‹ Lettres napolitainesChapitre 27 sur 27 · L'AVENIR · texte numérisé non relu

L'AVENIR

AU MÊME

Milordy

Les paroles solennelles d' un ministre de la reine d'Angleterre révêtent le plus souvent une forte apparence de décision irrévocable qui peut, au besoin , être soutenue de toutes les forces de la puissance anglaise. Ainsi , les doutes exprimés au sujet de la restauration des princes italiens auraient ébranlé et fortement ' troublé Tesprit de tout ce qu' il y a en Italie d âmes honnêtes et vraiment patriotiques, si le haut sens politique de Y. G., Milord, et les traditions glorieuses de votre famille ne démontraient clairement que vos doutes étaient engendrés moins par une défiance naturelle envers les princes dépossédés que par une sollicitude généreuse pour les destinées futures des peuples italiens.

Mais les malheurs de Y Italie et principalement du royaume de Naples ont désormais tellement identifié le sort des peuples avec celui de leurs souverains, qu'il n'est plus possible de les séparer, la rédemption des uns étant étroitement liée à la restauration des autres.

En ce qui regarde le royaume de Naples, V. G. , en exprimant ses doutes , croit-elle par hasai:d qu' ils ont été la cause et non le prétexte d'une révolution qui , comme toujours , fut l'ouvrage d'un petit nombre et le sacrifice de tous ? A l'appui de ce prétexte servirent quelques souvenirs historiques ; la révolution aimait

à troayer quelque ressemblance entre la dynastie de Bourbon et la race d* Aragon , et à espérer que le Roi François II irait terniiner ses jours dans l'exil comme le dernier Frédéric. Msus ces souvenirs atteignent-ils directement et seulement les souverains de la maison de Naples? Les circonstances se ressemblent, mais elle ne sont pas pour cela toujours les mêmes : je crois que personne , la main sur la conscience , n'a le droit de jeter la première pierre aux souverains des Deux-Siciies.

La constituti<» de 1812, Milord, fut accordée à la Sicile, grâce aux bons offices de rAngleterre. Mais Y. G. se rappelle les principes qui prévalurent ensuite au Congrès de Vienne. Elle n'a pas oublié que, lorqu'on- publia, en 1817, une nouvelle constitution de r île , rAngleterre, à qui elle fut communiquée par Tentremise de Sir W. A. Court, se borna à reconunander ceux qui , en 1812 , s'étaient montrés partisans de la cause britannique. La révolution de 1820 fut condamnée p^ l' Europe réunie en Congrès ; en présence des révolutions militaires d' Espagne et de Portugal , Y Europe ne pouvait pas être indulgente envers la révolution politique de Naples également l'œuvre de prétoriens. L'Angleterre ne protesta pas alors ; elle ne soutint pas le nouvel ordre de choses de Naples. Au contraire, précisément alors, lord Castelreagh déclara que l'Angleterre avait été fauteur et non garante de la constitution sicilienne de 1812. L'Angleterre ne faisait pas entendre à cette époque les flers accents qui retentirent deux ans plus tard lors de l' invasion de l' Espagne , et ne se permit aucun acte menaçant comme elle fit quelques années après lors de la défense du Portugal. Le souverain et les peuples des Deux-Siciles furent abandonnés à l'arbitrage suprême de l' Europe.

Il n'est pas nécessaire de faire appel à la haute intelligence de Y. G. pour établir une difierence entre Canning et Castelreagh. Quant aux vicissitudes du royaume de Na(^les en 1848, malgré toutes les grandes luttes contemporaines , il n'est donné à aucune sagesse politique d'éclairer encore le monde. Mais les événements qui , depuis deux ans , se succèdent en Italie , indiquent assez clairement quelle eût été la destinée de la dynastie de

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fiouPbta si la rêvelMlon était sortie triomphaDtQ 4tt bartlti&âeti. Cepencteût V. 6. tondra bien omsidérer cpié )e statut de 1848, iitalgrô les iBgratitudës babituelles de la révôlaticm, fie fat janais abolie comme cela est arrivé pilleurs.

