‹ Lettres, opuscules et mémoires de Madame Périer et de Jacqueline, soeurs de Pascal, et de Marguerite Perier, sa nièceChapitre 25 sur 97 · LETTRE DE MADAME PERIER A SON FILS AIINE · texte numérisé non relu

LETTRE DE MADAME PERIER A SON FILS AIINE

A Clermont, le 8 mai 1676.

Que pourrais-je vous dire, mon cher fils, de la consolation que m'a donnée votre lettre, puisque vous en savez plus que je ne saurais exprimer, par la connaissance que vous avez des sentiments de mon cœur ? Je remercie Dieu de tout mon cœur de la tranquillité d'esprit qu'il vous donne ; je le prie de la continuer. Vous savez que c'est le comble de tous mes souhaits : j'ai bien de la joie aussi de ce que vous m'assurez qu'elle ne sera pas troublée de quelque manière que les choses réussissent. Priez qu'il vous maintienne dans cet état, et souvenez-vous toujours, mon cher enfant, que rien n'est nécessaire, ni bien, ni utile que la volonté de Dieu. Vous verrez, par la lettre de votre frère, la condition qu'on vous impose. Il vous mande les sentiments de vos amis; mais vous pouvez bien juger qu'on ne vous prescrit rien : car quand on est sur les lieux, on trouve des dif-

' Recueils du P. Querrier.

ficultés qu'on ne saurait prévoir de loin ; ainsi vous examinerez les choses, non pas vous-même, mais les personnes qui ont la bonté de s'intéresser à votre conduite. Vous êtes bien heureux d'en avoir tant et de si considérables. Tâchez d'en profiter, non-seulement pour celte occasion, mais aussi pour toute la suite de votre vie. Assurez-les tous, s'il vous plaît, de ma très-humble reconnaissance de la grande charité qu'ils ont pour vous. J'espère qu'elle redoublera dans le grand besoin où vous êtes des prières, du conseil et du secours des personnes charitables, étant sur le point de faire l'action la plus importante de votre vie. J'ai ouï dire plusieurs fois à M. Singlin qu'il fallait considérer les premiers engagements dans un état comme une semence qui renferme en soi, et qui produit ensuite les racines, le tronc, les branches et les fruits de l'arbre qui en viennent. Ces considérations feraient frémir, si on les regardait dans toute leur étendue; mais il faut agir avec simplicité et avec confiance, principalement quand on le fait par le conseil de gens prudents, éclairés et charitables. C'est l'avantage que vous avez si grand et si rare que vous ne sauriez le comprendre. Uendez-en grâces à Dieu, et priez-le qu'il vous fasse la grâce d'en bien user, et de verser ses bénédictions sur vous et sur le reste de la famille, et qu'il vous fasse la grâce de connaître sa sainte volonté sur vous, et de l'accomplir fidèlement en toutes choses. Adieu, mon cher enfant ; souvenez-vous de moi, et soyez persuadé que je suis très-sincèrement et fidèlement, et entièrement tout à vous.

G. Pascal.

Je m'assure que votre frère comprend bien qu'il est renfermé dans cette assurance que je vous donne de mon affection ; mais comme il ne s'agit pas de lui dans cette occasion, je ne parle qu'à vous. Assurez-le que je ne l'oublie pas et que je suis à lui comme à vous, sans pourtant me diviser parce que je vous regarde comme une même chose.

Vous avez été surpris sans doute, monsieur, de ce que j'ai différé si longtemps à vous rendre grâces de toutes les assistances que vous avez rendues à mes enfants dans tous leurs besoins. Mais j'espère que vous m'aurez bien fait la justice de croire que je n'ai pas manqué de reconnaissance là-dessus, et je m'assure que vous excuserez mon retardement, quand vous aurez vu le récit effroyable de l'état où nous sommes. Vous avez une si parfaite connaissance des sentiments que nous avons eus pour M. Domat, qu'il vous sera aisé de comprendre quel effet peut produire en nous sa manière d'agir ^ Je puis vous dire avec vérité que depuis quatre mois que cela dure, j'en ai été si occupée, que j'ai quelquefois oublié la maladie de mon fils, quoique assuré-

' Portefeuilles Vallant.

