‹ Lettres médicales sur VichyChapitre 8 sur 36 · LETTRE V · texte numérisé non relu

LETTRE V

L'Haï* ** ï« »iûéMl« doit ètfi formulé eomme celui de loti autre médicament. — Les différents modes d'administration des eaux peuvent être trèsdiversement tolérés par les malades. — Applications pratiques de chacune des sources de Viehy. — Aucune d'elles ne possède de propriétés spécifiques qui la distinguent dea antres.— Des doses auxquelles il faut prendre les eattl.

Nous supposons qu'éclairé sur les deux principales souïoes d'indications qui peuvent déterminer l'emploi des eaux minérales, la composition chimique des eaux minérales ellesmêmes et les résultats généraux de l'expérience acquise, un médecin a conseillé l'administration du traitement thermal. 11 n'a pas encore fait plus que s'il avait conseillé un traitement par les toniques, par les antispasmodiques, par les fondants. 11 a donné une direction à suivre; il reste à formuler le traitement.

Ce mot formuler n'est guère usité en thérapeutique thermale. C'est un tort, et les médecins eux-mêmes croient trop

généralement avoir tout dit quand ils ont prescrit à un malade d'aller prendre les eaux à Vichy ou ailleurs. Il est vrai qu'ils s'en rapportent pour les détails aux médecins qu'ils savent chargés de l'administration des eaux. Mais ils suppléent volontiers de loin à cette intervention par quelque vague indication : vous boirez de telle source. Et le malade n'a même pas toujours besoin d'encouragement pour se traiter à sa guise, et diriger lui-même son traitement. Ceci est matériellement possible, parce que les eaux minérales représentent un médicament ordinairement facile à tolérer dans d'assez larges limites, mais n'est guère plus raisonnable que s'il s'agissait de toute autre médication. Cette sorte d'indifférence que Ton voit trop souvent affecter relativement à leur mode d'administration peut convenir à ceux qui ne croient pas à l'efficacité réelle et médicamenteuse des eaux minérales. Mais si Ton considère celles-ci à titre d'agent thérapeutique actif, et si l'on admet qu'elles introduisent dans l'économie des principes considérables et doués de propriétés certaines, quelle que soit l'idée que l'on s'en fasse, on ne saurait disconvenir de l'importance qu'il doit y avoir à les administrer de telle ou telle manière.

Nous allons entrer dans quelques détails à ce sujet. On verra combien le mode d'administration des eaux de Vichy doit varier suivant les individus et suivant les maladies, et le lecteur y trouvera peut-être des renseignements utiles touchant les ressources qu'offre l'emploi de ces eaux, et par suite touchant leurs indications.

Lorsqu'un malade doit prendre les eaux de Vichy, il s'agit de déterminer d'abord s'il prendra ces eaux en boisson et en bains, ou seulement sous l'une de ces formes; à quelle source et à quelle dose l'eau sera prise, et à quels moments

delà journée; s'il devra faire usage de douches ascendantes ou de douches à percussion.

Nous allons suivre cet ordre dans l'exposé de ces différents modes d'administration du traitement; mais on voit que la formule de ce traitement n'est pas déjà si simple.

La très-grande majorité des malades doit prendre l'eau thermale à la fois en bains et en boisson. Mais il en est chez qui l'un ou l'autre de ces deux modes d'administration des eaux est formellement contre-indiqué.