V. 6. doute-t^elle encore des spoliations , des eitactionsi des Tesatlons, des viotences et des crimes de tente nature qui se commettenl dans les Deui-Sicdles? DoQte4-elle qn*on insuUe aux sentiments religieux, que la morale y Soit tournée en deil^on^ qa'on détruise ieê leis, que la liberté individuelle, la liberté du domicile et celle des tribunaux soient le jouet et la risée 4e dominateurs sans pudeur et sans frein ? Je ne saurais vous dtS£imul^> Mîlord , le profond étomiement que j'éprouve en voyant quetiles foits qui se renouvellent chaque jour, dont des milliers d'Anglais sont témoins, que r Italie entière déplore, que la presse périodique dénonce et dont le parlement Italien lui-même confirme Y existence, ne sont révoqués en doute que dans les salles de Westminster. Y. 6. n'admet-elle pas rexistence de la guerre civile dans les Deux-Siciles ? Je prends la liberté de lui dire qu'il n'y a qu' elle, dans tout Londres , qui en doute. Ces hommes en armes qui se battent en prenant le nom de François II pour cri de gtierre , les rigueurs des proconsuls piémontais, les violences des troupes sardes, qui surpassent ce que l'histoire nous raconte de plus horrible, le sang versé, les essements qut btoichissent sur le sol napolitain^., tout cela, Milord, ne provoquera441 jamais en vous un autre s^timent que Tîncrédulité? Le Cabinet de S. lames a toujours été très exactement informé de tout ce qui se passe aux ccdns \es plus reculés du monde. . . Gommefift se fait-il donc que les cris de douleur, le bruit des ^éoutînns, du sac et de Y incendie, la voix désespérée de tout un peuple ruiné et opprimé n' aient pu, depuis bientôt dix-huit mois, pénétrer Ams les salons du Forrign-Office? V. G. n' à qu'à vouloir, et les infortumes des Deux-Siciles ne seront plus un mystère pour elle... Et alors, un Russel, ^ Milord , ne croira plus que la meilleure lilyerté soit œUe dont on a gratifié une si belle et ai^Mrd' M si malheureuse partie de V Italie,

V. Cr. tAtTMtorft dorg, feu lUte o^nvtfnca, le vcra qd'ëRè à émis tMtM là iMtaaratton des tirinces Itdie&s.

?. 6. doute que, la restattraUen acoeiD|)lte, les InsHlMkÉfl 11bértdes tHjà accordées soient censervées, comme si r Angleterre ne detadt, cm e&is de restauration, peser en quelque màiâère Mr les desRflS ^e 1* Italie et cbneéqiieiMneiit sur le royaume éè Nkples. L'Angleterre dftrdierait-elle iMn d' ^e^ttême \m garaKBes ifA Trouvent fidre e«eottpllr les pnmeâses des princes ?

François II, jeune encore, a déjà rempli le monde du Irrrtt de sa ¥eM»nmée : son caractère clietideresque et a valeur sont, Mihtéi eoffbre au dessous de son sens poUtique , de sa maturité et de son religieux amour de ses peuples. Voilà des tertus quepeu^ vent attester tous ceux qui l'approchent, surtout depuis qu'H mène ttne vie i^ retirée. Quand !l affrontait les hasards des batailles et d'un siégé glorieux, il combattait plus pout l' Indépendduce de son royaume que pour les intérêts de sa couronne. Il a su se montrer tt>i, jusques dans sa chute. T. 6. admettra-t-eUe qu'un jeune souverain, couvert d' une gloire impérissable , veuille jeter au vents Ibes promesses, ternir son honneur, justifier les défimces qui ont servi de pràlexte à la révolution et s' exposer à entendre les imprécations succéder aux hymnes d*amour, lui qui n* ignore pas que les peuples passent si vite du komnnâh au mim/l^e? y. a. mippose^tcÂle qu'on puisse démentir des promesses publiées i plttsieurs reprises, manquer à des assurances données toatetes fMs aux csUinels de l'Europe et s' exposer ainsi à ne trouver, en tas de guert^ ou de boiâeversements ftilurs, ni assistance, ni aK Ifêst V. 6. croit-elle que ^ roi François H, après tant de douleurs imméritées, s'estimerait en sûreté, à l'extrémité de l'Italie, avec une fohne de gouvernement autre que celle de presque tous les Etats d' Europe, se cmirait capable de brav^, au sein «T un royaume qU comprend T He la plus vaste de la Méditerranée et un hltoful de VW teilles de développement, les trames et les assMtts (àbirs de la rivoltation Y

Cette révolution^ étoUÏÏèe à ^fcqAei, n'en serpenterait pas nioins

dttks lee wtMffles de rSuropé ^ ue nous «n menaècerait pas m»^^

Parce que la restauration serait accomplie , les hostilités occultes de tel ou tel Potentat, les menées, la conyoitise des ambrions étrangères cesseraient-elles par hasard ? Ne recommQnceraientelles pas à souffler sur les cendres encoiçe chaudes d'un incendie qui a duré pendjant des annés , et qui a déjà tout dévoré, foi , croyances et honneur? Comment empêcher le mécontentement des populations trompées dans leur attente de s'ouvrir de nouvelles voies , et de causer un nouvel et plus épouvantable embrasement?

