PÉTITION DES FEMMES A L’ASSEMBLEE NATIONALE
Représentai d’un peuple qui n’est plus asservi , nous venons partager vos regrets sur la mort du vertueux maire d’Etampes ; notre sexe , trop foibîe pour vous égaler en courage , mais aussi , plus sensible à votre perte quand vous succombés sous les fers des meurtriers , embrasse , avec transport , les monumens que vous élevez à la gloire des victimes du patriotisme. Simonneau est mort à son poste , martir de la loi, du véritable honneur. Cet assass;nat atroce nous livre à des larmes éternelles : qu’il nous soit permis , messieurs , d’assister à sa pompe funèbre ; mais que d^s-je , pompe funèbre ï ce sera le triomphe de la loi. Vous lui avez vousmêmes imprimé ce sacré caractère, nous devons donc tâcher d*y marquer en même temps , et les regrets que nous avons de la perte de ce vertueux magistrat, et du courage que doit exciter son triomphe , que toutes les femmes , couvertes de crêpes , précédent le sarcophage , et qu’une bannière , où sera représenté l’action héroïque de ce grand homme , avec cette inscription : A Simonneau , maire cP Etampes , les femmes rec jlnoissantesy soit déposée par elles , en sa mémoire , au Panthéon Français.
Législateurs , si la porte du champ de Mars nous «st fermée , souvenez-vous que chez les peuples les
plus fameux , s’étoient les femmes qui cowonno.en* les héros, et <fui assistaient à la pompe funèbre de ceux qui mouroient , les armes à la main , pour la défense de la pairie. La Grèce avoit des sages , Ja France à des philosophes et des hommes libres } ouvrez-nous la barrière de l’honneur, et nous von» montrerons le chemin de toutes les vertus.
Les femmes , à la télé de ce cortège national , confondront les partis destructeurs , et .les factieux frémiront.
Ce tableau intéressant apprendra à tous les peuples que les françaises sont dignes de marcher à côté des romaines ; Lissez-nous jetter des fleurs et brftler des parfums à cette apothéose. Voila, messieurs , e voeu des françaises régénérées, et qui veulent mourir , ou vivre libres 5 nous le jurons.
Cortège des dames françaises pour lafcte du triomphe de la loi , et V encouragement au champ d» Bellonne .
Une bannière, â laquelle flotteront des rubans tricolores, que tiendront de jeunes personnes , ouvrira la marche ; elle sera portée par une femme vêtue dans le costume suivant : entourée de cent leunes femmes , qui porteront des corb eilles de fleurs et de pages remplis de parfums. Une couronne civique p
soutenue par des guirlandes de fleurs , sera portée par une jeune demoiselle 9 et entourée d’un grand nombre de personnes de son âge.
Une autre grouppe de femmes portera trois couronnes de lauriers , entrelacées de mirtlie , suspendues à une branche de laurier , et soutenues par la Renommée , qui tiendra à sa main cette inscription : Aux trois généraux , défenseurs de la liberté , s'ils méritent . Ensuite les veuves entoureront le sarcophage. Le cortège marchera sur deux colonnes.
Les jeunes demoiselles seront vêtues de blanc 9 voile de linon , couronne blanche , ceinture et souliers blancs.
Les femmes mariées , robe blanche , voile noir ? Couronne de roses , ceinture tricolore.
Si le pouvoir exécutif accepte les vœux des femmes ) et qu’il charge le département des détails de cette fête , je lui proposerai d’inviter les dames des spectacles de Paris. Ce sont elles qui connoissent la régularité du costume. Cette régularité imprimera à cette auguste cérémonie l’appareil imposant et tout l’intérêt dont elle est susceptible. Ce spectacle neuf , simple et majestueux à-là-fois , ne paraitroit-il pas devoir être embelli du charme de quelque chant martial ? Un chœur exécuté par les femme* artistes dramatiques de l’opéra , de la comédie italienne , du théâtre de la rue du Feydeau , ect, 3 sur l’autel de la pa-
trie , dans lequel on invoqueroit le Dieu Mars à la défense de la liberté , produiroit , sans doute , un effet qui porteroit à l’ame le feu du plus pur civisme , calmerait les passions factieuses , et rapprocberoit ainsi les partis divisés. Une sensation belliqueuse doit enivrer nos jeunes guerriers ; cette sensation, produite par la beauté , en sera d’autant plus rédoutable , qu'il n’y a pas un Français qui ne combatte pour sa patrie et pour sa dame.
Les momens sont précieux 5 il faudroit donc que les poètes et les musiciens des deux sexes y s’empressasent , sur-le-champ , de la composition du morceau de poésie et de musique que doit consacrer les vœux de la nation a cette fete metnora» ble.
Si le temps ne permet point de remplir cet objet , ne pourroit-on pas employer des paroles et de la musique connue ? je me rappelle à ce sujet les premiers vers du chœur d’un opéra qui fut représenté , il y a dix à douze ans , a la comedie Italienne , et dont la musique de M. Gretry , d'un effet vraiment pittoresque et tout - à - fait analogue aux sons guerriers et mélodieux d une fete telle que celle qui doit être exécutée dans la circonstance mémorable. Je me suis permis de parodier Ls quatre premiers vers , mais de crainte de ne pas arriver à mon but , je me suis arrête à la moitié du chemin j et voici la strophe.
Air : Dieu d'amour en ce jour , etc .
O Dieu Mars ,
Tes hasards
N’ont rien qui nous épouvante ;
Et nos droits ,
Et nos lois ^
Guideront nos exploits.
On peut encore ajouter à ce cortège des emblèmes plus intéressans et plus imposans. Une femme , sous le costume de la liberté , telle que la dépeint M. David dans son tableau , seroit à la tête du peuple qui ouvriroit la première marche.
Ensuite viendroit Bellone avec son costume guerrier à la tête de la garde nationale.
Troisièmement une femme qui représenterait la justice , seroit à la tête du. département et de la municipalité qui piécéderoit le sarcophage.
Quatrièmement , on verroit arriver la France à la tête de l’assemblée nationale , et si le roi , avec le président de l’assemblée pouvoient être à ses côtés , cette cérémonie deviendroit la première du monde.
Mon enthousiasme me porte peut - être trop loin pour cette fête; le deuil doit s’y marquer, mais elle doit aussi nous laisser l’espérance de la victoire et la «•rtitude de célébrer sous peu le triomphe de la patrie*
lettre al président dl CLUB des