Les bains de Vichy sont contre-indiqués à peu près dans les mêmes circonstances que les bains en général; ainsi la disposition aux congestions ou aux affections cérébrales de toutes sortes, l'existence d'une maladie du cœur, et en général de toute espèce d'affection fonctionnelle ou organique des organes thoraciques, ne permettent guère d'user prudemment de ces bains, de ces bains surtout qui favorisent plus que d'autres la tendance aux congestions encéphaliques ou thoraciques. Nous en dirons autant des anasarques considérables, des ascites, sauf le cas où l'épanchement séreux est manifestement le symptôme d'un engorgement du foie ou d'une tumeur, et encore ne faut-il procéder alors qu'avec une grande réserve. 11 faut éviter encore les bains chez les femmes enceintes à qui on juge convenable de faire suivre un traitement thermal; j'ai observé un cas d'avortement qui ne reconnaissait pas d'autre cause. 11 y a des goutteux qui demeurent incessamment ou pendant de longues périodes, sous l'imminence d'une attaque de goutte. Il y a des gouttes vagues, errantes, mobiles, toujours prêtes à se porter d'un point vers un autre, menaçant à la fois les jointures et les viscères. Nous redoutons dans les cas de ce genre l'usage des bains qui, par leur action sur la peau, la susceptibilité qu'ils y développent, la facilité avec laquelle ils déterminent

W LETTRES SDR VICHY,

quelquefois une fluxion vers les appareils profonds, les vicissitudes extérieures, etc., peuvent n'être pas sans gravés inconvénients.

D'un autre côté, il est des malades qui doivent se contenter de l'usage des bains. J'ai vu des personnes qui, sans que l'état de l'estomac pût en rendre aucunement compte, ne pouvaient tolérer en aucune façon l'eau de Vichy prise à l'intérieur. Un jeune homme, qui avait déjà subi l'année précédente un traitement thermal pour des congestions hépatiques répétées, revint à Vichy beaucoup mieux portant, ayant seulement le système nerveux singulièrement surexcité et par sa nature et par de récents travaux. J'essayai successivement de toutes les sources; il me fut impossible de lui faire supporter un quart de verre d'eau minérale pure ou coupée. Aussitôt survenaient des nausées, un tremblement général, puis de la diarrhée. Ge qui se voit beaucoup plus souvent, ce sont des gastralgiques qui ne peuvent supporter l'eau minérale, sans redoublement des douleurs cardialgiques; des dyspeptiques qui ne peuvent les digérer et chez qui elles occasionnent de la pesanteur, des renvois, enfin des signes d'indigestion. D'autres fois, sous l'influence apparente d'une constitution atmosphérique, une diarrhée glaireuse ou dysentérique est rappelée par la moindre dose d'eau minérale. Mais c'est surtout dans les entérites et les diarrhées chroniques que l'usage interne des eaux de Vichy se trouve fréquemment contre-indiqué. 11 faut, dans les cas de ce genre, savoir attendre; l'efficacité des bains, dans ce dernier cas surtout, est souvent assez grande pour qu'au bout de quelques jours, peut-être seulement dans une seconde saison, les eaux puissent être supportées sous toutes les formes.

Mais dans l'immense majorité des cas, l'eau de Vichy

bien administrée est tolérée convenablement. Il Huit donc savoir de quelle source on fera choix.

Nous commençons par poser en fait qu'il est impossible, de l'examen physique ou chimique de chacune des sources de Vichy, de déduire aucune sorte d'indication relative au choix à faire dans leur application thérapeutique. Nous ne salirions faire d'exception que pour celles qui renferment une proportion notable de fer ou d'hydrogène sulftiré; car pour les principes essentiels aux eaux de Vichy, ils existent dans toutes les sources, comme nous l'avons vu, en proportions sensiblement identiques; et quant aux différences de température, elles ne sauraient par elles-mêmes fournir de données très-importantes.

Chacune des sources de Vichy offre «t-elle des propriétés particulières applicables à chacune des maladies que l'on traite spécialement dans ces eaux? Si l'on s'en rapportait aux habitudes de la pratique, à Vichy, et à la réputation particulière des différentes sources, on serait tenté de répondre affirmativement. C'est ainsi que la source de Y Hôpital parait dévolue aux affections de l'estomac, celle de la Grande- Grille aux maladies du foie, celle des Gélatine à la goutte et aux maladies des voies urinaires. Cette pratique a sans doute sa raison d'être; mais si on y attachait une idée de spécificité proprement dite, de telle source pour tel ordre d'affections, on se tromperait beaucoup. On doit avoir hatuellement beaucoup plus égard, pour le choix de la source, aux conditions générales du malade qu'à la nature de la maladie. Seulement, comme la plupart des malades atteints d'une même affection se présentent dans des conditions gé* nérales assez semblables, il en résulte des indications analogues pour la majorité d'entre eux. Les détails dans lesquels nous allons entrer feront aisément comprendre la part

qu'il faut faire, à ce sujet, à la nature de la maladie, à la constitution, au tempérament, aux habitudes du malade. Passons successivement chacune des sources en revue.

