‹ Lettres, opuscules et mémoires de Madame Périer et de Jacqueline, soeurs de Pascal, et de Marguerite Perier, sa nièceChapitre 59 sur 97 · XXXV. Jésus a voulu qu'on l'embaumât peu de · texte numérisé non relu

XXXV. Jésus a voulu qu'on l'embaumât peu de

* Edit. V. C. omet : et par la maison qu'il habite, qui est le sépulcre.

^ En marge : « Ils ne sont point du monde, comme je ne suis point du monde. >

temps après sa mort, sans qu'il en eût besoin pour empêcher la corruption de son saint corps.

J'apprends de là à ne pas me contenter de mourir au monde, mais, quelque vertu que j'aie par la grâce de mon Dieu, à user de toutes les précautions nécessaires pour empêcher que je ne vienne enfin à me corrompre ; ce qui arrivera en moi très-facilement, si je ne suis toujours armée de myrrhe et d'aloës, c'est-à-dire de la mortification et de l'oraison.

XXXVI. Jésus, après sa mort, a été renfermé dans le sépulcre de pierre, comme en un lieu de retraite, dans lequel il a ôté à ses yeux le moyen de voir naturellement tout ce qui était au dehors ; et non-seulement cela, mais il a voulu avoir les yeux fermés par la mort, étant ainsi privé de la vue même du lieu où il était renfermé.

Cela m'apprend qu'il ne suffit pas, pour imiter mon Seigneur en ce point, de m'éloigner par affection, ni même par effort, du commerce et de la vue du monde ; mais qu'il faut que je me dégage autant des choses ^ domestiques les plus proches et les plus intimes, et inséparohles de ma condition, sans me complaire dans la vue et jouissance de ces choses.

XXXVII. Jésus est enfermé seul dans ce sépulcre, étant ainsi même séparé de ceux qui étaient morts avec

' Edit. V. C. : « ... que je me décharge autant que je pourrai des choses... » Leçon vicieuse, introduite par le second copiste qui a changé le sens primitif de l'auteur en voulant l'éclaircir. — Ce sens est qu'il faut se dégager autant des choses domestiques que de celles du monde.

lui*, et autant du bon larron que du méchant, quoique d'ailleurs le bon fût uni à l'âme de Jésus-Christ dès le moment de sa mort^.

Cela m'apprend à me séparer, autant que je pourrai, des personnes qui ont renoncé au monde comme moi, et même des parfaits, afin de m'établir dans une solitude véritable et réelle. Mais, en même temps, je m'y dois tenir unie par une affection toute spirituelle pour jouir ensemble, par une parfaite union de cœurs formée par la charité, d'une béatitude parfaite autant qu'elle la peut être en cette vie.

XXXVIII. Jésus n'est enfermé dans le sépulcre qu'après qu'il est entièrement mort et qu'on en est assuré ^

Cela m'apprend à ne pas sortir entièrement du monde, qu'après que je serai certaine d'être effectivement morte au monde.

XXXIX. En cet état, Jésus est privé de la jouissance de tous les objets qui frappent les sens ; non-seulement parce qu'étant enveloppé d'un drap' et d'un suaire et enfermé dans un rocher impénétrable, il était comme à l'abri de toutes les choses les plus sensibles, mais aussi parce que n'ayant plus de vie, il n'avait plus le principe du sentiment, et qu'ainsi il s'était ôté la faculté de sentir, quand même il eût été exposé à toutes choses.

' Edit. V. C. ; « ... étant aussi séparé de ceux mêmes qui... » ' En marge : Je te dis en vérité : Tu seras aujourd'hui avec moi en Paradis.

• En marge : Pilate le voulut savoir absolument, avant que de permettre de l'ensevelir.

Cela m'apprend que pour imiter parfaitement mon Sauveur en ce point, il faut non-seulement s'enfermer dans des murailles et s'ensevelir sous des voiles, mais aussi que * des résolutions inviolables ou même des vœux solennels nous ôtant le pouvoir de toutes les choses du siècle, nous en rendent l'usage impossible et nous préservent ainsi contre elles, quand même nous y serions exposées.

XL. Jésus a été enfermé dans un lieu de retraite, mais il a voulu qu'il ne fût pas sien ^.

Cela m'apprend qu'il ne suflit pas de me séparer de cœur d'avec le monde et me dérober même à ses yeux, mais qu'il faut que je sois aussi dégagée de l'affection du lieu de ma retraite, etque je la dois considérer comme un lieu d'emprunt.

XLI. Tant que Jésus est dans le tombeau, il y demeure paisiblement, et en sort néanmoins dans le temps ordonné.

J'apprends de là à n'avoir ni amour ni attache pour le lieu de ma retraite.

XLII. Jésus mort est dans une parfaite solitude au regard de toutes les choses créées, mais il est toujours accompagné de la divinité.

Cela m'apprend qu'il faut qu'un entier dégagement, pourle moins du cœur, me mette dans une vraie solitude; mais il faut en même temps que je sois remplie de l'esprit de Dieu.

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