‹ Lettres, opuscules et mémoires de Madame Périer et de Jacqueline, soeurs de Pascal, et de Marguerite Perier, sa nièceChapitre 48 sur 97 · CONSOLATION · texte numérisé non relu

CONSOLATION

SUR LA MORT d'UNE HUGUENOTE.

STANCES

Filis, apaisez vos douleurs; C'est assez répandre de pleurs Pour la perte de votre amie.

Cessez ce violent transport Qui, s'attaquant à votre vie, Livrerait la mienne à la mort.

Finissez tous ces déplaisirs ; La mort est sourde à vos soupirs Comme elle est aveugle à vos larmes.

Si le ciel l'eût faite autrement.

Elle eût respecté tant de charmes Qu'elle a détruits en un moment.

* Edit. V. C. ; « ... mon mal... » Leçon qui ne forme aucun {«eus.

Mais quoi ! rien n'échappe ici-bas> Et la laideur et les appas Ressentent ses coups redoutables.

Les heureux, les infortunés, Les innocents et les coupables Sont au même but destinés.

Tout est dans l'instabilité :

La plus ferme félicité

Se perd dès qu'elle est découverte,

Et même vous, enfin un jour,

Ferez pleurer pour votre perte

Ceux qui pleurent pour votre amour.

Ce n'est pas que par mon discours, Je prétende arrêter le cours D'une tristesse raisonnable ; Moi-même j'ai part au malheur, Et par une pitié louable, J'accompagne votre douleur.

J'excuse votre déplaisir.

En ce qu'il ne pouvait choisir Une matière plus illustre.

Cloris fut chef-d'œuvre des cieux.

Et c'est en son cinquième lustre Que le destin l'ôte à nos yeux,

Mais ce qui peut mieux excuser La douleur que vous peut causer Sa perte trop inopinée.

C'est qu'en mourant le ciel voulut Que son hérésie obstinée Laissât douter de son salut.

Mais non : sans doute qu'à la mort Son esprit devenu plus fort Reçut la céleste lumière, Et qu'étant presque détaché Du poids de sa masse grossière Il reconnut d'avoir péché.

Aussi, grand Dieu, si l'amitié Peut émouvoir quelque pitié Pour un chef-d'œuvre sans exemple^ Oyez les vœux que désormais Nous irons faire en votre templo Pour celle qui n'y fut jamais.

Hélas I son malheur seulement Causa son endurcissement A vivre dans son hérésie ; Et son zèle la décevait ^ , Recevant pour la mieux choisie La foi que son père approuvait.

Vous l'enrichîtes, à nos yôùt, De ces dons les plus précieux Dont vous ornez les belles âmèS ; Et son ardente charité Brûlait de vos divines flammes Son cœur rempli de piété.

Sans cesse elle espérait en vous, Et toujours son soin le plus doux Était de vous être fidèle.

* Edit. V. C. : * ... «^on zèle la âêvùràit,.. » — Leçon évidemment contraire au sens de rauteuif.

POESIES. \Âô

Hélas ! dans son aveuglement, Lui donnâtes-vous tant de zèle Pour la perdre éternellement?

Mon Dieu, je ne pénètre pas Dans les secrets dont ici-bas Vous nous ôtez la connaissance ; Mais j'espère en votre équité, Et crois que votre providence Suit les lois de votre bonté.

Ainsi, Filis, c'est trop pleurer :

Dieu vous permettant d'espérer, Défend une douleur plus ample.

Réglez-vous sur ses volontés, Et suivez en cela l'exemple De celle que vous regrettez.

(Mai 4649.)

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