L'eau de l'Hôpital est la moins excitante de toutes celles de Vichy. D'une température moyenne, d'une saveur douce, un peu fade, légèrement nauséeuse pour quelques personnes, elle ne détermine ordinairement pas de chaleur à l'estomac, elle ne porte pas à la tête, mais elle se digère quelquefois avec un peu de difficulté.

Elle se trouve donc naturellement indiquée chez les individus affectés de dyspepsie, de gastralgie, d'entérite chronique, chez tous ceux enfin dont les organes digestifs afifai- -blis ou irritables réclament une médiation locale aussi douce et aussi peu stimulante que possible. Elle n'est pas moins impérieusement indiquée, de quelque maladie qu'il s'agisse, chez les individus disposés aux congestions sanguines ou dont le système nerveux est vivement surexcité.

Mais on se lasse assez facilement de l'usage de cette source. 11 arrive même souvent qu'elle ne semble pas stimuler l'estomac d'une manière suffisante; alors elle parait lourde, provoque des renvois, des nausées même. C'est à la proportion un peu considérable de matière organique qu'elle renferme que Prunelle attribuait la difficulté que l'on éprouve à la digérer. On la remplace quelquefois alors avantageusement par la Grande-Grille, mais surtout par le Puits-Lardy ou la Source de Mesdames, c'est-à-dire par des eaux ferrugineuses. Notre habitude même est, dans la plupart des cas où nous avions cru devoir commencer le traitement par l'eau de YUépital, de le faire régulièrement poursuivre aune source femigineuse. Cest certainement la meilleure pratique dans la dyspepsie en particulier.

La Gnmde-GriUe est plus chaude, plus sapide, plus

stimulante, plus facilement et plus rapidement digérée que Y Hôpital. Elle a la réputation de convenir surtout dans les maladies du foie. Ce qu'il y a de certain, c'est que, sans raison connue et chimiquement appréciable, elle paraît plus active et plus énergique que celle de Y Hôpital. Elle sera donc naturellement préférée toutes les fois que les organes digestifs n'offriront pas de complication réclamant l'eau de l'Jfdpiial, ce qui arrive le plus souvent dans les engorgements simples du foie et les calculs biliaires. Mais aussi nous l'avons vue rappeler immédiatement tous les accidents de la dyspepsie chez des malades qui en avaient obtenu la disparition par l'usage de Y Hôpital.

L'eau de la Grande-Grille sera également préférée chez les individus mous, lymphatiques ou très-débilités, comme dans la cachexie paludéenne ou africaine en particulier, et souvent alors associée à quelque source ferrugineuse. Elle convient surtout merveilleusement aux suites des maladies d'Afrique, de la dysenterie spécialement. Notre ami M. le docteur Finot, médecin principal, a fait, sur ce sujet, le traitement des suites de la dysenterie africaine par l'eau de la Grande- Grille, des observations d'un haut intérêt dans un travail communiqué au ministre de la guerre et inséré dans les Mémoires de médecine militaire.

De ces diverses applications des sources de Vichy, il résulte une physionomie toute particulière de leurs abords, et fort curieuse à observer pour le médecin qui, ignorant de leurs propriétés, chercherait à les deviner sur l'apparence des malades qui les fréquentent.

