‹ Lettres, opuscules et mémoires de Madame Périer et de Jacqueline, soeurs de Pascal, et de Marguerite Perier, sa nièceChapitre 24 sur 97 · APOSTILLE DE LA MAIN DE PASCAL · texte numérisé non relu

APOSTILLE DE LA MAIN DE PASCAL

J'ajouterai à ce que dessus qu'avant-hier, au petit coucher du roi, une batterie dangereuse fut entreprise contre nous par deux personnes de la cour, les plus élevées en qualité et en esprit, et qui allait à la ruiner en la tournant en ridicule, et qui eût donné lieu d'entrepVendre tout; mais le roi y répondit si obligeamment et si sèchement pour la beauté de l'affaire et pour nous, qu'on rengaina promptement. Je n'ai plus de papier. Adieu ; je suis tout à vous.

LETTRE DE MADAME PERIER A M. VALLANT '

2S août 65.

Si je ne jugeais de la bonne volonté que par les pa-

' MSS. (le la Bibl. loy. Résidu de Saint^Cermain; portefevillet Vallant.

rôles, votre long silence, monsieur, m'aurait fait craindre que vous n'eussiez diminué quelque chose de celle que vous m'avez fait l'honneur de me témoigner jusques ici, mais comme j'en ai jugé par les effets et que j'ai su les soins continuels que vous avez pris de mes enfants, je vous assure, monsieur, que je ne vous ai accusé ni de paresse, ni d'ouhli, et que j'ai seulement murmuré contre les continuelles occupations qui me privaient de la consolation de recevoir de vos nouvelles. J'ai bien de la douleur de ce qu'ayant manqué de vous rendre grâces de toutes vos bontés aussi souvent que je le devais, je n'ai point d'occasion de vous témoigner par mes services que j'en ai toute la reconnaissance imaginable; et qu'ainsi vous avez lieu d'en douter. En vérité, monsieur, vous me feriez injustice, et je vous crois trop équitable pour appréhender cela. Il y a quelque temps que je pris la liberté de vous écrire en faveur de M. Lecomte, mais il ne m'a point mandé ce qu'il a fait de ma lettre ; cependant je n'ai point témoigné à madame la marquise * l'obligation que je lui ai d'une grâce qu'elle lui a possible faite à ma considération , parce que je l'ignore. C'est une faute bien grande et de laquelle je vous supplie, monsieur, de lui faire mes excuses, s'il y a lieu de cela. Au reste, je ne puis m'empêcher de me plaindre de ce que votre lettre finit si court, ni de vous demander des nouvelles particulières de toute la maison, de la santé de mademoiselle de Chalais, si la sœur Catherine est toujours des vôtres, si madame Anne est

» Madame de Sablé.

mariée et si Madame a quelque fille auprès d*elle à sa place qui lui soit agréable. Je suis tout à fait fâchée de ce que vous n'avez pas pu voir notre première présidente dans son mal, car je m'imagine que vous eussiez mieux remontré que tous les autres , aussi bien que M. Laporte qui a toujours dit que ce n'était point un cancer. Et, en effet, il me semblait qu'on était bien prompt à lui donner ce nom, car il n'y avait que douze jours qu'elle sentait du mal lorsqu'on fît une consultation en cette ville, où tous les médecins et chirurgiens dirent que c'était un véritable cancer, à la réserve de M. Laporte et d'un chirurgien qui soutinrent que ce n'en était pas, ou pour le moins quand c'en serait qu'on ne le pourrait pas si tôt connaître ; et il me semblait qu'ils appuyaient leur sentiment sur de bonnes raisons. Cependant tous les médecins et chirurgiens de Paris en ont eu un contraire, et se sont trompés. Je n'ai pu m'empêcherde croire qu'ils avaient l'esprit si plein du mal de la reine, que tout leur paraissait cancer. Et il me semblait que vous regarderiez les choses si exactement que vous en jugeriez mieux que les autres, et M. Laporte aurait été bien aise que son opinion eût été appuyée de la vôtre, car il a une estime toute particulière pour vous. Il vous salue très-humblement, et M. Domat, M. Perier et madame Baudouin. Margot Domat a été à l'extrémité de la petite vérole ; mais elle en est revenue. M. Guerrier nous mande toutes les obligations qu'il vous a. Je vous prie de croire que j'y prends une très-grande part. J'avais oublié de vous faire les recommandations de nos petits garçons et d'Anne, qui