^ Ce passage de la lettre de madame Perier nous apprend que Domat était alors brouillé avec elle et ses enfants. Nous ne savons quelle était la cause de cette brouillerie ; mais on voit dans uoe lettre de l'évoque d'Alet que Domat refusait de rendre à la famille Perier quelques écrits de Pascal dont il se trouvait détenteur.

ment elle me tienne fort au cœur. J'envoie aujourd'hui les eaux de Vic-le-Comte qu'il m'a demandées, sur votre ordonnance. Je prie Dieu que ce remède lui soit utile; mais on n'espère pas grand'cliose par là, et MM. nos médecins me disent qu'il faut absolument qu'il revienne. C'est un grand déplaisir pour moi, pour bien des raisons que vous pouvez juger ; mais la santé est préférable à toutes choses, parce que sans elle on ne peut jouir de tous les autres avantages. Je le recommande à vos soins et à vos prières, et je vous supplie de croire que cette obligation m'est plus sensible que si c'était pour moimême. Je suis, avec tout le respect que je dois, monsieur, votre très-humble et très-obéissante servante,

G. Pascal.

Ce 5 août 1676.

LETTRE DE MADAME PERIER A M. VALLA>T *

A Clermont, ce 7 décembre \Q1Q.

Je vous suis sensiblement obligée, monsieur, de l'extrême bonté que vous avez pour mes enfants, aussi qu'à M. Nicole et à toutes les personnes qui ont la bonté de s'intéresser à leur conduite. C'est pourquoi je suis bien aise de vous rendre compte de leur petit voyage. Ils arrivèrent ici le 29 septembre -, et n'y trouvèrent pas leur frère aîné qui était à vendanges d'où il ne revint que quinze jours après ; et le malade fut bien tout ce tempslà sans ressentir aucun effet de la boisson des eaux. Sur

» Portefeuilles Vallant.

' Ils venaient des eaux de Vichy. ( Note de Vallant. )

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la fin d'octobre, ils nous témoignèrenl qu'ils seraient bien aise de s'en retourner, et nous dirent qu'ils avaient prémédité leur départ pour le 14 novembre, nous disant même que quand le mal reviendrait cela ne les arrêterait pas, parce qu'ils ne pouvaient se résoudre de perdre l'occasion de profiter des grands avantages dont Dieu les favorisait, par les babitudes qu'ils avaient auprès des plus grands bommes de France, qui non-seulement les souffraient, mais qui daignaient même s'appliquer à eux jusques à descendre dans le particulier de leur conduite pour leurs mœurs et pour leurs études. Enfin ils m'en dirent tant que je me rendis.

Ce qui me console, c'est qu'ils sont partis en parfaite santé par la grâce de Dieu, et que mon fils y a consenti assez gaiement K Ils vous diront combien il a sujet d'être ainsi attacbé à ses frères, et combien il est seul : M. Domat est un peu revenu ; mais ce n'est que par force et par l'autorité de M. d'Alet ^ ; il fait les clioses de si mauvaise grâce, qu'on voit bien qu'il ne voudrait que trouver un prétexte de faire une nouvelle querelle ; mais j'espère que Dieu nous en garantira par sa miséricorde. Je me recommande à vos prières pour cela et pour tous mes besoins. Toute la famille vous salue trèsbumblement. .Te suis, monsieur, etc.

G. Pascal.

M. Begon, que vous avez vu autrefois à Paris, mourut samedi dernier.

• Il souhaitait les garder tout l'hiver auprès de lui à Clermont. ( Note de Vallant. )

* Pavillon, évoque d'Alct.

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