Autour de Y Hôpital, dont le bassin circulaire, évasé contre toutes les règles de l'hydrologie minérale et recouvert d'une élégante coupole à jour, occupe le milieu d'une jolie place ombragée de platanes, affluent des malades, jeunes pour la

plupart, maigres et pâles, à teint blafard et transparent, quelquefois terne et terreux; leur démarche, souvent pénible et chancelante, est celle des gens épuisés, à moins qu'une sorte de surexcitation nerveuse, d'activité artificielle ne les anime; leur physionomie est inquiète et mobile. On rencontre là beaucoup de jeunes femmes élégantes, des hommes portant sur leurs traits l'empreinte des veilles et du travail, comme les premières du monde et des plaisirs; la plupart des malades de l'Hôpital civil sont là, traînant une apparence languissante et cachectique. Il est facile de reconnaître, sur ces diverses physionomies, le cachet des maladies de l'appareil digestif; elles seules impriment un pareil caractère d'épuisement et d'énervation.

Autour de la Grande-Grille, la physionomie est tout autre; on se croirait transporté au milieu d'une population différente. Ce sont pour la plupart des gens d'un âge mûr; ils se promènent gravement sous les voûtes du vieux Vichy, du Bâtiment du Roi, dont les vieilles pierres se retrouvent encore à cet angle du moderne établissement thermal. Les physionomies ont l'aspect méditatif et concentré, sombre souvent, des maladies de l'appareil hépatique. Les teints reflètent toutes les nuances possibles de l'ictère, depuis la teinte citrine jusqu'au vert bronze le plus foncé. Le bistre du soleil d'Algérie et les teintes blafardes de la cachexie africaine que promènent les malades de l'hôpital militaire impriment encore à ce coin de Vichy un caractère tout particulier. Ici le nom des maladies est inscrit sur les figures et facilite le diagnostic.

Parlons des Célestim. C'est, dit-on, la source des goutteux et des graveleux. Pourquoi? Les raisons de cette réputation de spécificité ne sont pas toutes médicales. Située à une certaine distance de l'établissement thermal et des sources

qui s'y groupent, la source des Célestim coule au bord de l'Allier, au pied d'un rocher perpendiculaire. Une rotonde couverte en chaume abrite le buveur d'eau; près de là, un billard, un petit salon de conversation; devant lui, l'autre rive de l'Allier, toute verdoyante ; à droite, le pont de Vichy, pittoresque comme tous les ponts dans la campagne; à gauche, des montagnes vertes, bleues, azurées suivant qu'elles s'étagent à l'horizon. Là les graveleux et les goutteux surtout vont, par une habitude promptement devenue traditionnelle, s'installer le matin; ils y trouvent cigares, journal et d'ailleurs nombreuse compagnie d'hommes à peu près exclusivement, et boivent, nous dirons tout à l'heure comment. L'agrément du lieu, la fraîcheur, le goût piquant, agréable de l'eau, une réunion de malades qui, par exception, n'engendrent pas la mélancolie, de malades portant la plupart tous les attributs de la plus brillante santé, tout cela sans doute entre pour beaucoup dans le rapport étroit qui s'est établi entre la goutte, la gravelle et la source des Célestins. Pour la plupart de ces malades, les Célestm seuls sont Vichy, et il est fort difficile de leur persuader qu'en faisant usage des eaux de Y Hôpital ou de la Grande-Grille, ils suivent réellement un traitement thermal. Il est certainement tout naturel que la source des Célestins attire, comme les autres sources, une certaine spécialité de malades. Indépendamment des agréments du lieu et de l'excellence de l'eau, il nous a paru que ces eaux agissaient un peu plus directement que les autres sur l'appareil urinaire, et M. le docteur Petit ne paraît pas douter qu'elles ne soient réellement plus actives que les autres dans le traitement de la goutte, comme celles de la Grande -Grille le seraient dans le traitement des maladies du foie.