a plus de pratique ici que les meilleurs chirurgiens. Je suis, monsieur, votre très-obéissante servante,

G. Pascal.

LETTRE DE MADAME PERIER A M. BEURRIER, CURÉ DE SAINT-ÉTIENNE-DU-MONT '.

Monsieur,

Si je n'avais tout sujet de croire que vous êtes persuadé du profond respect que j*ai pour vouS; et de la reconnaissance que je conserve des obligations sensibles que nous vous avons, je n oserais pas prendre la liberté de vous écrire en cette occasion. C'est, monsieur, sur le sujet de Tentretien que vous avez eu avec M. l'ai*chevêque de Paris, touchant la disposition de feu mon frère sur les contestations présentes. Je ne suis pas surprise, monsieur, de ce que mon frère vous ayant témoigné qu'il était mal satisfait de la conduite de MM. de P.-R., vous en ayez conclu qu'il n'approuvait pas leur doctrine ; tous ceux à qui il a fait le même discours qu'à vous, et qui ne savaient pas ce qui le portait à en parler de la sorte, en ont fait un pareil jugement.

Cela m'oblige, monsieur, de vous éclaircir de la vérité de toutes choses. Mon frère a toujours eu une estime très-particulière pour ces messieurs ; il les a toujours regardés comme des personnes non-seulement très-catholiques, mais encore tout à fait zélées pour la défense des principales vérités de la morale et de la foi, et il est toujours demeuré parfaitement uni avec eux

' I" Recueil MS. du P. Guerrier, pag. cxvîu.

jusqu'au mois denoverabre de l'année 1661, que les religieuses ayant signé le second mandement de MM. les grands vicaires avec une restriction, mon frère trouva qu'elle n'était pas assez claire, parce qu'elles n'y avaient pas mis en termes exprès qu'elles ne condamnaient pas le sens de Jansénius, ou la grâce efficace, ce qu'il voyait être la même chose, et ces messieurs soutenant qu'il n'était pas nécessaire de faire cette exception. La diversité de leurs sentiments en cette rencontre produisit entre eux une contestation qui alla si avant, qu'il y eut des écrits de part et d'autre ; dont je ne vous puis rapporter autre chose, sinon que tous ceux qui furent faits par mon frère se réduisaient à ce point : que quiconque est persuadé que le sens de Jansénius et la grâce efficace sont la même chose, ne peut, en conscience, signer la condamnation de Jansénius, parce que cette condamnation enferme celle de la grâce efficace. Et ces messieurs s'étant toujours tenus fermes dans leur première pensée, qu'il n'était pas nécessaire de s'expliquer là-dessus, mon frère en fut extrêmement touché; et comme il avait un amour et un zèle extraordinaire pour la vérité et pour la sincérité, il ne put s'empêcher de s'en plaindre à tous ses amis ; et il se servait même de paroles si fortes, comme de dire qu'il s'étaitengagé si avant dans les affaires de ces messieurs, et autres discours semblables, que cela faisait croire à ceux à qui il en parlait toute autre chose que ce qu'il voulait dire. Cependant il est certain, et il est aisé de le juger par le récit que je viens de faire du sujet de leur différend, qu'il n'a jamais douté de la sincérité de leur foi, et ne les a ja-

mais soupçonnés d'aucune erreur contre la foi ; mais qu'il a cru que la tendresse qu'ils avaient pour les religieuses de P.-R., et la crainte' de les voir exposées à tous les périls dont on les menaçait les portaient à consentir à ces tempéraments pour sauver la maison.

