant plusieurs heures.

S'il est possible d'obtenir quelque chose des bains de Vichy dans les engorgements utérins, dans les tumeurs de l'utérus et de ses annexes, et on en obtient effectivement quelque chose, ce n'est guère qu'à l'aide de bains prolongés. Ces derniers ne sont pas moins indiqués pour les individus des deux sexes, portant des engorgements du foie, de la rate, des tumeurs abdominales, etc. Nous ne voulons pas faire ici rémunération des cas où les bains prolongés se trouvent indiqués : c'est une affaire de pratique locale et actuelle, c'est-à-dire dans laquelle les conditions individuelles ne tiennent pas moins de place que la nature de la maladie elle-même. Nous voulons seulement citer des exemples.

Il faut donc des piscines à Vichy. Mais les indications médicales les plus formelles sont soumises aux possibilités matérielles; il ne faut d'ailleurs rien exagérer.

Il ne sera sans doute jamais possible d'établir à Vichy de ces vastes piscines que traverse un courant incessant d'eau minérale, comme il a été permis de le faire dans quelques établissements thermaux des Pyrénées et des bords du Rhin. Mais ceci, considéré au point de vue des besoins réels de la thérapeutique, serait plutôt ici une affaire de luxe qu'une nécessité. Ce qu'il faut seulement à Vichy, ce sont des bains où plusieurs personnes puissent se réuniT, où l'on puisse s'asseoir, se lever, se déplacer, autour desquels l'air puisse circuler et se renouveler, ainsi que les vapeurs du bain, et l'acide carbonique qui s'en exhale. Telles sont en résumé les principales conditions matérielles exigibles pour que le but que nous indiquons soit convenablement rempli.

Maintenant, que l'on établisse de grandes piscines où de trente à quarante malades puissentse baigner simultanément, ou que l'on se contente d'espaces plus restreints dits bains de famille, destinés à recevoir seulement de six à huit personnes, nous n'y attachons pas une grande importance. Mais jusqu'à ce que nous ayons obtenu ce que nous sollicitons à ce sujet, ou que l'impossibilité de l'exécuter nous ait été démontrée, nous ne cesserons de répéter : Il faut des piscines à Vichy.

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