Mais l'eau des Célesim est éminemment stimulante, et

porte surtout son action excitante sur deux points, les organes urinaires et le cerveau. Elle n'offre donc aucun inconvénient dans les gravelles sans douleur et sans irritation rénale ou vésicale. Mais pour peu qu'il existe des douleurs un peu vives vers la région lombaire, et quelque disposition à la néphrite, ou de la sensibilité vers le col de la vessie, on est exposé à voir son usage exaspérer ces symptômes, déterminer des accidents de néphrite, de cystite, des hématuries, et forcer de suspendre et de cesser les eaux (1); c'est surtout dans les cas de cystite chronique, de catarrhe de vessie, de névrose vésicale, que nous n'avons presque jamais commencé le traitement par l'eau des Célestins sans avoir à le regretter. Mais lorsque, suivant les circonstances, on a mis en usage les eaux de l'Hôpital, de la Grande-Grille ou du Puito-Lardy, toujours à faible dose dans ces dernières affections, on peut alors, avec plus d'avantage et de sécurité, recourir à l'eau des Célestins.

Mais ce qui est plus important encore, c'est la facilité avec laquelle l'usage de cette source peut développer et favoriser la disposition aux congestions cérébrales. Nous pourrions citer beaucoup d'exemples à ce sujet.

Un des savants les plus distingués de l'Angleterre vint à Vichy, il y a cinq ans, atteint de ce que les Anglais appellent gouting dyspepsy, c'est-à-dire goutte vague, chronique, sans accès déterminés, avec légère déformation des doigts, sédiment urique abondant dans l'urine, et enfin un certain degré de dyspepsie. Sir R... avait la face colorée, finement injectée, se plaignait souvent de céphalalgie et d'étourdissements. Lui-même refusa de faire usage de bains, à cause de

(1) L'eau des Célestins, écrivait Prunelle, fait souvent disparaître les coliques néphrétiques ; mais plus souvent elle les ramène.

" la facilité avec laquelle le sang lui portait à la tête. Je lui prescrivis l'eau de l'Hôpital à dose modérée; mais se sentant goutteux, il lui fallait les Célestins, et ses instances furent telles qu'au bout de dix à douze jours, je lui en permis un verre, avec autorisation d'en prendre un second au bout de quelques jours. Dès le lendemain il en but trois. Un instant après ce troisième verre, il rentrait chez lui, chancelant comme un homme ivre, pris de vertiges, d'étourdissements, obligé de s'appuyer sur un bras, le teint animé, les conjonctives injectées, les pieds froids. Du repos, des sinapismes, de l'eau de Sedlitz dissipèrent ces signes de congestion cérébrale. Quelques jours après, je lui conseillai de retourner à la fontaine de Y Hôpital; mais, par une obstination assez commune, il alla boire un verre d'eau aux Célestins, un seul, et les mêmes accidents se reproduisirent. Faut-il ajouter que depuis lors il voulut bien s'en tenir à ma prescription première?

Une pareille susceptibilité n'est sans doute pas ordinaire : cependant de tels exemples montrent combien il faut s observer dans ces traitements en apparence si faciles. Un autre monsieur de Paris, gras, mais d'une faible constitution, et ayant les organes digestifs dans un état d'atonie prononcée, vint à Vichy pour une goutte régulière, dont il ne portait pas de traces actuelles, et une gravelle d'acide urique considérable, rendant des graviers volumineux. 11 crut pouvoir se passer de médecin, et s'en alla tout naturellement aux Célestins, boire de cinq à six verres par jour, sans prendre de bains. Aussitôt survinrent de la céphalalgie et des étourdissements, qui ne firent qu'augmenter, pendant six jours qu'il suivit ce régime. 11 vint alors me trouver, prêt à quitter Vichy. Je lui prescrivis, après quelques jours de repos, de l'eau de V Hôpital et des bains. Rien de semblable ne se

reproduisit plu». Du resta, le» résultats du traitement ont été entièrement favorables dans le premier cas, et si, dans le second, la santé générale ne s'est pas améliorée, la gra« velle a disparu, et la goutte a été fort atténuée. 11 y a cinq ans de cela, et je n'ai pas perdu de vue ces deux malades.

J'ajouterai que le nombre des cas où, pour des raisons de ce genre ou d'autres, j'ai vu des goutteux ou des graveleux suivre leur traitement à d'autres sources qu'aux Célestint, ou ne faire qu'un usage très-restreint de cette dernière, est considérable, et que je n'ai aperçu aucune différence dans les résultats obtenus.