Toutes les restaurations, Milord,; eurent toujours pour api^ui ou les armes disciplinées de Y intérieur» ou les armées étrangères qui leur donnèrent la facilité et le temps de se former et de se conr solider. Y. G. ne croit certainement pas que la restauration aurait pur pr^dre racine sur le sol britannique sans Monk et ses troupes. La révolution de 1688 ne dut-elle pas s'appuyer sur les bandes Mlandaises? La première restauration espagnole et la restauration portugaise ne trouvèrent-elles pas des armées régulières et les armes anglaises pour les soutenir? La seconde restauration espagnole ne se fit-elie pas sous la protection de l'armée française? Et pourtant à quels dangers et à combien de vicissitudes ne furent-elles pas exposées! Or, une fois, la restauration napolitaine accomplie par un effort généreux des peuples, que feràit-«lle sans ordre civil , sans finances , sans marine , sans armée , sans, ressources, si l'affecUon des peuples ne lui venait en ajde ? Peut-op supposer qu' au milieu d'uqe œuvre si difiçile et si longue, on augmente à plaisir les difficultés et les périls, en laissant les peuples impatients de frein, frémissant de coière les uns contrç les autres et libres de recourir aux armes? Gomment d'ailleurs les contenir sains armes et quand on à lutter contre l' opinion publique , force si poissante au sortir d'une révolution ?

La restauration arrivera-t-elle, Milord, par V intervention des armées étrangères , l' Europe se croyant en devoir de faire cesser les scènes de carnage qui désolent , depuis deux ans , notre patrie? Alors ce sera l'Europe qui devra réiablir l'ordre en Itsdie. Et quelle net sera pas Tautoiité de l'Angleterre dans les conseils

de l'Earope et dans cem: de Naples, où eOe a eu depuis longtemps une si grande prépondérance ? Si la restauration n' a pas lieu simultanément dans les deux parties du royaume, l'une ne cédera évidemmenl qu'après avoir vu se réaliser dans l'autre les promesses &ite à la nation ? Et la partie qui persistera dans la résistance ne se prévaudra-t-dle pas alors des armes piémontaises pour rendre impossibles l'ordre^ la paix et la stabilité du gouverjïemeai dans la partie soumise ? £ssayera-t-on de soumettre celle là par les troupes organisées dans celle-ci ? En admettant que rSun^ y consente , combien d' années ne s' écouleraient-eUes pas avant que le pouvoir eût une marine et une armée assez fortes pour une telle entreprise ? La restauration, enfin, s'cITectuera-t-elle par la populace agitée et furieuse? L'Europe serait alors con^ damnée à voir, malgré la magnanimité des princes, se renouveler les bouleversements du siècle dernier en Italie et plus tard dans la péninsule espagnole. Mais ce ne sera jamais par ce moyen, Milord , que Y unité italienne , impossible par la difiêrence des races, des caractères, des usages, des croyances et de l'histoire, se fondera; et moins encore procurera-t-on à lltalie cette liberté, dont Y. 6. est le défenseur, et dont elle a puisé la conviction dans les traditions et jusque dans le martyre de sa fiunille.

Telles sont les raisons principales qui ne permettent pas de se défier des princes dépossédés. Mais François II, par sens politique autant que par bonté d'àme, est convaincu que la concession d' un gouvernement constitutionnel et représentatif pourra seule, quand le moment en sera arrivé , rendre à ses peuples la psdx , la prospérité , la grandeur dont ils sont si misérablement déchus. Il est superflu de parler de pardon, d'oubli : il a déjà tout pardonné , tout oublié, car la magnanimité domine , chez lui , toutes les autres vertus. U accueillera tout le monde, que ses peuples en soient convaincus , de quelque part qu' on vienne, pourvu qu'on vienne à lui sincèrement, qu'on se serre autour de lui dans le but sacré du remédier aux maux immenses et aux misères infinies de la patrie commune. C'est ainsi que , grâce aux efforts de tous, il espère inaugurer une ère de tranquillité, de prospérité, de splen-

deur fticôimm Auparavant. Pour des princes qui ont V honneur de descendre d^Henri IV, Ifilord, ce sera étemelleinent un grand exemple que céhli de Loris XYDI octroyant à la France VOrdonnance de S. Ouen , au sein des années étrangères , et la maintenant dans toute sa teneur ^ malgré les revers de Waterloo.

Telles sont , Milord , les convictions profondes d' nn homme qui vil, èepuis bientôt deux ans, aux côtés du Roi. Passionné, par amour ée ma patrie, pour le régime constitutionnel, je m'en suis toujours montré le plus chaud défenseur, parce que je le crois seul capable de Aonn&r une base solide aux destinées des Deux*- Siciles. me semble, si je ne me trompe, que je n'ai épargné, dans ces derniers temps, n! sacrifices, ni peines pour amener à cette institution. Quand un poste éclatant m' a été ofiert, ce n'était plus une dignité, un commandement, mais un péril glorieux, et voilà pourquoi je Tiai accepté et gardé. Mes cheveux blancs me donnent le droit d'être cru , Milord, et j' ai la conviction que les promesses du Roi seront religieusement maintenues ; le passé étant r école de l' avenir, j' espère que nos infortunes même auront été pour nous une cause féconde de prospérités que nous envieront les autres peuples.

Je vous prie de croire, Milord, au profond respect avec lequel je suis.

Dé Y. G. le très obéissant et très humWè serviteur ,

Rome, le 28 mars 1862.

1% MitlQUIS PIERRE G. ULLOA.

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