‹ Lettres, opuscules et mémoires de Madame Périer et de Jacqueline, soeurs de Pascal, et de Marguerite Perier, sa nièceChapitre 60 sur 97 · XLIII. La mort de Jésus n'a point séparé son corps · texte numérisé non relu

XLIII. La mort de Jésus n'a point séparé son corps

' Edit. V. C. : " ... mais aussi parce que des... » ' Idem : « ... qu'il ne fut pas bien. » Non-sens,

ni son âme de la Divinité ; au contraire, elle l'a séparé de toutes choses excepté de la Divinité, et ils ont été unis d'une manière bien plus admirable, en ce qu'il est bien plus difficile de concevoir qu'un corps mortel soit uni au Dieu vivant, et que la même Divinité soit unie personnellement à deux choses entièrement séparées.

J'apprends de là qu'il faut que ma mort au monde accroisse et augmente mon union avec Dieu, et me remplisse d'une plus grande charité pour lui et pour le prochain.

XLIV. La mort de Jésus n'a pas détruit son corps, qui est demeuré entier dans le sépulcre ; car Dieu n'a point souffert que son saint corps ait senti la corruption, et la mort n'a rien fait paraître de nouveau que le repos au lieu du mouvement et de l'agitation.

Cela m'apprend que pour mourir au siècle, il n'est pas question de détruire et de ruiner son corps * ; mais seulement de faire cesser le trouble et les agitations du cœur par un saint repos établi sur la ruine du principe de ces agitations, qui n'est autre que les passions.

XLV. Tant que Jésus demeure mort, son saint corps demeure toujours dans la terre ; mais en sorte néanmoins qu'il est séparé de tout le commerce des hommes.

Cela m'apprend qu'encore que je sois morte au monde, je ne dois pas laisser de demeurer dans la terre ; mais que je dois vivre dans l'éloignement de tout le commerce du monde.

» Edit. V. C. omet ces mots : et de ruiner.

XLVI. Jésus n'est pas oisif dans la mort, car il va délivrer les âmes des saints Pères.

Cela m'apprend qu'il ne faut pas que ma mort au monde me fasse mener une vie oisive ; mais que je dois travailler sans cesse à des œuvres de charité, surtout spirituelles, et autant envers moi qu'envers le prochain, travaillant à rendre la liberté à mes bons désirs.

XLVII. Jésus n'est pas entré triomphant dans le ciel au moment que la mort l'a séparé du monde, mais il a attendu plusieurs jours après.

Cela m'apprend à souffrir en patience la privation des consolations célestes, où les personnes mêmes qui sont mortes au monde se rencontrent souvent, et à attendre avec quiétude ^ le temps ordonné de Dieu pour me faire entrer dans la possession sensible de la grâce, qui est la gloire commencée, et ensuite l'heure arrêtée de toute éternité pour me donner entrée dans la gloire consommée.

XLVIII. Jésus est mort, et en mourant il n*a point laissé les siens orphelins; mais il leur a envoyé son Saint-Esprit, qui est son divin amour, pour les assister, et lui-même y demeure invisiblement jusqu'à la fin du monde ^.

J'apprends de là à me séparer des miens en quelque manière que ce soit; j'y dois néanmoins toujours demeurer par une affection qui naisse purement de Dieu, et les assister de mes prières.

' Edit. 7. C. : « ... avec patience... »

^ En marge : Je prierai le Père, et il vous enverra un consolateur.

XLIX. Jésus, après sa mort, a été environné de ses ennemis plus que de ses amis, qui eussent aussi volontiers empêché les merveilles de sa nouvelle vie comme ils tâchèrent d'en cacher la vérité ; mais ils ne firent ni l'un ni^r autre *.

Cela m'apprend que, quoique le nombre de mes ennemis soit plus grand que celui de mes vrais amis, et que j'en sois sans cesse environnée ^même après ma mort au monde % je ne dois pas laisser de continuer cette mort par la nouvelle vie que je dois mener malgré tous leurs efforts.

L. C'est proprement par la mort du corps naturel de Jésus qu'il a donné la vie à son corps angélique, qui est l'Église.

Cela m'apprend qu'il faut que ma mort au monde soit le principe de ma vie en Dieu.

LI. Le mystère de la mort de Jésus renferme tous les autres qui l'ont précédé, puisqu'ils se devaient tous terminer à cette mort, qui devait seule opérer la rédemption du monde.

Ce qui nous apprend que, dans une âme, tous les bons mouvements, tous les bons désirs, les bonnes actions que Dieu lui fait faire, n'ont leur perfection et ne contribuent point à son salut S jusques à ce qu'ils soient arrivés à ce point d'opérer la mort de la volonté qui s'anéantit* heureusement dans celle de Dieu ; après

' En marge : Les gardes du sépulcre.

^ Edit. V. C. : » ... cependant après ma mort... »

' Edit. V. C. : « ... leur salut... »

* Idem: « ...qui l'anéantit.., »

quoi la résurrection ne peut manquer de suivre, qui donne une vie nouvelle à ces âmes lesquelles ont renoncé au principe de la mort spirituelle, qui est la propre volonté. Amen.

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