Les eaux à'Hauterive seraient certainement les plus propres à suppléer celle des Çélestins, alors que celle-ci ne peut être utilisée. Malgré une plus forte proportion et de gaz et de principes fixes, nous n'avons jamais vu résulter de leur usage d'accidents analogues à ceux que nous avons précédemment signalés. En outre elles sont merveilleusement di« gestives, si je puis ainsi dire, c'est-à-dire que dans les condition» organiques les plus variées elles se trouvent parfaitement tolérées, alors que les autres sources sont difficilement supportées, ou ne produisent que des résultats peu satisfaisants. Elles ne présentent donc pas précisément d'ap plications spéciales parmi les différentes sources de Vicby, mais elles sont beaucoup plus généralement applicables qu'aucune d'elles aux différents genres ou individualités pathologiques qui se rassemblent ici, et réunissent ainsi par excellence les propriétés et les applications thérapeutiques de l'eau de Vichy.

Je n'insisterai pas sur le parti spécial que l'on peut tirer de la source lardy ou de la source de Mesdames. Ces sources ferrugineuses sont surtout utiles aux enfants, aux femmes, à la suite des fièvres intermittentes, enfin dans tous les cas

où les ferrugineux peuvent être indiqués. Noui ayons signalé leur utilité dans la plupart des cas de dyspepsie, alors même qu'il ne parait pas exister d'indication spéciale des ferrugineux.

Un mot encore sur la source Charnel, dont nous ayons indiqué précédemment la température élevée et les propriétés spéciales. Cette eau renferme un peu d'hydrogène sulfuré {eau sulfureuse accidentelle) qu'elle perd promptement, mais que Ton y rencontre si on la boit dès qu'elle est puisée. Cette source est peut-être moins excitante encore que celle de Y Hôpital; aussi convient-elle aux personnes très-délicates, très-susceptibles, à celles surtout dont l'appareil respiratoire présente quelque complication qui n'ait pas paru contre-indiquer formellement le traitement thermal; ainsi enrouement, toux, dyspnée, palpitations, imminence de tubercules, catarrhes, etc. Une source bien connue, mais non encore exploitée, la source de Vaisse, intermittente, présente une apparence bitumineuse qui pourra la rendre, dans les cas de ce genre, préférable à la source Chomel : nous nous promettons de la soumettre à de prochaines observations. Les intermittences irrégulières de la source du Pare ne nous ont pas encore permis, en dépit de plusieurs tentatives, d'en étudier les propriétés spéciales.

Nous venons d'ébaucher rapidement et très-incomplétement l'histoire pratique de chacune de ces sources. On doit cependant se faire une idée de la manière dont le médecin de Vichy peut être guidé dans le choix de l'eau spéciale à prescrire. Mais si nous voulions ajouter ici le chapitre des idiosyncrasies, nous n'en verrions pas la fin. Ici comme dans toutes les thérapeutiques, il est des individus qui ressentent les effets des remèdes à l'inverse des autres. 11 faut savoir ne pas résister à ces individualités. Et puis on rencontre des cas

difficiles de vomissements, de névrose abdominale, d'atonie générale, etc., où l'on arrive très-difficilement à formuler le traitement le plus convenable. Il faut tâtonner, essayer, et souvent alors on se trouve fort embarrassé pour choisir entre ces deux alternatives : abandonner un traitement dont les effets ne paraissent pas devoir justifier les prévisions, ou bien insister sur de nouvelles combinaisons, pour essayer d'en tirer enfin quelque parti favorable.