Voilà, monsieur, le véritable sujet des plaintes que mon frère a faites contre ces messieurs. Vous savez que je n'ai plus en cela d'autre intérêt que celui de la vérité, puisque ma sœur, qui était religieuse, est morte il y a quatre ans, et que mes filles, qui n'y étaient que pensionnaires, en sont sorties avec toutes les autres ; d'ailleurs, monsieur, je crois qu'ayant l'honneur d'être connue de vous autant que je le suis, vous me faites bien la justice de croire que je ne suis pas capable d'avancer un fait de cette importance contre la vérité. Il y a cent personnes d'honneur, et de toutes les conditions, qui peuvent vous dire la même chose; et je suis certaine que la sœur Flavie même, qui me connaît et qui a su tous les sentiments de mon frère pendant ce différend, ayant lu une partie des écrits, ne saurait dire que mon frère ait accusé ces messieurs d'aucun sentiment hérétique, mais seulement de s'être relâchés dans leurs expressions, et de ne pas soutenir présentement les choses avec la même vigueur qu'ils avaient fait autrefois. Au reste, monsieur, je vous assure que ces contestations n'ont jamais altéré la charité entre ces messieurs et mon frère. M. Arnauld le vint voir pendant sa maladie, à qui il fît toute sorte de protestations d'amitié ; et la veille de sa mort, vous ayant demandé plusieurs fois, on lui dit que vous étiez à Nanterre; et comme il vit qu'il était tard,

90 MADAME PËRIER.

et que vous ne veniez point, il envoya quérir M. de Sainte-Marthe à qui il se confessa, et vous lui donnâtes les sacrements la nuit suivante. Ce procédé vous doit faire juger combien il était éloigné de la pensée que ces messieurs fussent engagés dans des sentiments hérétiques, puisqu'il mettait sa conscience entre leurs mains lorsqu'il se voyait prêt de mourir. J'ai cru, monsieur, être obligée en conscience de vous donner ces éclaircissements, parce que j'ai su qu'on prétendait de se prévaloir de ces différends contre ces messieurs qui ne manqueront pas d'alléguer pour leur justiGcation tout ce que je viens de vous dire, parce que c'est la vérité. Et je serais fâchée que cela arrivât sans que je vous en eusse averti. Je puis vous assurer, monsieur, que mon frère ne les a jamais accusés d'aucune mauvaise doctrine, mais seulement d'un trop grand amour pour la paix et d'un excès de rabaissement dans l'approbation qu'ils ont donnée pour les signatures ; et je dis que je puis vous en assurer, parce que mon frère m'a toujours fait hi grâce de vivre avec moi sans aucune réserve, et de me communiquer les plus secrets sentiments de son cœur. Ainsi, monsieur, je vous supplie très-humblement d'avoir la bonté de repasser dans votre mémoire toutes les paroles que mon frère vous a dites, et vous verrez que, quoique la conséquence que vous en avez tirée que mon frère croyait que ces messieurs allaient trop avant dans les matières de la grâce, soit tout à fait juste à cause des expressions dont il se servait, néanmoins il avait dessein de vous faire entendre le contraire, et qu'il voulait dire qu'ils reculaient et qu'ils

n'y allaient plus si avant qu'autrefois, ses paroles étant aussi capables d'un sens que de l'autre, quand on sait ce qui s'était passé entre eux.

J'abuse longtemps de votre patience, monsieur ; mais j'ai cru que l'importance du sujet me servirait d'excuses, et que vous ne trouveriez pas mauvais que je vous ouvrisse mon cœur en cette occasion comme à une des personnes du monde pour qui j'ai le plus de respect et d'estime, et que je me serve de cette occasion pour vous demander la continuation de votre souvenir dans vos saintes prières, pour moi et pour toute ma famille qui vous est très-parfaitement acquise. Je suis

Copié sur Toriginal écrit de la main de Mn^c Perier. ( Note du P. Guerrier. )

LETTRE DE MADAME PERÎER A M. VALLANT K A Clermont , ce 27c janvier !670.

