‹ Lettres, opuscules et mémoires de Madame Périer et de Jacqueline, soeurs de Pascal, et de Marguerite Perier, sa nièceChapitre 47 sur 97 · A LA HEINE. SUR LA RÉGENCE · texte numérisé non relu

A LA HEINE. SUR LA RÉGENCE

SONNET

Commencez, grande reine, un règne de merveilles ; Puisque notre bonheur ne dépend que de vous, Semez par l'univers vos vertus sans pareilles, Rendez de vos beaux faits les plus grands rois jaloux.

Continuez les soins de vos divines veilles, Et que votre bonté fasse connaître à tous Qu'en vain mille terreurs ont frappé nos oreilles '^ Pour un gouvernement que vous rendez si doux.

Politique indiscret, parle sans violence ; Ne dis plus, pour troubler notre heur dans sa naissance. Qu'une douceur de femme est un faible soutien.

Apprends à respecter ton illustre princesse. Dont l'esprit tout divin sait joindre avec adresse La douceur de son sexe à la force du tien.

(Mai 46i3.)

' Edit. F. C. :« ... il fallut... »

' Edit. V. C. : « ... vos oreilles .. *

FOUK UNK DAM h:

AMOUREUSE d'u>' HOMME QUI n'eN SAVAIT RIEN *

STANCES

Imprudente divinité, Injuste et fâcheuse chimère.

Dont le pouvoir imaginaire Tourmente une jeune beauté ; Amour, que ton trait est nuisible.

Et que tu parais insensible A tant de plaintes et de vœux I Alors qu'Amarante soupire, Tirsis est exempt de tes feux Et ne connaît point ton empire.

' Il paraît que Jacqueline avait adressé ces stances à Bensserade; du moins on les trouve iuipiimées dans les œuvres de Bensserade (a), et à la suite vient immédiatement la pièce suivante :

Réponse aux vers précédents, par M. de Bensserade.

Que ce trait d'un esprit adroit comme le vôtre

Est délicat et doux !

Et que vous feiiinez bien de parler pour un autre,

Quand vous parlez pour vous !

Que vos vers sont ardents ! que leur pompe est brillante,

Et qu'ils sont radoucis !

Il n'en faut point douter, vous êtes l'Amarante,

Et je suis le Thyrcis.

Ils sont de vous à moi ces vers que chacun loue,

Et ne le niez [)lus.

Pensez à la rougeur qui vous a peint la joue

Dès que je les ai lus.

^(1^ Deux vol. in-<i, «697. Tome 1", p. 77,

Tandis que ses yeux innocents Enchantent le cœur d'Amarante Et que cette flamme naissante A déjà des effets puissants.

Cette belle par une œillade Montre qu'elle a l'esprit malade Et qu'elle chérit sa langueur.

Mais ta rigueur incomparable Rend cet adorable vainqueur Autant insensible qu'aimable.

La grâce qu'on voit en son port, Et sa douceur incomparable,

Pendant que je voyais cette œuvre d'importance,

D'un jugement bien sain, Vous tâchiez d'observer si mon intelligence Allait jusqu'au dessein.

A la fin mon esprit d'ne adresse assez prompte, En a trouvé le nœud, Et j'ai vu dans vos yeux je ne sais quelle honte Parmi beaucoup de feu.

Aussi quoique ces vers soient exempts d'infamie

Pour être trop parfaits, 11 est bon d'assurer que c'est pour une amie

Que vous les avez faits.

Un semblable prétexte est bon pour peu qu'il vaille,

Et doit être permis; Quand j'écris de votre air, je dis que je travaille

Pour un de mes amis.

Qu'une fille à treize ans (o) d'amour soupire et pleure,

C'est souvent un défaut :

Mais pour une qui fait des vers de si bonne heure,

C'est vivre comme il faut.

(fl) Les stances de Jacqueline, dans le M S. du P. Guerrier^ portent la date d« 1645 : Jacqueline avait alors dix-huit ans et non treize.

Est un écueil inévitable Où sa raison perd son effort.

Son ardeur qui toujours augmente, Devient enfin si véhémente Qu'elle ne la peut plus celer.

Chacun de nous la voit paraître, Et le seul qu'elle veut toucher, Est seul qui ne la peut connaître.

Peut-être s'il savait un jour L'ardeur de cette belle flamme, La pitié ferait en son Ame Ce que n'a jamais pu l'amour. Mais tant de soupirs qu'elle pousse, Par une voix plaintive et douce, Ne découvrent point ses désirs ;

Encore que je tienne à faveur singulière

L'aveu fait en ce jour ; J'ai honte qu'une lille ait été la première

A me parler d'amour.

Que de fâcheux détours ma pa>sion évile !

Mon espérance rit De voir que tout se hâle, et que le cœur va vite

De même que l'esprit.

Nous sommes l'un pour l'autre, et nos âmes blessées

Font (le pareils soupirs.

Le ciel même en naissant lit rimer vos pensées

Avecque mes désirs.

Joignons-nous donc entiu d'un lien nécessaire

A la postérité.

En travaillant tous deux nous ne saurions rien faire

Que pour l'éternité.

Son Tirsis n'y peut rien comprendre, Et ne pousse point de soupirs Puisqu'il ne les sait pas entendre.

Jeune et capricieux enfant, Que tu te vas donner de blâme.

Pour avoir pu vaincre une femme, Crois-tu te voir plus triomphant ? Non, non ; mais par cette injustice Tu montres bien que ta malice Est jointe avec peu de pouvoir.

Si la force suivait tes armes, Tirsis pourrait s'en émouvoir Ou du moins connaître leurs charmes.

Et toi, dont j'ai dépeint l'ardeur, Aimable et divine Amarante, Si ton âme n'en est contente Il faut en blâmer ma froideur.

Si ce qui te rend insensée Pouvait échauffer ma pensée, J'y travaillerais plus d'un jour.

Mais ne m'en donne point de blâme.

Puisqu'il faut avoir de l'amour Pour mieux discourir de ta flamme.

(Septembre 1643

SONNET

FAIT APRÈS LES illMES.

Vos discours rigoureux me donnent de la peur; Mais malgré vos mépris j'aurai cet avantage. Que votr€ œil a toujours la douceur en pariaffe

iAO JACQUELINE PASCAL.

Pour adoucir mon mal par un regard flatteur.

Je sers vos doux attraits avecque tant d'ardeur Et trouve tant de charme en ieur rendant hommage. Que quand j'y souffrirais un insigne dommage, Je croirais en mourant recevoir de Y honneur.

Mon âme est pour vos coups une illustre matière * Qui pour vous contenter se donne tout entière A des traits qui jamais ne furent sans effet.

Je meurs pour satisfaire à votre injuste envie; Mais jetez un soupir, et mon àme ravie Recevra le trépas comme un bonheur parfait.

(Octobre 1643.)

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