AUX LECTEURS
histoire contemporaine instruit plus directement, mais elle combat des passions et des opinions encore vivantes. Peut-elle se flatter d' arracher du cœur d'injustes préventions, ou du moins d'en diminuer la violence si elle ne peut détruire leur pouvoir? Mais, d'ailleurs, comment ne pas braver les traits irrités des contemporains, quand il s'agit des destinées de la patrie?
Ainsi , je publie ces lettres qui présentent les faits dans leur suite ou leur simultanéité , avec la couleur du temps où elles ont été dictées. Je n'y ai ajouté , en les publiant , que ceux qui se sont vérifiés après qu' elles avaient été écrites. Je ne livre pas à la publicité celles que j' ai adressées aux Italiens les plus distingués dans les lettres, les sciences et la politique , parce que l' usage des partis n' a jamais été d'épargner les vaiûcus. Je crois qu'on y trouvera un ample sujet de méditations, et qu'on y puisera d'utiles
enseignements. Que deviendrait l'histoire sans cela? Elle perdrait sa dignité en même temps que son utilité. S'il m'est impossible de me défendre de cette passion qui s'indigne contre le crime et proteste contre la fortune , même en étant partial j'espère n'être jamais injuste. Mes lettres exposeront la vérité , rien que la vérité, et si j'ai montré parfois trop de sévérité, c'est que je cédais à un abandon qui prenait son origine dans le sentiment même de l'amour national.