Il est bien temps, monsieur, que je m'acquitte de mon devoir et que je vous proteste qu'on ne peut pas être plus sensible que nous le sommes à toutes les obligations que nous vous avons. J'aurais bien de la confusion d'avoir été si longtemps à vous le témoigner, si je n'avais eu des empêchements indispensables. Mais, en vérité, j'ai été depuis six mois dans un accablement que je ne saurais vous exprimer. J'ai eu toujours des malades depuis ce temps-là, et j'en ai eu jusques à sept à la fois ; savoir : M. de Robergues, mon fils aîné et cinq domestiques ; et ensuite des rechutes de tous ces gens-là, dont Anne que vous connaissez a été la plus tourmentée, et elle n'en

• Portefeuilles Vallant.

est pas encore quitte, depuis près de quatre mois, car on craint beaucoup l'hydropisie. Dans ce grand nombre de malades, nous en avons eu de toutes sortes, jusques à la fièvre quinte qui a duré six semaines bien réglée à une fille qui me sert à la cuisine. Enfin il ne nous a rien manqué, et lorsque les malades commençaient à guérir, je me suis trouvée moi-même indisposée, et M. Perier ensuite, qui est dans un grand rhume depuis quinze Jours, qui lui a causé une fluxion sur une oreille, qui l'incommode extrêmement. Enfin je crois que nous n'en sortirons jamais. Tous ces embarras nous ont obligés de demeurer à la ville où nous sommes logés fort étroitement ; de sorte que nous n'avons pour coucher, mes filles et moi, qu'une chambre où l'on mange et où Ton reçoit la compagnie. Ce défaut de logement et de domestiques a empêché ma fille aînée de faire aucun remède jusques à présent : cela me donne un chagrin et une impatience extrême. Elle ne paraît pas être plus mal qu'à l'ordinaire, et même, à en juger par l'extérieur, on la croirait mieux, car elle a fort bon visage et elle marche avec assez de liberté. Mais vous savez qu'au mal qu'elle a tout cela n'est rien dire ; j'en suis bien inquiétée. L^autre a toujours son mal d'estomac ; il y a bien trois mois qu'elle n'a point soupe ; elle se porte assez bien du reste.

Vous voyez, monsieur, comme je vous rends compte de l'état de la famille, parce que je sais la bonté que vous avez d'y prendre part. C'est par cette même raison que je crois vous devoir dire que mon fils a été reçu à la charge de M. son père, il y a quelque temps, mais d'une

manière la plus agréable du monde par l'accueil (ju'on lui a fait dans la compagnie. M. le président même, avant que de l'interroger, lui fît un petit discours en très-beau latin, par lequel il disait que ce n'était que pour satisfaire à la coutume qu'il allait le faire, parce que toute la compagnie était persuadée de sa capacité par sa réputation et par la connaissance qu'on avait de son éducation et des exemples domestiques de science et de piété, etc. Ensuite tous ceux qui rinterrogèrent lui firent de petits compliments avant que de commencer ; puis, au sortir du palais, MM. les présidents et la plupart des officiers vinrent le voir pour lui témoigner leur satisfaction, au lieu qu'il devait les aller tous remercier comme il fît ensuite. Je n'ai pu m'empécher de vous faire part de toutes ces choses, parce que j'en ai de la consolation et que je crois que vous en serez bien aise. Je ne veux pas fînir sans vous prier de me faire la grâce de me mander des nouvelles de M. Touret ; il est impossible que nous puissions en avoir par lui. Cela est étrange. Je vous supplie aussi très-humblement de nous faire la grâce de nous écrire un peu plus souvent, et de nous mander quelquefois ce qui se passe; et je vous prie de nous donner une adresse bien précise et bien sûre pour vous écrire, car nous ne le faisons qu'au hasard. C'est ce qui m'oblige d'adresser ce paquet à M. Desprez \ Tout le monde vous salue trèshumblement, et je suis plus que personne, monsieur, votre très-obéissante servante,

G. Pascal.

• Libraire, premier éditeur des Pensées,

LETTRE DE MADAME PERIER A M. VALLANT *

Ce <er avril 1670.