Après avoir choisi la source, il faut indiquer la quantité d'eau à boire. Ceci est moins difficile, mais non moins important. Nous rencontrons à ce sujet des pratiques fort différentes. Les eaux de Vichy se prenaient, il y a quelques années, à des doses très-élevées. On procédait habituellement par huit ou dix verres par jour; de quinze à vingt étaient les doses habituelles; on atteignait quelquefois la trentaine, et des chiffres fabuleux pourraient encore être cités. Nous croyons que ces derniers excès n'ont jamais été consentis par aucun médecin, mais ils trouvent une sorte d'encouragement dans la libéralité des prescriptions médicales. Aujourd'hui encore, de douze à quinze verres, et même de vingt à vingt-cinq par jour, sont journellement prescrits aux goutteux. Un verre d'eau à Vichy représente en moyenne 250 grammes; douze verres, trois litres ou 15 grammes de bicarbonate de soude; vingt-quatre verres, six litres ou 30 grammes de ce sel.

Le moindre inconvénient de ces doses élevées serait d'être inutiles, car de pareilles proportions de substances miné* raies ne sauraient être introduites impunément dans l'économie, si elles ne devaient rencontrer des voies naturelles d'élimination. Aussi, même dans les cas d'abus le plus flagrant, n'observe-t-on guère à Vichy, ou à la suite du traitement de Vichy, de ces phénomènes de cachexie alcaline

que Cullen avait signalés, et que M. Trousseau et M. Magendie ont rencontrés. Mais ces doses, trop élevées, fatiguent les voies digestives, l'appareil urinaire, y développent de l'irritation, exagèrent les symptômes des maladies existantes, disposent aux hypérémies actives, surexcitent à un haut degré le système nerveux cérébral et sympathique, et souvent occasionnent des accidents fébriles.

Pour nous, nous procédons, au contraire, systématiquement par doses très-graduelles, et définitivement peu élevées. Nous commençons toujours par un ou deux verres au plus dans la journée, en augmentant d'un par jour, jusqu'à cinq ou six, dose que nous dépassons rarement. Pour peu qu'il y ait de susceptibilité dans l'appareil digestif ou du système nerveux général, nous ne prescrivons que des moitiés ou des quarts de verre.

L'eau minérale a souvent encore besoin d'être mitigée par de l'eau de gomme, une infusion quelconque, du lait, du sirop : tout cela rentre dans ces nécessités de la pratique qu'il est fort - difficile de formuler d'avance, mais auxquelles on apprend aisément à satisfaire, avec un peu d'expérience, et surtout avec un peu d'attention. Beaucoup de personnes encore, des femmes surtout, sont désagréablement impressionnées par l'acide carbonique que certaines sources développent en grande quantité, la source Lardy en particulier; elles ressentent à l'instant des phénomènes divers très-prononcés, passagers, il est vrai, et sans gravité par eux-mêmes, mais qu'il ne faudrait cependant pas négliger absolument. On réussit presque toujours à les prévenir, en attendant pendant quelques minutes, avant de boire, que l'excès de gaz se soit dégagé.

En procédant avec toutes ces précautions, il est extrêmement rare que les malades viennent à souffrir du traitement

lui-même, et ils peuvent toujours s'arrêter où il faut, sans avoir à revenir sur les prescriptions passées, ce qui ne touche pas moins à l'intérêt du médecin qu'à celui du malade; iic enim artiê honori et medici famœ consulitwr.

Il nous est arrivé, du reste, plus d'une fois, pour cette question de doses, de nous guider d'après une sorte d'instinct des malades, autant que d'après notre propre expérience, n est inutile d'insister sur ce que, toutes choses égales d'ailleurs, il y aurait des inconvénients à prescrire les mêmes quantités à des malades qui boiraient avec dégoût et répugnance, qu'à ceux qui le font avec plaisir. Mais nous faisons allusion surtout à une avidité toute particulière que certains malades témoignent pour l'eau de Vichy, et qu'il faut souvent considérer comme une sensation vraie et digne d'attention. Ces malades offrent en général une tolérance remarquable pour des doses un peu élevées d'eau minérale. 11 est bien entendu qu'il faut savoir résister à cet entraînement s'il se rencontre quelque contre-indication. U faut aussi s'assurer que Ton ait affaire à des malades 'qui sachent s'observer avec intelligence et sincérité : car si l'on écoutait la plupart des habitués des Célestins, c'est par litres qu'il faudrait les abreuver.

-c^gf\yg\g v e^^

Page 1