Je commence, monsieur, parla plainte que je fais de ce que vous ne m'avez pas donné une adresse sûre pour vous écrire. Je vous supplie de ne plus l'oublier, car je prétends d'avoir l'honneur de le faire souvent, puisque je n'ai plus que vous à qui je puisse demander des nouvelles de madame la marquise, et vous n'écrivez que quand on vous en prie. J'ai été fort touchée de la mort de mademoiselle de Chalais. C'était une personne d'un très-rare mérite, mais sa vie si languissante et depuis si longtemps doit consoler de sa mort. Je m'aperçois présentement que j'ai mal pris mon papier ; je vous en demande pardon, et je vous prie de trouver bon que je ne recommence pas sur un autre.

Je vois que madame la marquise témoigne de désirer de savoir qui a fait la préface de notre livre. Vous savez, monsieur, que je ne dois rien avoir de secret pour elle ; c'est pourquoi je vous supplie de lui dire que c'est mon fils qui l'a faite. Mais je la supplie très-humblement de n'en rien témoigner à personne ; je n'en excepte rien et je vous demande la même grâce, et afin que vous en sacbiez la raison, je vous dirai toute l'histoire. Vous savez que M. de Lachaize en avait fait une qui était assurément fort belle ; mais comme il ne nous en avait rien communiqué, nous fûmes bien surpris, lorsque nous la vîmes, de ce qu'elle ne contenait rien

• MSS. de la Bibliot. Royale, Portefeuilles du médecin Vallant.

LETTRES. \iô

de toutes les choses que nous voulions dire, et qu'elle on contenait plusieurs que nous ne voulions pas dire. Cela obligea 31. Perier de lui écrire pour le prier de trouver bon qu'on y changeât ou qu on en fît une autre ; et M. Perier se résolut, en effet, d'en faire une ; mais comme il n'a jamais un moment de loisir, après avoir bien attendu, comme il vit que le temps pressait, il manda ses intentions à mon fils et lui ordonna de la faire. Cependant comme mon fils voyait que ce procédé faisait de la peine à M. de R... ^ à M. de Lachaize et aux autres, il ne se vanta point de cela et fit comme si cette préface était venue d'ici ^ toute faite. Ainsi, monsieur, vous voyez bien que entre toutes les autres raisons qu'ils prétendent avoir de se plaindre, cette finesse dont mon fils a usé les choquerait assurément. . .

G. Pascal.

LETTRE DE MADAME PERIER A M. VALLANT ^

J'ai appris, monsieur, par madame Redon le bon accueil que vous lui avez fait ; je l'avais bien assurée qu'elle ne pouvait s'adresser à personne dont elle pût tirer plus de secours et de consolation que de vous, parce que je connais votre bonté pour moi et votre charité pour tout le monde. Je vous en ai, monsieur, une très-sensible obligation ; je suis ravie aussi qu'elle se

■ Roannez.

^ De Clermont.

' Portefeuilles Vallant.

soit mise entre lesmains de M. Dalencé^ Comme je crois que celte occasion vous obligera de conférer avec lui, je vous supplie, monsieur, de vouloir lui recommander madame Redon, même de ma part, et l'assurer que je me tiendrai extrêmement redevable des soins qu'il prendra d'elle, comme étant une de mes plus anciennes et meilleures amies. Je crois que M. Dalencé n'aura pas oublié mon nom. Il nous a donné tant de marques de sa bonté, que je n'ai pas sujet de le craindre. Je voudrais bien aussi, monsieur, que vous me fissiez la grâce de lui demander s'il a reçu une lettre que M. Laporte prit la peine de lui écrire sur le nouveau mal qui est venu à ma fille, qui est une relaxation des vertèbres. Mon fils envoya celte lettre dans le mois de juillet dernier à M. Dalencé, secrétaire du roi, pour la donner à M. son père ; cependant nous n'en avons aucunes nouvelles. Je vous demande pardon, monsieur, de toutes les peines que je vous donne toujours ; prenez-vous-en à votre bonté qui vous les attire. Je ne vous fais point de recommandations de mes enfants, parce qu'ils sont tous à la campagne ; mais je ne laisse pas de vous assurer de leur très-humble service.

Je suis avec respect, monsieur, votre très-humble et très-obéissante servante,

G. Pascal.

Je suis très-obéissante servante à madame la marquise.

,^ A Clermont, 29« octobre 1674.

• Célèbre médecin de ce lemps-là.

Il est bien juste, monsieur, qu'après avoir pris la liberté de vous recommander madame Redon, je vous rende grâces des assistances et des consolations qu'elle a reçues de vous. Elle m'en a témoigné son ressentiment en tant de manières, que je ne saurais vous l'exprimer. C'est moi, monsieur, qui vous en ai la principale obligation, puisque vous l'avez fait à ma considération et à ma prière ; mais je vous en ai tant d'autres qu'en vérité je n'ose pas y penser, parce que je me vois tout à fait bors d'état et incapable de pouvoir les reconnaître. J'aurais dû faire ce que je fais aujourd'hui dès l'arrivée de madame Redon, mais l'accident terrible qui m'est arrivé^ m'avait si fort ébranlé la tête, qu'il a fallu tout ce temps pour la raffermir ; je ne vous en dis pas les particularités. M. de Rebergues vous les pourra faire voir ; on les lui a mandées ; il pourra vous dire aussi une partie des horribles embarras où je suis plongée par les affaires. J'avais espéré qu'une année m'en pourrait tirer ; mais en voilà trois, et il m'en vient toujours de nouvelles. Je crois que l'un sert d'exemple à l'autre ; car tous ceux à qui j'ai affaire me chicanent pour les choses du monde les plus claires ; et ce qu'il y a de plus affli-

' Portefeuilles Vallant.

* C'était un accident analogue à celui qui faillit faire périr Pascal au pont de Neuilly. M*"* Perier revenait de la campagne, quand la voiture où elle était fut emportée par les chevaux et versa.

Il y a dans les portefeuilles de Vallant une lettre de Marguerite Perier qui rend compte à ce médecin des circonstances de l'accident et raconte comment la frayeur qu'elle en ressentit la guérit de la fièvre quarte.

geanl et de plus piquant, c'est que tout cela me vient de la facilité de M. Perier et de l'extrême indulgence qu'il a eue pour tous ceux qui lui devaient. Enfin, monsieur, je ne saurais vous dire ce que je souffre ; mais il faut se soumettre aux ordres de Dieu : ce n'est pas à nous de choisir les souffrances par lesquelles il lui plait de nous éprouver. Priez-le, s'il vous plaît, qu'il me fasse la grâce de me sanctifier dans cet état qui est plus pénible que vous ne sauriez le comprendre. Je suis, monsieur, votre très-humble et très-obéissante servante,

G. Pascal.

J'ai oublié de vous dire que madame Redon a été et est encore assez mal ; je crois qu'elle vous écrira et vous en dira toutes les circonstances. Tous mes enfants vous saluent ici très-humblement, et nous vous souhaitons tous une bonne et une heureuse année.l

LETTRE DE MADAME PERIER A M. VALLANT '. A Paris, ce 25« janvier 1675.

Je suis bien fâchée, monsieur, de n'avoir point reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire il y a deux mois, et dont vous me parlez dans celle que j'ai reçue il y a deux jours. J'y aurais satisfait en ce qui m'était possible, qui est très-peu de chose. Je n'ai point vu guérir de cancer ; j'ai seulement ouï dire à la femme qui me gardait dans mes couches qu'elle en avait

I PortefeviUes Vallant.

guéri ; elle me disait qu'elle faisait sécher dans le four des cloportes, et qu'elle en faisait prendre la poudre au malade, et qu'elle mettait un emplâtre de Villemagne sur la partie malade ; mais je ne sais pourquoi j'ai négligé d'écrire tout ce qu'elle m'en a dit ; je m'en accuse, car je ne sais point du tout ni la dose de la poudre, ni dans quoi on la prend, ni à quelle heure, ni combien de temps il faut continuer ce remède. Je suis Lien fâchée d'avoir si peu de satisfaction à vous donner là-dessus, mais je n'en sais pas davantage. Je vous rends grâces, monsieur, de la part que vous avez voulu prendre à mon accident, et je vous supplie de vouloir témoigner pour moi à madame la marquise l'obligation que je lui ai de la bonté qu'elle me fait l'honneur de me témoigner en cette occasion. Je suis bien obligée à M. le duc de Rouannez de penser déjà à mon logement, et encore plus de ce qu'il le propose dans son quartier. Vous pouvez bien juger, monsieur, qu'il n'y en a point dans tout Paris qui me soit plus agréable que celui-là ; et si madame de Caumartin en était voisine, je pourrais bien sans peine me résoudre à ne passer guère les ponts ; mais je vous avoue que je lui ai de si grandes obligations, que je la mets au premier rang entre les personnes que je considère, et ce n'est pas un des moindres avantages que madame la marquise m'ait procurés, et je puis dire que je lui suis redevable de toutes choses. Vous m'avez donné au cœur, monsieur, quand j'ai liî dans votre lettre que j'avais des amis dans le faubourg. C'est un grand attrait pour moi, qui n'en puis trouver aucun au pays où j'habite. J'y trouve bien de la consi-

OniversUas

BiBLIOTKECA

Ottavieos»*!

-100 MADAME PERIEU.

déralion el de reslimc, bien des visites en toutes les occasions ; mais du secours, du conseil, de la consolation dans mes affaires, c'est ce que je ne trouve point du tout, quoique j'en aie un grand nombre et que tout le monde soit convaincu des injustices qu'on me fait. Mais cbacun regarde cela dans .l'indifférence. Je tous avoue que cela m'est bien sensible, et assurément on se trompe bien quand on croit que j'ai de l'attacbe ici. Je vous assure que non, et que je n'y suis nullement attachée, mais enchaînée et garrottée, et que j'y souffre une violence qui ne se peut exprimer. Quand je dis que je n'ai point d'amis ici, ce n'est pas que j'y aie des ennemis; au contraire, j'y suis considérée plus qu'on ne saurait dire, mais c'est que le naturel du pays est d'estimer beaucoup les gens et de ne s'intéresser que de ses propres affaires. Si j'étais en société, je serais bien secourue et bien soutenue ; mais comme personne n'a de part dans mes affaires, personne ne s'en soucie. Je crois que vous me connaissez assez pour comprendre que cette sorte de vie ne me plaît guère. Aussi je vous avoue que j'y souffre kîaucoup, et d'autant plus que je cache une grande partie de mes sentiments à mes enfants qui seraient accablés s*ils savaient à quel point je awis affligée. C'est pourquoi je vous prie de ne me faire aucune réponse là-dessus, afin qu'ils ne sachent pas que je vous en ai parlé.

Adieu, monsieui', priez Dieu pour nous, et croyez que je suis, autant qu'on le peut être, votre très-obéissante servante,

G. Pascal.

J'ai toujours oublie de vous mander que ma fille la jeune a été parfaitement guérie de sa fièvre quarte par la frayeur qu'elle eut lors de mon accident ; elle l'avait lors double-quarte. 11 y avait treize mois qu'elle était malade, ayant eu quelques intervalles, mais ayant des recbutes continuelles ; et depuis cela elle n'a pas eu le moindre ressentiment.

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